Alors que s’achève notre séjour au Bénin, nos activités ne nous
auront pas laissé beaucoup de temps de repos. C’est pourquoi nous avions
réservé une dizaine de jours pour une exploration vers le nord du Bénin. Au
départ, nous avions la ferme intention de nous rendre jusqu’au Burkina Faso.
Mais, comme nous aurions dû consentir à deux jours de suite de 12 heures de
bus, nous avons préféré préserver notre énergie. Car quand on quitte un
endroit, il faut aussi revenir et prévoir le même trajet pour le retour…
Décision prise, nous mettons le cap vers Tanguiéta, à environ
700 km de Cotonou. Compte tenu de la qualité variable des routes, ici, on
ne donne jamais le trajet en kilomètres, mais en temps. Nous dirions plutôt que
nous étions à une douzaine d’heures de Tanguiéta. Nous arrivons à la gare
routière à 6 h 30 dans l’obscurité, alors que le soleil se lève.
Arrivent alors autour de nous des vendeuses de toute sorte qui voient en nous
tous, passagers des longues distances, un marché potentiel. Et pour tout
marché, les vendeuses adaptent leurs produits. Près des autobus, nous
retrouvons donc des vendeuses de pains, de sandwichs, de bouteilles d’eau, de
yaourt, de brosses à dents en bouts de bois, d’ananas, d’oranges, de piles, de
pâtisseries, de crédit pour les portables, etc. Et toutes et tous se promènent
avec leur cabaret sur la tête qu’ils déposent sur un tabouret lorsqu’un
acheteur potentiel démontre le moindre intérêt pour leurs marchandises.
Il est maintenant 6 h 45. Fidèle à ses habitudes, le
soleil africain est maintenant levé et la journée bat son plein, 15 minutes
seulement après la fin de l’obscurité. Sandwich et yaourt en mains, nous sommes
désormais prêts à affronter cette journée de tape-fesses du sud au nord du
Bénin.
Puisque Jean-Philippe a déjà connu une partie du nord du Bénin en
2009 sans connaitre le Parc national de la Pendjari, pas question cette fois de
le manquer… Qu’est-ce que le Parc national de la Pendjari? La Pendjari est une
réserve naturelle de faune au cœur de la savane africaine, occupant une
superficie de 266 000 ha, soit 2 660 km2, avec un
territoire transfrontalier avec trois pays, soit le Bénin, le Niger et le
Burkina Faso. Ce site se trouve dorénavant protégé par l’UNESCO depuis 1986
sous l’égide de la Liste mondiale des réserves de la biosphère.
Bien que le départ est prévu pour 7 h, il est 7 h 30
et nous attendons toujours le moment où le moteur de l’autobus vrombira, alors
que tous les autres bus partant à la même heure ont quitté la gare routière. À
part nous, trois autres Blancs voyagent dans l’autobus. Parmi eux, un couple à
l’image de ceux pour qui on se demande ce qu’ils font en Afrique vient nous
approcher. Une blonde dans la quarantaine parlant uniquement en anglais nous
demande si nous allons visiter la Pendjari pour deux jours et coucher une nuit
dans le parc. Comme on doit se rendre à la Pendjari en 4X4 avec un guide comme
conducteur, les touristes se jumèlent parfois pour absorber les couts du guide
et de la location de 4X4. Puisque cette Étasunienne d’origine russe qui voyage
avec son copain allemand a déjà négocié avec une guide et qu’elle se montre
très insistante à notre égard, nous acceptons alors de nous marier avec eux
pour 48 h, pour le meilleur, et bien sûr, pour le pire…
Le lendemain, à 7 h, notre couple avec l’anglais comme seule
langue officielle de voyageur arrive avec Saturnin, notre guide. Et comme
Saturnin et la grande majorité des Béninois ne maitrisent pas l’anglais, nous
venons aussi de nous trouver un boulot de traduction, eux qui ne parlent pas un
traitre mot de français…
Heureusement, pour la durée de notre périple dans la Pendjari, nous
comptons sur la présence d’un valeureux guide, Saturnin. Saturnin est le gars
typiquement intégré à sa propre culture dans cette zone aride. On l’appelle
l’anaconda, car lorsqu’il buvait et fumait, il pouvait danser comme le plus
grand et se mettre dans une colère terrible en une fraction de seconde,
inexplicablement, comme l’anaconda. Maintenant qu’il est guide et peintre, il a
laissé derrière lui son ancienne vie où il nous a même expliqué de quelle
manière il faisait pour traverser de la cocaïne entre les frontières. Seules la
tranquillité, la préservation de la Pendjari ainsi que l’agriculture
l’intéressent pour la fin de ses jours. Chose certaine, avec toute l’expérience
qu’il a, nous nous sentons en sécurité avec lui qui connait avec précision les
moindres détails de l’Afrique de l’Ouest.
