Il y a de ces absurdités dans la vie qui nous laissent pantois. Parfois,
un épisode de notre vie semble si inusité qu’on en vient à se dire : « Si
ça se passait dans un film, ce ne serait même pas crédible tellement ça ne se peut
pas. » Au Bénin, ces situations-là se passent con-ti-nu-el-le-ment. Laissez-moi
vous partager cette savoureuse anecdote qui vient tout juste de m’arriver. (Aujourd’hui,
c’est Samuel au clavier.)
Au Bénin, ceux qui n’ont pas d’argent ont la misère des pauvres.
C’est une misère bien amère à porter et une angoisse qu’on croise tous les jours
dans la rue. Mais aujourd’hui, j’ai vécu la misère de ceux qui ont de l’argent,
beaucoup moins prenante il va sans dire; une misère de pacotille, futile, mais
drôle à souhait. Ici, il faut prendre les choses avec le sourire, c’est vital.
Quand on a la chance d’avoir de l’argent en épargne dans un compte
de banque au Bénin, on fait partie d’une certaine élite. On est considéré, à
raison, comme riche. Celui qui arrive à épargner ici, ne serait-ce qu’une
poignée de francs, est déjà bien au-dessus de la moyenne. Mais seulement,
sommes-nous vraiment en possession de cet argent encore fictif, coincé dans un
serveur informatique quelque part dans le cyberespace international? Ici, on en
vient à en douter…
Pour couper dans la prémisse, je serai bref. La mère de Fred, qui a
la gentillesse de nous préparer les repas tous les jours, n’a pour ainsi dire
pas de coussin financier ni d’épargne, comme une grande partie de la population.
Elle se doit donc d’attendre notre contribution hebdomadaire pour la nourriture
afin d’aller faire les courses. Nous avons eu vite fait de réaliser que ça
n’avait aucun sens qu’elle se déplace au marché aussi régulièrement alors
qu’elle pourrait acheter tout en gros, pour beaucoup moins cher et pour plus
longtemps. Nous avons donc convenu de lui verser notre contribution
nourriture/loyer à intervalles plus espacés, mais en plus gros versements, ce
qui lui permet d’avoir l’argent de roulement nécessaire pour acheter en gros.
Aujourd’hui, je dois donc retirer 400 000 francs CFA pour payer
maman et pour nos dépenses personnelles courantes. Que fait-on quand on veut
retirer de l’argent? On va au guichet automatique. Il y a justement une Écobank juste à côté de chez nous…
Guichet 1 – Écobank,
grande mosquée
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. J’entre mon NIP. Le
guichet me répond «Temporairement hors service. Veuillez essayer plus
tard.» Le guichet recrache ma carte. Zut! Pas de panique, ça arrive
souvent avec ce guichet. J’appelle Fred pour le tenir au courant de la
situation. Il vient me prendre en moto et nous nous dirigeons vers le siège
social de Écobank à Porto-Novo. Mais
avant, pourquoi ne pas essayer sur le même chemin le guichet qu’il y a au
centre Songhaï? (Songhaï se méritera un article à lui seul un de ses jours…)
Guichet 2 – Écobank,
Songhaï
J’approche de la porte derrière laquelle se trouve le guichet et je
trouve un mot. « Distributeur hors service. » Bon, ça y est! Ne
perdons pas de temps. Enlignons le siège social et ça presse!
Guichet 3 – Écobank,
siège social
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. Je rentre mon NIP.
Yé! On me demande le montant que je veux retirer. 400 000 francs CFA.
Enter! « Voulez-vous un reçu? » Oh que oui! En Afrique, on n’a jamais
trop de preuves et de papiers officiels. Après tout, on ne sait jamais… J’entends
les billets se faire compter par la machine. Re-Yé! Le guichet recrache ma
carte. Ici, les guichets donnent la carte avant de donner l’argent, ça évite de
toujours l’oublier. Je reprends ma carte. J’attends l’argent. J’entends des
mécanismes dans le guichet. C’est anormalement long. L’argent ne sort pas… Ben
voyons! J’entends les entrailles du guichet compter les billets une seconde
fois. Bon, il y avait peut-être une erreur dans le premier comptage… J’attends.
