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jeudi 20 octobre 2011

Chronique de la maison qui rend fou - Le guichet automatique


Il y a de ces absurdités dans la vie qui nous laissent pantois. Parfois, un épisode de notre vie semble si inusité qu’on en vient à se dire : « Si ça se passait dans un film, ce ne serait même pas crédible tellement ça ne se peut pas. » Au Bénin, ces situations-là se passent con-ti-nu-el-le-ment. Laissez-moi vous partager cette savoureuse anecdote qui vient tout juste de m’arriver. (Aujourd’hui, c’est Samuel au clavier.)

Au Bénin, ceux qui n’ont pas d’argent ont la misère des pauvres. C’est une misère bien amère à porter et une angoisse qu’on croise tous les jours dans la rue. Mais aujourd’hui, j’ai vécu la misère de ceux qui ont de l’argent, beaucoup moins prenante il va sans dire; une misère de pacotille, futile, mais drôle à souhait. Ici, il faut prendre les choses avec le sourire, c’est vital.

Quand on a la chance d’avoir de l’argent en épargne dans un compte de banque au Bénin, on fait partie d’une certaine élite. On est considéré, à raison, comme riche. Celui qui arrive à épargner ici, ne serait-ce qu’une poignée de francs, est déjà bien au-dessus de la moyenne. Mais seulement, sommes-nous vraiment en possession de cet argent encore fictif, coincé dans un serveur informatique quelque part dans le cyberespace international? Ici, on en vient à en douter…

Pour couper dans la prémisse, je serai bref. La mère de Fred, qui a la gentillesse de nous préparer les repas tous les jours, n’a pour ainsi dire pas de coussin financier ni d’épargne, comme une grande partie de la population. Elle se doit donc d’attendre notre contribution hebdomadaire pour la nourriture afin d’aller faire les courses. Nous avons eu vite fait de réaliser que ça n’avait aucun sens qu’elle se déplace au marché aussi régulièrement alors qu’elle pourrait acheter tout en gros, pour beaucoup moins cher et pour plus longtemps. Nous avons donc convenu de lui verser notre contribution nourriture/loyer à intervalles plus espacés, mais en plus gros versements, ce qui lui permet d’avoir l’argent de roulement nécessaire pour acheter en gros.

Aujourd’hui, je dois donc retirer 400 000 francs CFA pour payer maman et pour nos dépenses personnelles courantes. Que fait-on quand on veut retirer de l’argent? On va au guichet automatique. Il y a justement une Écobank juste à côté de chez nous…

Guichet 1 – Écobank, grande mosquée
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. J’entre mon NIP. Le guichet me répond «Temporairement hors service. Veuillez essayer plus tard.» Le guichet recrache ma carte. Zut! Pas de panique, ça arrive souvent avec ce guichet. J’appelle Fred pour le tenir au courant de la situation. Il vient me prendre en moto et nous nous dirigeons vers le siège social de Écobank à Porto-Novo. Mais avant, pourquoi ne pas essayer sur le même chemin le guichet qu’il y a au centre Songhaï? (Songhaï se méritera un article à lui seul un de ses jours…)

Guichet 2 – Écobank, Songhaï
J’approche de la porte derrière laquelle se trouve le guichet et je trouve un mot. « Distributeur hors service. » Bon, ça y est! Ne perdons pas de temps. Enlignons le siège social et ça presse!

Guichet 3 – Écobank, siège social
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. Je rentre mon NIP. Yé! On me demande le montant que je veux retirer. 400 000 francs CFA. Enter! « Voulez-vous un reçu? » Oh que oui! En Afrique, on n’a jamais trop de preuves et de papiers officiels. Après tout, on ne sait jamais… J’entends les billets se faire compter par la machine. Re-Yé! Le guichet recrache ma carte. Ici, les guichets donnent la carte avant de donner l’argent, ça évite de toujours l’oublier. Je reprends ma carte. J’attends l’argent. J’entends des mécanismes dans le guichet. C’est anormalement long. L’argent ne sort pas… Ben voyons! J’entends les entrailles du guichet compter les billets une seconde fois. Bon, il y avait peut-être une erreur dans le premier comptage… J’attends. J’entends des mécanismes et un reçu qui s’imprime. Le reçu sort. L’argent ne sort pas! Sur le reçu, je peux lire : « Retrait du compte crédit : 400 000 FCFA. Complété avec succès. » Noooonnnn! C’est pas complété avec succès!!! La t*****k de machine vient de me bouffer 900 dollars canadiens! Je fonds.