Pour celui qui veut s’aventurer dans la Penjari, celui qui se sent
l’âme pionnière, il peut notamment y découvrir le babouin, le phacochère,
l’aigle pêcheur, le jacana, la grue couronnée, le martin-pêcheur, le crocodile,
le python d’Afrique, le bubale, le cobe de Buffon, le cobe de Fasa, le damalisque,
la hyène, l’hippotrague, le buffle, l’hippopotame, le guépard, le lion et
l’éléphant, roi de la savane. Mais chose certaine, la Pendjari, ce n’est pas le
zoo de Granby, ni le Parc Safari. Si certains le comprennent, d’autres
touristes se fâchent contre leur guide qui ne leur a pas fait voir le lion. Il
faut bien comprendre que personne n’attend sous l’eau pour peser sur un piton
qui actionne un piston hydraulique faisant remonter à la surface de la mare
Bali les hippopotames, pour s’assoir sur la tête des éléphants et les diriger
vers notre 4X4 pour qu’ils abattent un rônier sous nos yeux ou pour demander au
creux de l’oreille d’une lionne protégeant ses petits des les hautes herbes de
grimper sur le toit de notre 4X4 par surprise pour faire peur aux touristes et
leur donner une merveilleuse aventure à raconter. Non, ici, nous sommes dans la
nature, la vraie savane africaine! Et c’est ce qui rend notre expérience si
touchante, accéder à ce privilège de la nature. Mais évidemment, notre crétine
étasunienne-russe ne le comprend pas…
Nous décidons de nous aventurer dans la Pendjari à une période
particulière de l’année : l’harmatan. L’harmatan est à un Québécois ce que
l’hiver est à un Béninois. Aucune idée de ce que c’est, même si on m’en parle,
tant qu’on ne l’a pas vécu. Disons tout de même que l’harmatan, surtout si loin
de la rive océanique, est la période la plus sèche de l’année. Au nord du
Bénin, après la seule saison des pluies, suit l’harmatan dès le mois d’octobre.
Mais quand on dit sec, ça veut aussi dire desséchant. Cela signifie qu’on ne
voit jamais la sueur sur notre corps, car elle s’évapore illico dans l’air avec
un taux d’humidité qui doit s’apparenter à 0 %. Au loin, la poussière
reste dans l’air, donnant lieu à d’épais brouillards. Les talons craquent et
les lèvres gercent. La nuit, il fait 15 °C, alors que le jour, c’est un
sec 36 °C qui s’offre à nous. Pour la première fois au Bénin, nous aurions
aimé avoir un coton ouaté au petit matin, bien qu’il deviendrait une abomination
quelques heures plus tard.
Cette période de l’année n’est pas la meilleure pour la visite de la
Pendjari. Plus on s’éloigne de la saison des pluies, plus les mares d’eau
s’assèchent. Au mois de mars et avril, les animaux doivent donc converger vers
les plus grandes mares pour s’abreuver, site d’observation idéal pour les
touristes. Et pour satisfaire ces mêmes touristes, à chaque année au début
décembre, on fait des feux de brousse pour éliminer les hautes herbes sous
lesquelles les animaux se cachent plus facilement. Cette question d’écotourisme
en est une des plus passionnantes. Si on ne brule pas les hautes herbes, la
plupart des touristes seront mécontents, parce qu’ils se croient quand même au
Parc Safari. Si on les brule, on élimine une partie de la biodiversité,
privilégiant les espèces endurantes aux feux de brousse. Mais les revenus de ce
parc proviennent des touristes. Et l’argent que les touristes apportent crée
des fonds contre les braconniers et crée de l’emploi de reconversion pour ces
braconniers. Sans tourisme, oublions donc les fonds pour lutter contre le
braconnage et tous les efforts faits pour que les villageois de cette région
défendent farouchement la préservation de la nature. Beau dilemme écologique!
