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dimanche 5 février 2012

Retour au bercail


Juste avant de quitter les rayons de soleil enveloppants du Bénin pour retourner au cœur de la chaleur du temps des Fêtes au Québec, nous avons la chance de passer une dernière fin de semaine avec notre amie Mélanie et son copain Coco à Grand Popo, sur le bord de la plage.

À notre départ de Grand Popo, nous prenons un taxi-brousse, le premier qui a deux places disponibles en ce dimanche. Bien tassés, nous embarquons à l’arrière complètement dans la troisième banquette, soulagés de ne pas trop prendre de retard sur notre horaire. Ce dimanche, nos amis nous attendent effectivement pour notre fête de départ. Peu après le départ, Jean-Philippe regarde un peu partout dans le taxi-brousse pour constater que derrière, il y a 6 bidons d’essence jaunes d’environ 50 litres passés illégalement depuis le Togo. Ce n’est pas tant l’illégalité de la chose que du danger que cela pose que nous avons peur. Nous avons plutôt l’impression d’avoir une bombe posée derrière nos fesses… Après un long dilemme, nous décidons d’assumer, mais de demeurer constamment à l’affut des dangers. Quel soulagement que de descendre du véhicule à Cotonou, sain et sauf!

Pour notre départ, nous avons prévu une fête avec tous les êtres qui nous ont été chers durant notre voyage au Bénin à l’Oasis de paix, notre véritable petit coin tranquille pour aller prendre une bière dans le quartier. Quand on organise une fête, la tradition veut que ce soit les hôtes qui défraient les couts. Pour l’occasion, nous demandons donc à maman de préparer de la nourriture pour tout le monde. Pour vingt personnes, il y a du poulet, du poisson, des pommes frites, aloco, des petits pois, du jus et du piment.

Puisque nous en sommes à notre dernière journée complète avec nos proches à Porto Novo, cette soirée, c’est notre fête. Nous en profitons donc pour prendre des vidéos, des photos, manger, rire et danser à foison. Les au revoir se déroulent ainsi dans la joie, à notre grand bonheur.

Le lendemain, jour de notre départ, les salutations à toute la famille approchent à grands pas. Nous mangeons notre dernier repas avant que Michael, Romuald, Fulbert et Fred viennent avec nous à l’aéroport. À l’heure de notre départ, c’est Diablo qui joue à la télé, le feuilleton favori de toute la famille. Tous, ils sont restés accrochés à la télévision quand est venu le temps de partir. Un peu comme si le feuilleton leur permettait de ne pas penser à notre départ, bercés par la vie quotidienne. Mais, les larmes étaient bien palpables sur les joues de Pascal et le ton de voix de maman et de Bernice en disait long.

C’est non sans avoir le cœur gros que nous avons quitté le Bénin. Après avoir laissé la famille à Porto Novo, dont maman qui s’est toujours occupée de nous comme ses propres enfants, ainsi que nos amis venus à l’aéroport, nous avons sombré dans une léthargie d’entre deux mondes. L’avion a ce don de nous déraciner illico d’une culture qui nous entoure depuis si longtemps pour nous entrainer vers une autre totalement différente.

Dans l’aéroport de Casablanca où nous effectuons une escale de sept heures, autour de nous, nous nous habituons à revoir le visage des Blancs en quantité. Nous cherchons le regard complice des Noirs à Casablanca qui voyagent avec nous, mais peine perdue, nous ne retrouvons plus l’étincelle africaine, nous avons bel et bien quitté le Bénin. Habillés de nos tenues béninoises, les Blancs nous regardent avec curiosité, alors que les Noirs se demandent qui sont ces gens qui se prennent pour eux dans le Maghreb. Pour nous, cet habit représente notre port d’attache à cette aventure qui si près de nous, devient déjà part du passé.

Après une attente qui nous fait perdre la notion du temps, nous nous dirigeons donc dans la file d’attente de l’avion qui nous ramènera là où tous nos repères nous rappelleront nos origines. Un peu résignés, comme des bêtes sans tête, vu le nombre d’heures sans sommeil, nous cheminons vers l’embarquement sans joie ni tristesse, plutôt de la fatigue. Nous mettons le pied dans l’avion en montrant nos cartes d’embarquement. C’est à ce moment qu’une hôtesse de l’air, qui a aussi l’air de la chef de cabine, nous accueille de son plus gros sourire en nous pointant l’allée du fond, libre, en nous disant : « C’est par ici les artistes! » Nous nous regardons alors avec un sourire, sachant qu’elle réfère à nos habits.

L’avion se soulève de la terre africaine avant qu’on nous distribue les écouteurs. Notre hôtesse de l’air revient donc en nous disant : « Voilà vos écouteurs les artistes! » Encore une fois, après qu’elle ait renchéri, cela nous fait sourire, rendant notre vol plus agréable. Après les écouteurs vient le repas. Alors que notre hôtesse de l’air sert les breuvages dans l’allée voisine, elle dit à voix haute à celle qui s’approche de nous. « Pour les artistes, il faut donner double portion. » Alors là, pour la discrétion, on repassera. Elle rajoute : « Je dis cela parce qu’elle est radine! » On donne donc une première bière à Jean-Philippe avant de servir Samuel. Après avoir servi Samuel, la petite voix intérieure de celle qui nous sert lui dit de donner à Jean-Philippe la bière la plus froide qui soit. Elle lui change donc.