En proie à l’hystérie, j’appelle le gardien de sécurité. « smack!, smack! » (Ici, on appelle les gens en faisant bruyamment le même son que quand on donne un gros bec exagéré.) Il me fait passer en priorité au comptoir. J’explique le truc à la dame devant moi. Heureusement que j’ai un reçu en guise de preuve! Qu’est-ce que je disais déjà tout à l’heure? « Après tout, on ne sait jamais »? En effet, on ne sait jamais! C’est d’autant plus vrai ici.

La dame envoie un rapport à ma banque. Je dois moi aussi appeler de mon côté pour dire qu’il y a eu un « Débit à tort ». La caissière me dit : « Voilà monsieur, c’est fait! » Et elle me redonne ma carte VISA et mon reçu. Je lui demande donc : « Je peux avoir mon 400 000 francs maintenant? » « Non. Pas tout de suite, ce sera de retour dans votre compte dans une semaine environ. » Je comprends alors que mon compte a été débité de 900 $ au Canada, mais que je n’ai pas accès à cet argent tant que le fameux « Débit à tort » n’a pas été validé au Canada. Je suis déconfit.

Heureusement qu’il me reste un coussin dans mon compte et que je peux retirer une autre fois le 900 $ en question sans être dans le rouge. La dame me dit : « Vous pouvez essayer encore au guichet s’il vous reste des fonds. » Oh non! Pas question de réessayer avec ce guichet cannibale! J’exprime mon désaccord. Elle dit : « Vous pouvez aller aux autres Écobank de la ville » « Tous les autres guichets Écobank de la ville sont hors service, Madame! » « Alors il faut essayer une autre banque. Allez à la Société Générale ou à la Bank of Africa. » Quand c’est rendu qu’une banque suggère d’aller chez ses compétiteurs, pouvez-vous imaginer à quel point il y a des problèmes dans la fiabilité des services bancaires, ici? On repart à travers la ville.

Guichet 4 – Banque Société Générale
Je descends de la moto et me dirige vers le guichet automatique. Le gardien m’appelle. « Ssss! Ssss! » (Ici, on peut aussi appeler les gens en imitant le bruit du serpent par petite saccades.) Le gardien me dit qu’il faut revenir ce soir. C’est suffisant pour que je comprenne que ce guichet est lui aussi hors service.

Guichet 5 – Banque saoudienne dont j’oublie le nom
J’entre dans le guichet. Yé! C’est écrit qu’ils acceptent les cartes VISA. J’insère ma carte. J’entre mon NIP. J’attends. J’attends. J’attends. Le guichet recrache ma carte. « Merci pour votre transaction. » Nooon! J’ai pas fait de transaction!!! À ce moment, j’espère juste que VISA n’a pas bloqué ma carte au Canada parce qu’ils voyaient que quelque chose ne tournait pas rond… Je vais voir un commis au comptoir. « C’est quoi votre carte, monsieur? VISA? Ah, c’est normal. On n’accepte pas encore VISA, ce n’est pas encore en fonction. » « Fred! Ça pas encore marché! » Pout, pout, pout; la moto sillonne encore la ville…

Guichet 6 – Banque africaine quelconque affichant un symbole de VISA
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. Le guichet recrache ma carte. « Carte non acceptée. » Je bous! Je suis rouge! Mais pourquoi donc afficher un symbole de VISA si le guichet n’accepte pas les cartes VISA?!?