Bien que nous ne visitions pas la Pendjari au moment le plus riche
pour la vue, chanceux que nous sommes, dès le premier jour, nous voyons presque
tous les principaux animaux pouvant nous satisfaire : le babouin, le cobe
de Fasa, l’hippopotame, le crocodile et les éléphants. Il faut dire que les éléphants
auront été notre plus grande chance en ce premier jour. Si nous les avons vus
dans cinq lieux différents du parc, notre guide ne pensait même pas être en
mesure de les voir à cette période de l’année.
Revenons donc un peu à notre fameux couple si étrangement assorti…
Depuis le matin, nous faisons la traduction de tout ce qui se dit. Pendant que
son copain qui a tout vu en Afrique à ses dires ne fait que répéter à toute
heure « I’m so bored! », Dieu seul sait comment la niaise étasunienne-russe
en pose des questions… « Quel est le plan à ce moment-ci de la journée
pour voir les animaux? », « Assurez-vous que Saturnin va nous faire
voir les animaux jusqu’à la fin de la journée, il est payé! », « Il
me semble qu’on ne prend pas une route prévue au début de la journée… »,
« Est-ce bien clair que nous ne paierons pas pour le repas du
guide? », « Pourquoi est-ce qu’on s’arrête ici? », « Faites-moi
baisser le prix de la chambre dans la Pendjari » – alors que les prix sont
fixes et affichés à 18 000 FCFA et qu’elle veut payer
11 000 FCFA, « Dites au chauffeur – elle n’a jamais su apprendre
son nom – de ne pas démarrer tout de suite! »
Dites au chauffeur de ne pas démarrer tout de suite… Une demi-heure
plus tôt, nous traduisons à l’innocente étasunienne-russe que Saturnin
n’apprécie pas qu’on monte sur son toit pour observer les animaux, car il n’y a
pas de point d’appui, en plus de s’être déjà fait charger par un éléphant en
colère. Plutôt que d’être apeurés, nous nous réjouissons de savoir que notre
guide a connu le danger; il sait donc mieux le prévenir. Mais bien sûr, trente
minutes après cette énième traduction, la poire étasunienne-russe demande de
monter seule sur le toit! Vers la fin de la journée, alors que nous voyons nos
premiers éléphants, Saturnin sent au bout d’un moment que les bêtes changent de
comportements. Quand il les voit battre des oreilles, il nous demande
d’informer la moronne étasunienne-russe du départ imminent, elle n’a qu’à bien
se tenir. Elle nous répond alors : « No no, he is so cute, I think
the elephant is fine! » Dites au chauffeur de ne pas démarrer tout de
suite… Eille la conne, qu’est cé qu’tu comprends pas là-d’dans? Jean-Philippe
traduit donc à Saturnin : « Elle fait dire qu’elle se tient bien, on
peut démarrer. »
La nuit, nous croyons finalement être tranquilles. Détrompez-vous!
Si nous ne savions pas pourquoi un tel couple peut exister, nous l’avons appris
avec justesse le soir. Notre assortiment de mauvais gout
étasunien-russo-allemand couche dans la chambre juste à côté de la nôtre. Alors
que Jean-Philippe dormait déjà depuis quelques minutes, Samuel le réveil.
« JP, j’m’excuse vraiment de t’réveiller, mais il faut absolument que tu
entendes ça, tu ne vas pas me croire demain matin… » Eille! La lionne en
chaleur d’la Pendjari couchait dan’chambre à côté! « YESSS, YESSS. AHHH,
AHHH. F…, F… » Pour la première fois de notre vie, cette scène que nous
croyions qu’une caricature dans les films s’est déroulée sous nos oreilles… En
plus, ça parait tellement qu’elle fait semblant. Elle en met beaucoup plus que
le client en demande! Il doit aimer cela… Pour la fierté, on repassera!