Quel plaisir que de siroter sa bière, très froide, en attendant le retour! Mais d’un geste inattendu, l’hôtesse de l’air qui vient juste de nous servir nous rapporte deux minutes plus tard une deuxième bière, le plus discrètement possible, après avoir fini de servir les autres. Visiblement, l’ascendance de notre groupie sur celle-ci l’a dominée.

Samuel et Jean-Philippe 

mercredi 4 janvier 2012

L'environnement, un espace d'intervention


Comme promis, il nous reste encore quelques textes pour vous! Nous espérons donc pouvoir vous permettre encore un peu d'évasion en cette période de retour progressif au travail... 

Maintenant que vous êtes au fait des conclusions de recherche de JP, il est temps de faire le bilan de mes activités au Bénin. Vous vous en souviendrez peut-être, j’ai travaillé tout au long de mon séjour sur l’idée de prémunir les établissements d’enseignement secondaire de comités environnement d’élèves qui organisent en parascolaire des activités d’action et de sensibilisation en matière d’environnement dans l’école et le quartier.

Depuis le début, le projet a beaucoup évolué et s’est enrichi énormément. C’est non sans difficulté que j’ai réussi à convaincre, avec l’aide de JP, deux écoles à nous faire confiance pour démarrer ce projet. Début octobre, c’est donc le collège public Danto et le collège privé Noukpo qui bénéficient de l’activité. Une fois par semaine, nous allons faire une rencontre avec les jeunes membres du club dans nos écoles respectives. En coopération, les jeunes ont donc élaboré des plans d’action, reçu une formation théorique de base en environnement, installé le matériel nécessaire pour la collecte des ordures dans l’école, créé des affiches de sensibilisation pour l’école et organisé une activité collective de ramassage des déchets pour les élèves de l’école.

Le plus difficile dans ces interventions, c’est de trouver sur son chemin des administrations qui ont le courage d’oser. Quand le Yovo que je suis vient présenter son projet aux directions, certaines semblent d’emblée emballées par l’idée, sans trop comprendre qu’un tel club nécessite un investissement supplémentaire en terme d’argent et d’efforts. C’est ce qui a freiné JP avec son école qui ne débloquait pas les fonds nécessaires pour le bon fonctionnement de son comité. Pour que le comité environnement soit pertinent dans l’établissement, il est essentiel que l’école s’engage à s’inscrire à un service de collecte de déchets. C’est la moindre des choses pour que le comité puisse par la suite sensibiliser la communauté étudiante. À Noukpo, l’école de JP, cette condition n’a malheureusement pas été respectée, ce qui a créé beaucoup d’entraves au bon déroulement du projet. Au final, Noukpo a dû être abandonnée. À Danto cependant, même si Samuel et les jeunes se sont aussi butés à des administrateurs têtus qui ne réalisaient pas l’aspect visionnaire du projet, le tout s’est mieux géré. Avec un directeur extrêmement enthousiaste vis-à-vis du comité, les comptables et autres responsables n’ont pas eu d’autres choix que de se plier au déroulement des choses.

Comme nous savions dès le départ que nous ne resterions pas pour longtemps au Bénin, il était essentiel de faire en sorte que notre animation avec les groupes les mène à être autonomes dans l’organisation de leur travail. Toutes les rencontres du projet ont été montées dans le souci de mettre les jeunes au premier plan, leur donner la parole et le pouvoir de décider. Les comités de sont dotés de règlements internes. Les séances sont démocratiques et dirigées par un CA composé de trois élèves très actifs. Ce n’est pas peu dans un cadre scolaire général où la hiérarchie maitre-élève bloque souvent l’implication concrète du jeune dans son apprentissage. Les jeunes de ce comité n’ont donc pas qu’appris des notions sur l’environnement. Ils ont aussi développé des aptitudes à organiser leur pensée et se mettre en action par eux-mêmes en prenant des décisions collectivement. Ils ont expérimenté les bases d’un système démocratique où tout le monde a son droit de parole. C’est non sans effort qu’il a fallu sortir ces élèves du carcan dans lequel ils sont souvent pris en classe : celui de la récitation de la leçon. Au tout départ, le fait de leur demander leur avis les a surpris. Leur réflexe était de chercher la bonne réponse à la question, comme une leçon qu’on apprend par cœur. Et petit à petit, ils ont de mieux en mieux engagé leurs opinions dans le processus décisionnel du comité. Ce travail d’autonomisation tiendra-t-il la route après notre départ? Le temps nous le dira. Ceci dit, les jeunes ont eu une panoplie d’outils leur permettant de continuer le travail.