J’ai de l’argent! J’en ai plein! Et je ne suis même pas capable d’y avoir accès! C’est pas que j’ai pas d’argent! J’en ai! J’en AI! C’est juste qu’il y a pas un « Christie » de guichet qui fonctionne dans la ville. Quand ils sont pas hors service, ils sont cannibales ou menteurs! Serait-ce une conspiration des banques pour nous dépouiller? Pour que notre argent reste à jamais dans leurs coffres ou dans le ventre de leurs guichets cleptomanes? J’en viens à me le demander sérieusement. Je ne me suis jamais senti aussi tributaire des grandes institutions qui ont le pouvoir de décision si, oui ou non, j’aurai mon argent! Je veux mon argent! Je veux mon argent, bon!

Guichet 7 – Bank of Africa
Sept, c’est à peu près le nombre total de guichets dans Porto-Novo. Vous imaginez mon stress monter?
J’entre dans le guichet. J’insère ma carte VISA. J’entre le montant. 400 000 francs CFA. Enter! «Voulez-vous un reçu?» « OUI! » La machine compte les billets. Je ne me réjouis pas encore. Le guichet recrache ma carte. Le guichet recrache les billets! Je compte. Tout y est! Vous vous direz : «Enfin, tout rentre dans l’ordre normal des choses». Pas tout à fait. Au Bénin, « l’ordre normal des choses » est une des notions les plus floues que j’ai vues de ma vie. Un guichet parfait à Porto Novo, je doute fort que ça existe puisque même ce gentil guichet qui m’a recraché les billets tant attendus n’a pas daigné recracher de reçu…

Ne nous enorgueillissons pas trop vite cependant, avec nos institutions financières occidentales. En effet, lorsque j’ai appelé le fameux numéro VIP, À FRAIS VIRÉS, 24 HEURES SUR 24 que VISA Desjardins m’avait donné avant mon départ « pour toute éventualité à l’étranger », le gars à l’autre bout du fil n’a pas su me répondre autre chose que : « Bon là, vous avez appelé trop tôt, il est 6 heures et demie au Canada et le service à la clientèle n’est pas encore ouvert. Il faut que vous rappeliez dans une heure et demie. » Service 24 heures sur 24? Tout un service! Je n’ai d’ailleurs pas encore compris l’utilité de payer le monsieur qui m’a répondu pour répondre au téléphone et dire de rappeler quand le service à la clientèle régulier sera ouvert… Je me demande même si je n’ai pas personnellement réveillé un gars du service à la clientèle qui s’était endormi sur son temps supplémentaire.

Le monde est une énorme maison qui rend fou!

4 commentaires:

  1. Bon voyons Samuel, la même chose aurai pu arriver a Montréal...chose certaine ça occupe de courir les guichets et ça fait de bonnes histoires a raconter.

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  2. hihi !
    un jour, je ferai un pendant togolais à cette chronique, du genre "comment ouvrir un compte de banque pour pouvoir faire changer son premier chèque de paye en 22 000 étapes plus ou moins facile". mais comme le processus n'est pas encore complété, ce sera pour une autre fois !

    bisous -xxx- on se voit dans 6 dodos !!!!!!!!!!!!!!

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  3. salut
    Sam tu aurait peut-être mieux fait d'utiliser les bons vieux chèques de voyage...penses-tu que c'est encore utilisé au Bénin
    La bouffe semble vous plaire
    On veut pas goûter le Sadabi, et la lait caillé sans fruit ça me tente peu
    j'espère que ton projet environnemental avance et que tu retrouveras ton argent gelé
    Baci XXX

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  4. salut les amoureux
    merci pour vos souhaits de bonne fête, hé oui 60 ans c'est un peu triste pour moi
    aujourd'hui vendredi je sors avec Ha qui s'est repointée
    samedi je vais à un party d'Hallowen et dimanche je sors avec Michel, j'essaie de m'occuper l'esprit.
    les papiers ont été signé chez l'avocate et il ne reste que l'approbation d'un juge, tout s'est bien passé heureusement...
    C'est toujours un plaisir renouvellé de vous lire...
    bonne poursuite dans vos projets
    Baci XXX
    N.B: je n'ai pas été capable de faire des commentaires sur votre écrit du 26 octobre, je ne sais pourquoi...

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