Le lendemain matin, nous vivons un autre moment fort de notre visite
dans la Pendjari. Nous n’avons toujours pas vu le lion, la bête que tout
touriste bébête doit voir pour se satisfaire et ne pas être en reste. Notre
cornichonne étasunienne-russe est encore assise dans le 4X4, car il fait encore
froid. Mais, malgré l’interdiction formelle de descendre du véhicule lorsque
nous sommes sur les pistes, madame veut aller uriner. Saturnin lui trouve donc
un endroit dégagé, près de la brousse. Elle va donc derrière un arbre pour
descendre ses pantalons et se mettre à l’aise. C’est à ce moment précis que
nous entendons un bruit d’animal non loin de nous! Et plus vite que le guépard,
sort de derrière l’arbre une nunuche étasunienne-russe avec les pantalons à
moitié remontés. Vous auriez dû lire la peur dans ses yeux. Indescriptible!
« C’était le lion. », dit Saturnin sourire en coin. « Une chance
pour elle qu’il n’était pas affamé ou que ce n’était pas une lionne avec ses
petits… » Nous trois qui ne pouvons plus la supporter depuis le premier
jour déjà avons eu une douce revanche. Après s’être calmée, elle est vite
sortie de l’auto pour replacer son string noir sans gêne sous les yeux de
Jean-Philippe. Nous n’aurons pas vu le lion, mais l’entendre nous aura suffi à
cette rencontre mémorable.
C’est non sans peine que nous nous sommes débarrassés de l’homme
blasé et de notre qui-n’a-pas-inventé-le-bouton-à-quatre-trous
étasunienne-russe. Alors que nous nous arrêtons tous aux chutes de Tanougou à
la sortie de la Pendjari, nous demandons à Saturnin de nous y laisser. Site
isolé et enchanteur, nous profitons de cette nature pour nous ressourcer et
échanger avec les locaux travaillant sur le site. Mais jusqu’à la dernière
minute, ils auront voulu nous suivre… Jusqu’à ce que son blasé de chum lui
demande : « What am I gonna do here? » La garce
étasunienne-russe lui répond alors : « Well, we can just have sex all
day long! » Vraiment aucune fierté! Heureusement, nous sommes les seuls
traducteurs. Nous leur compliquons la vie en leur laissant entrevoir qu’il se
peut qu’ils ne trouvent pas de transport pour le retour en ville avant quelques
jours. Oufff, notre plan a fonctionné… Enfin, notre rythme respiratoire
retrouve son cours normal.
Aux chutes de Tanougou, cinq artisans s’y sont installés pour vendre
de l’artisanat aux touristes qui y passent. Ils peuvent parfois rester là une
journée, sans qu’un seul visiteur vienne. Un des vendeurs, Pap, nous explique
qu’« On n’attend pas les visiteurs, car on ne sait pas quand ils
viennent. » Ils travaillent donc, discutent et se reposent en vivant la
vie, attendant qu’un client potentiel arrive. Et s’il n’achète pas, ce sera pour
un autre jour…
De par leur grande générosité, ces derniers nous accueillent parmi
eux à bras ouverts. Dès le premier jour, ils nous offrent un thé à la menthe
comme on n’en boit pas au Bénin. Alors que nous reconnaissons le gout du thé à
la menthe de Coumba, notre amie sénégalaise, nos soupçons se sont éveillés sur
leur nationalité. Oui, ce sont des Sénégalais. Nous les avons démasqués avec
leur thé à la menthe! Ils ont quitté le Sénégal pour venir vendre de
l’artisanat aux chutes de Tanougou, au Bénin.
Le lendemain, toujours avec nos amis artisans nous avons même eux
droit au mafé, ragout de sauce tomatée aux arachides. Coumba nous fera
certainement jurer à notre retour qu’il n’était pas meilleur que le sien! Bol
de riz et mafé au centre, tout le monde se sert dans le même bol après s’être
lavé les mains en faisant une petite boule avec le riz avant de la tremper dans
la sauce. En après-midi, nous avons même pris le temps de sabler quelques
sculptures en ébène que Pap devait rafistoler. C’était le bonheur total. Pur
moment d’évasion.