Pour nous assurer que le projet puisse être également suivi localement, nous avons intégré au projet des ONG et des partenaires qui agiront à titre de personnes-ressources pour ces jeunes. Nous avons développé ces partenariats au fil de nos rencontres, en début de séjour, lorsque nous ratissions la ville pour nos projets respectifs. En fait il est très intéressant de remarquer à quel point le travail de recherche de JP et le mien se sont mutuellement nourris au cours de ce séjour. Alors que je rencontrais des enseignants et des directeurs d’établissements, je mettais la main sur une personne qui pouvait être pertinente pour la recherche de JP. Au cours de ses entrevues, JP faisait des découvertes théoriques propres au Bénin qui nourrissaient mes préparations de rencontres. Ensemble, dans nos enquêtes respectives, nous avons certainement réussi à dresser un portrait de la grande majorité des acteurs et des initiatives en environnement de la région. C’est au fil des ces découvertes impromptues que nous avons fait la connaissance de Barthélémy, Paul et Roméo. Le premier est président d’ONG, l’autre est enseignant et le dernier, les deux à la fois. Il y a aussi Alban, l’ancien élève président du club que JP avait créé en vitesse lors de son premier séjour au Bénin en 2009. Nous avons rassemblé tout ce beau monde autour d’un groupe nommé UNÉAVI-Bénin (Union des élèves pour l’assainissement des villes du Bénin) qui se chargera, une fois notre départ effectué, de garder un œil sur les comités formés pour les assister au besoin et créer de nouveaux comités. C’est une petite structure que nous avons mise en place pour espérer la pérennité du projet. Ça a été une préoccupation constante de faire en sorte que le travail puisse bénéficier au plus grand nombre d’acteurs locaux qui travaillent avec sérieux. Le travail doit continuer après notre départ et je crois que nous avons bâti de bonnes bases.

Bien sûr, il n’y a pas que les partenariats qu’on apprécie. Il y a aussi les partenariats qui partent-un-aria! Et nous y avons aussi gouté! C’est qu’une ONG en particulier dont je tairai le nom a semblé au départ intéressée par notre projet. Très rapidement, il s’est avéré que cette même ONG profiteuse et opportuniste n’avait pas à cœur l’éducation des jeunes en environnement autant que le rayonnement prestigieux de son nom. Le président de l’ONG a, en fait, vu dans notre projet une occasion magnifique de recevoir un projet clef en main lui permettant de justifier des demandes de financement et assouvir son besoin de name-droping. Le comble, il agissait comme si c’était son projet et que nous étions des stagiaires de son ONG, alors que le projet nous appartient directement. Il demandait même à être la seule personne pouvant bénéficier du fruit de notre travail. Oui, oui, il demandait l’exclusivité! Faut pas être gêné. Heureusement, nous avons réussi à contenir tant bien que mal cette épine dans le pied en la tenant bien éloignée de notre réel groupe de travail, UNÉAVI-Bénin, qui a plus à cœur la collaboration pour l’éducation relative à l’environnement que la célébrité.

C’est que le projet était alléchant. À terme, il débouchait en effet sur une procédure clef en main pour démarrer ce même type de comité dans d’autres écoles. Tout ce qui a été fait avec nos comités, toute la préparation pédagogique, toutes les notions environnementales abordées ont été patiemment montés par moi en fiches pédagogiques, semaine après semaine. Un travail détaillé et colossal qui débouche sur une réelle trousse de démarrage et de formation de l’animateur pour la création de comités environnement dans les écoles secondaires béninoises. Et je n’en suis pas peu fier. La trousse de formation fait au final 321 pages. De ces dernières, 257 pages ont été directement rédigées de ma main. Je suis très satisfait de ce travail et de l’expérience qu’il m’a permis d’acquérir.

En résumé, c’est un projet très complet que j’ai la fierté d’avoir contribué à créer durant mon séjour au Bénin. Un projet qui a jumelé en un même temps la création de matériel pédagogique, l’intervention sur le terrain en éducation relative en environnement, la création de partenariats locaux pour assurer la supervision et la reconduction du projet et une course effrénée pour la reconnaissance administrative du projet au sein des ministères et bureaux concernés. C’est donc avec une structure organisationnelle et pédagogique forte et reconnue par les autorités que nous laissons notre petit bébé faire ses premiers pas. On suivra sa croissance de l’autre côté de l’océan.

Et comme tout ce qu’on entreprend par ici, on finit inlassablement par se dire qu’on fait tout ça pour les jeunes et les moins jeunes qui vivent dans cette réalité difficile à cerner pour nous; mais qu’on fait aussi surtout ça pour nous enrichir nous-mêmes, pour devenir de meilleures personnes avant tout. Ce que tu donnes, tu le reçois au centuple.

Samuel

P.S. N'hésitez pas à consulter nos photos à partir du blogue, comme celles pour cet article. Les albums sont petits et encore disponibles. Nous lisons toujours vos commentaires, même de retour!