J’entends des mécanismes et un reçu qui s’imprime. Le reçu sort. L’argent ne
sort pas! Sur le reçu, je peux lire : « Retrait du compte
crédit : 400 000 FCFA. Complété avec succès. » Noooonnnn!
C’est pas complété avec succès!!! La t*****k de machine vient de me bouffer
900 dollars canadiens! Je fonds.
En proie à l’hystérie, j’appelle le gardien de sécurité. « smack!,
smack! » (Ici, on appelle les gens en faisant bruyamment le même son que
quand on donne un gros bec exagéré.) Il me fait passer en priorité au comptoir.
J’explique le truc à la dame devant moi. Heureusement que j’ai un reçu en guise
de preuve! Qu’est-ce que je disais déjà tout à l’heure? « Après tout, on
ne sait jamais »? En effet, on ne sait jamais! C’est d’autant plus vrai
ici.
La dame envoie un rapport à ma banque. Je dois moi aussi appeler de
mon côté pour dire qu’il y a eu un « Débit à tort ». La caissière me
dit : « Voilà monsieur, c’est fait! » Et elle me redonne ma
carte VISA et mon reçu. Je lui demande donc : « Je peux avoir mon 400 000
francs maintenant? » « Non. Pas tout de suite, ce sera de retour dans
votre compte dans une semaine environ. » Je comprends alors que mon compte
a été débité de 900 $ au Canada, mais que je n’ai pas accès à cet argent
tant que le fameux « Débit à tort » n’a pas été validé au Canada. Je
suis déconfit.
Heureusement qu’il me reste un coussin dans mon compte et que je
peux retirer une autre fois le 900 $ en question sans être dans le rouge. La
dame me dit : « Vous pouvez essayer encore au guichet s’il vous reste
des fonds. » Oh non! Pas question de réessayer avec ce guichet cannibale!
J’exprime mon désaccord. Elle dit : « Vous pouvez aller aux autres Écobank de la ville » « Tous
les autres guichets Écobank de la
ville sont hors service, Madame! » « Alors il faut essayer une autre
banque. Allez à la Société Générale ou
à la Bank of Africa. » Quand
c’est rendu qu’une banque suggère d’aller chez ses compétiteurs, pouvez-vous
imaginer à quel point il y a des problèmes dans la fiabilité des services
bancaires, ici? On repart à travers la ville.
Guichet 4 – Banque Société
Générale
Je descends de la moto et me dirige vers le guichet automatique. Le
gardien m’appelle. « Ssss! Ssss! » (Ici, on peut aussi appeler les
gens en imitant le bruit du serpent par petite saccades.) Le gardien me
dit qu’il faut revenir ce soir. C’est suffisant pour que je comprenne que
ce guichet est lui aussi hors service.
Guichet 5 – Banque
saoudienne dont j’oublie le nom
J’entre dans le guichet. Yé! C’est écrit qu’ils acceptent les cartes
VISA. J’insère ma carte. J’entre mon NIP. J’attends. J’attends. J’attends. Le
guichet recrache ma carte. « Merci pour votre transaction. » Nooon!
J’ai pas fait de transaction!!! À ce moment, j’espère juste que VISA n’a pas
bloqué ma carte au Canada parce qu’ils voyaient que quelque chose ne tournait
pas rond… Je vais voir un commis au comptoir. « C’est quoi votre carte,
monsieur? VISA? Ah, c’est normal. On n’accepte pas encore VISA, ce n’est pas
encore en fonction. » « Fred! Ça pas encore marché! » Pout,
pout, pout; la moto sillonne encore la ville…
Guichet 6 – Banque
africaine quelconque affichant un symbole de VISA
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. Le guichet recrache
ma carte. « Carte non acceptée. » Je bous! Je suis rouge! Mais
pourquoi donc afficher un symbole de VISA si le guichet n’accepte pas les
cartes VISA?!?