Nous reprenons la route pour dormir une nuit à Natitingou où nous
visitons les tatas sombas, maisons typiques du peuple somba. Ces maisons en
argile sont de véritables chefs-d’œuvre d’architecture locale. Tout est pensé,
du grenier pour les récoltes aux points de défense pour tirer les flèches sur
les ennemis en passant par l’endroit pour ranger le bétail et les chambres
savamment disposées. Rien que du naturel dans la fabrication, pas de matériaux
transformés. Nous sommes aussi un peu triste de constater que cette forte
culture locale perd de sa vigueur peu à peu, conséquence de la mondialisation
et de l’urbanisation.
Bien que l’excision soit formellement interdite par la loi depuis
deux ans au Bénin, le rite de la circoncision chez les Sombas demeure encore présent
pour les hommes dans la fin trentaine. À l’occasion de cette cérémonie
annuelle, les hommes concernés doivent se préparer des semaines à l’avance, car
la cérémonie de circoncision sera publique et sans merci pour ceux qui réagissent
le moindrement pendant l’intervention. On boit alors des infusions
préparatoires, mais pas question d’être sous le coup de l’alcool ou de la
drogue pendant. Ça se fait à froid! Et celui qui ose démontrer de la douleur
sera renié à jamais par sa famille, car il n’a pas réussi à franchir l’étape de
ce rite si important pour son peuple. Il devra soit mourir ou quitter sa
famille à jamais, lui qui l’a déshonorée. Quel homme parmi vous ose devenir
Somba?
Notre semaine se poursuit jusqu’à Parakou, au Rucher, où nous nous laissons tenter par un descriptif du Petit futé 2007-2008. Nous voulons
relaxer et nous y poser pour quelques nuits. Vraiment, on nous promet un
endroit idyllique au cœur de la nature, parmi les manguiers, les ruches, le
champ de légumes et d’aloès, etc., etc. Nous arrivons donc sur place avec
toutes nos attentes dans notre baluchon. D’abord, on nous accueille au sein
d’un endroit qui fut surement très populaire autrefois, mais on sent que la vie
n’existe plus au Rucher, déjà. On
nous conduit vers notre chambre où il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, pour
un prix incohérent avec ce qu’on nous offre. En plus de ça, les oreillers
puent… La cuisinière burkinabée nouvellement arrivée nous informe que le gérant
est parti acheter de l’essence pour alimenter la pompe à eau. Catastrophe. Le
gérant revenu, il nous informe de vite prendre notre douche avant qu’il n’y ait
plus de carburant pour pomper l’eau. L’établissement est si désert qu’il nous
demande à l’avance ce que nous allons manger pour les 2 jours de repas à venir,
question d’acheter au marché ce qu’il faut. « On n’est pas difficile. Tuez
une pintade et on en prendra une moitié ce soir, une autre moitié demain
soir… »
Nous restons étendus dans le lit pendant une bonne heure à nous convaincre
que nous n’avons pas encore mis la bonne paire de lunettes pour appréhender Le Rucher. Samuel part donc faire une
promenade pour apprécier les merveilles non encore découvertes. Quand il
revient, il trouve Jean-Philippe couché sous un manguier à endurer la
sècheresse de l’harmatan, tentant de trouver la plénitude. Samuel
confirme les craintes : le jardin est tout sec, les manguiers ne
produisent pas encore, l’aloès est perdu à travers les hautes herbes et une
ruche, ben, c’est une ruche. Rien n’y fait, nous n’arrivons pas à comprendre
comment le Petit futé 2007-2008
a pu trouver tant de magie dans cet endroit. Même le soir, la grande salle à
manger du restaurant ne nous contente pas. Le panneau solaire émet un bruit
strident et agaçant pour indiquer qu’il n’y a plus de soleil. Tout à fait
normal, mais personne n’a un jour songé à chercher la manière d’enlever
l’option fait-du-bruit-quand-y-a-plus-de-soleil. Nous faisons donc déplacer
notre table dans le jardin, loin du bruit, sous l’éclairement de la pleine
lune. Pendant le repas, l’ultime huis clos nous mène à la seule conclusion
possible : on doit partir d’ici au plus vite!