J’ai de l’argent! J’en ai plein! Et je ne suis même pas capable d’y
avoir accès! C’est pas que j’ai pas d’argent! J’en ai! J’en AI! C’est juste
qu’il y a pas un « Christie » de guichet qui fonctionne dans la
ville. Quand ils sont pas hors service, ils sont cannibales ou menteurs!
Serait-ce une conspiration des banques pour nous dépouiller? Pour que notre
argent reste à jamais dans leurs coffres ou dans le ventre de leurs guichets cleptomanes?
J’en viens à me le demander sérieusement. Je ne me suis jamais senti aussi
tributaire des grandes institutions qui ont le pouvoir de décision si, oui ou
non, j’aurai mon argent! Je veux mon argent! Je veux mon argent, bon!
Guichet 7 – Bank of
Africa
Sept, c’est à peu près le nombre total de guichets dans Porto-Novo.
Vous imaginez mon stress monter?
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. J’entre le montant.
400 000 francs CFA. Enter! «Voulez-vous un reçu?» « OUI! »
La machine compte les billets. Je ne me réjouis pas encore. Le guichet recrache
ma carte. Le guichet recrache les billets! Je compte. Tout y est! Vous vous
direz : «Enfin, tout rentre dans l’ordre normal des choses».
Pas tout à fait. Au Bénin, « l’ordre normal des choses » est une des
notions les plus floues que j’ai vues de ma vie. Un guichet parfait à Porto
Novo, je doute fort que ça existe puisque même ce gentil guichet qui m’a
recraché les billets tant attendus n’a pas daigné recracher de reçu…
Ne nous enorgueillissons pas trop vite cependant, avec nos
institutions financières occidentales. En effet, lorsque j’ai appelé le fameux
numéro VIP, À FRAIS VIRÉS, 24 HEURES SUR 24 que VISA Desjardins m’avait donné
avant mon départ « pour toute éventualité à l’étranger », le gars à
l’autre bout du fil n’a pas su me répondre autre chose que : « Bon
là, vous avez appelé trop tôt, il est 6 heures et demie au Canada et le service
à la clientèle n’est pas encore ouvert. Il faut que vous rappeliez dans une
heure et demie. » Service 24 heures sur 24? Tout un service! Je n’ai d’ailleurs
pas encore compris l’utilité de payer le monsieur qui m’a répondu pour répondre
au téléphone et dire de rappeler quand le service à la clientèle régulier sera
ouvert… Je me demande même si je n’ai pas personnellement réveillé un gars du
service à la clientèle qui s’était endormi sur son temps supplémentaire.
Le monde est une énorme maison qui rend fou!
Bon voyons Samuel, la même chose aurai pu arriver a Montréal...chose certaine ça occupe de courir les guichets et ça fait de bonnes histoires a raconter.
RépondreSupprimerhihi !
RépondreSupprimerun jour, je ferai un pendant togolais à cette chronique, du genre "comment ouvrir un compte de banque pour pouvoir faire changer son premier chèque de paye en 22 000 étapes plus ou moins facile". mais comme le processus n'est pas encore complété, ce sera pour une autre fois !
bisous -xxx- on se voit dans 6 dodos !!!!!!!!!!!!!!
salut
RépondreSupprimerSam tu aurait peut-être mieux fait d'utiliser les bons vieux chèques de voyage...penses-tu que c'est encore utilisé au Bénin
La bouffe semble vous plaire
On veut pas goûter le Sadabi, et la lait caillé sans fruit ça me tente peu
j'espère que ton projet environnemental avance et que tu retrouveras ton argent gelé
Baci XXX
salut les amoureux
RépondreSupprimermerci pour vos souhaits de bonne fête, hé oui 60 ans c'est un peu triste pour moi
aujourd'hui vendredi je sors avec Ha qui s'est repointée
samedi je vais à un party d'Hallowen et dimanche je sors avec Michel, j'essaie de m'occuper l'esprit.
les papiers ont été signé chez l'avocate et il ne reste que l'approbation d'un juge, tout s'est bien passé heureusement...
C'est toujours un plaisir renouvellé de vous lire...
bonne poursuite dans vos projets
Baci XXX
N.B: je n'ai pas été capable de faire des commentaires sur votre écrit du 26 octobre, je ne sais pourquoi...