Nuit de mauvais sommeil. Les yeux s’ouvrent quelques fois. À un
certain moment, Jean-Philippe ouvre l’œil et remarque les premières lueurs. Il
est 6 h 30. « Samuel, il faut vite se lever pour partir. »
Nous allons donc trouver en vitesse le gérant avec un visage des plus
attristés. Celui-ci s’informe de nous. « Ça va, bien dormi! »
« Nous sommes vraiment désolés, mais ça ne va pas. Notre maman de famille
vient de nous appeler de Porto Novo pour nous informer que le papa est décédé
durant la nuit. Il s’est évanoui et il ne s’est plus réveillé. Nous devons vite
quitter Parakou pour aller les rejoindre. » Honnêtes hommes que nous sommes,
nous nous sentons mal à l’aise. Mais que faire, nous qui avions déjà passé la
commande à l’avance pour au moins deux soupers… Consterné, le gérant nous dit
qu’on a encore une chance de prendre l’autobus qui part vers Cotonou si on se
dépêche. Il n’en faut pas plus pour que nous nous activions comme des abeilles
dans une ruche. Dans le village, accompagnés du gérant, nous parcourons à pied
le kilomètre qui nous sépare de la route. avec nos sacs à dos. Le gérant
s’empresse de nous trouver un chauffeur de moto et hop, lorsque l’autobus dont
le départ est prévu pour 7 h ferme finalement ses portes à
7 h 30, nous arrivons juste à temps, bénis par on ne sait quel Dieu…
Et notre retour tape-fesse vers le sud se poursuit.
Notre dernière escale s’effectue dans la ville de Ouidah. Nous avons
eu la chance d’être bien installés cette fois-ci. C’est là que nous passons nos
trois ultimes nuits de vacances dans le Bénin. Cette ville demeure aujourd’hui
chargée en histoire, car c’était un port fort important pour le commerce des
esclaves. C’est de là que quittaient pour l’Amérique plusieurs d’entre eux,
lors d’une traversée durant trois mois où maints d’entre eux mourraient.
Aujourd’hui encore, l’influence de ces esclaves béninois se fait sentir au
niveau de la culture brésilienne, cubaine, haïtienne et d’autres pays des
Antilles. Les rites du vaudou haïtien trouvent leur principale racine ici même,
au Bénin. À n’en point douter, ce parcours de la route des esclaves a de quoi
nous rendre émotifs face à cette époque si proche de l’humanité.
C’est à Ouidah que nous avons relaxé, profité de la vie, vu Samuel
se faire prendre pour le joueur de soccer David Beckham, discuté avec un homme
voulant tant être notre ami malgré nous, un dénommé Hospice Saint-Laurent
(!!!), observé la vie de ces gens en sirotant une Castel et rédigé ce dont nous
nous ennuierons ou pas au Bénin. Vous en aurez d’ailleurs l’inventaire
prochainement. Bref, nous commençons à comprendre que l’heure du retour sonne
pour nous et que nous allons vous retrouver très bientôt. L’heure de faire le
point a donc sonné.
De retour à Porto Novo, après de nombreux jours d’absence, c’est avec
le plus grand des bonheurs que nous avons retrouvé ceux qui forment désormais
notre famille au Bénin, maman, grand-maman, Fred, Bernice et Pascal. Chose
certaine, nous profiterons maintenant des derniers moments avec eux qui nous
ont accueillis si généreusement.
Samuel et Jean-Philippe
P.S. Nous vous invitons à revenir voir nos dernières photos et notre
message post-mortem d’ici les prochains jours. Nous quittons avec grande
tristesse ce soir toute la famille à Porto Novo et les amis à la suite d’une fête
des plus dynamiques hier à l’occasion de notre départ. Si tout va bien, nous
arriverons avec la Royal Air Maroc à 19 h 45 le mardi 20 décembre à
Montréal.