Lorsqu’on arrive en pays nouveau, on perd tous nos repères. Dès le
hublot de l’avion, en pleine altitude, les repères visuels se transforment;
parfois le paysage est couvert d’eau, d’autres fois on survole les montagnes majestueuses
ou les villes qui ressemblent à des maquettes de poupées. On atterrit et la
porte s’ouvre sur un courant d’air qui nous entoure, laissant deviner le nouveau
climat dans lequel on plonge. Puis, une fraction de seconde plus tard, c’est la
première inspiration; le corps assimile de nouvelles odeurs dans lesquelles on
évoluera. Petit à petit, on prend contact avec la langue du pays, l’activité
des humains, le tumulte des routes qui nous mènent à notre premier lit en terre
étrangère; les sons changent. Une fois arrivé, fatigué du vol, en nage, on ne
pense plus qu’à une seule chose : manger!
Peut-être l’aurez-vous deviné, vous aurez droit ici au premier
article d’une série de 5 sur les sens qui, nous l’espérons, vous feront vous
aussi voyager en sol béninois.
Notre premier contact avec la nourriture s’est fait à l’image du
pays : de façon imprévue et hospitalière. Nous étions en fin d’avant-midi,
forts de 24 heures sans sommeil. Fred nous promenait déjà à travers le quartier
alors que nous, nous ne pensions qu’à rentrer pour manger et dormir! C’est
alors que nous rentrons chez Bibi (pour ceux de notre génération, non, il n’a
pas les cheveux verts), un ami de Fred, où sa mère termine la préparation du
repas. Alors que nous croyons faire une simple visite de courtoisie, en moins
de deux, trois couverts sont déjà sur la table et Fred nous serre une grosse
cuillerée de pâte nappée de sauce et de poisson. Bien sûr, le gargantuesque
repas d’accueil de maman nous attendait aussi sur la table à la maison lors de
notre retour, 30 minutes plus tard! Heureusement que nous nous étions exercés à
étirer notre estomac en Tunisie pendant le ramadan!
Vous voici introduits à la base de toute l’alimentation béninoise. La
pâte se décline à l’infini. Il n’y a pas un jour qui passe sans en avoir sur la
table pour le souper. Il faut s’imaginer une polenta bien prise ou des pommes
de terre en purée très épaisses. Elle est faite de maïs, de manioc ou d’igname
et pour chacune de ces bases, il y a différentes façons de l’apprêter. Elle est
multiculturelle; parfois blanche, parfois noire; fraiche ou fermentée;
granuleuse ou gélatineuse. Par-dessus, on verse une sauce généralement à base
de tomates, d’ognons, d’ail, de gingembre et de piments écrasés. Une seconde
sauce en plus petite quantité est également présente pour agrémenter la pâte.
Il s’agit de la sauce gluante. Elle est faite d’une plante nommée krin-krin qu’on fait bouillir longtemps.
Le résultat est une sauce vert foncé au fort gout d’épinards. Mais la
particularité de cette sauce, c’est que c’est plus la texture que le gout qui
prime en bouche. Comment dire… Pour reprendre l’expression de Léopold,
trésorier d’Anayi pour les kakis : « Ça glisse tout seul au fond de
la gorge. »
Comme pièce de résistance, un morceau ou deux de poulet, de poisson
ou les rares jours de chance du fromage, le seul que le Bénin produit. Le
poulet est généralement frit ou très frit. Parfois, nous n’avons droit qu’à
l’extrémité des ailes en surnombre ou à un morceau non identifiable du dos de
l’animal. Le poisson peut être frit, très frit, fumé ou très fumé. Quand il est
frit, il se conserve 3 jours à la température de la pièce, ce qui est bien
pratique pour maman qui prépare à tous les jours. Le poisson fumé s’achète au
marché, il est noirci, ne goute que la fumée et il est enroulé sur lui-même,
queue à la bouche. Peu importe la méthode de cuisson, c’est tellement cuit à
fond, que même les arrêtes deviennent comestibles, presque tendres. Le poisson
nous est servi soit : enroulé sur lui-même, en entier, en morceau de tête,
en morceau de tronc ou en morceau de queue. Bref, même si on mange du poisson
presque tous les jours, il y a un brin de variété à chaque fois qu’on ouvre la
casserole qui nous est désignée.
Si le souper est une constante quotidienne (pâte, sauce, krin-krin et viande), c’est au diner que
nous avons notre excitation quotidienne : « Mais qu’est-ce que ce
sera aujourd’hui? » Pour répondre à cette question, aujourd’hui, nous
avions au fond de la marmite surprise des pâtes en forme de céréales Honey Comb et des penne avec des
légumes, surmontées de pommes de terre frites avec un spounch de mayo et quelques tronçons de poisson. Pour ajouter aux
féculents déjà présents, maman a ajouté une petite marmite de couscous aux
légumes. En un midi, on a fait le tour de plus de la moitié des accompagnements
possibles. À cette liste, il manquait le riz et les haricots. Mais le repas qui
nous réjouit le plus, c’est le abobo.
Ce sont des haricots blancs cuits à la manière des fèves au lard, mais
assaisonnés à l’africaine. Pour les accompagner, on nappe le plat d’une sauce
huileuse et tomatée. Pour compléter, on saupoudre de gari, une farine de manioc
absorbante qui rappelle l’apparence du parmesan, sans en avoir le gout.
Le matin, maman nous offre souvent de la bouillie avec du pain, des
beignets ou des pâtés. Servie chaude, la bouillie est faite à partir 1) de
maïs, 2) de mil ou 3) de costarde. À la bouillie de mil, on peut incorporer
des feuilles de laurier odorant qui
sont si parfumées qu’elles relèguent aux oubliettes notre laurier traditionnel.
Pour agrémenter la bouillie, on peut aussi lui ajouter une bonne rasade de Jago. Qu’est-ce que le Jago? C’est du lait concentré sucré fait
de 46.1 % de sucre, de 16 % d’extrait sec dégraissé de lait et de
8 % minimum de matière grasse. Pour le reste du 100 %, l’histoire ne
le dit pas… Rien à voir avec le lait Carnation.
On dit d’ailleurs que, citation lettre pour lettre : « En ajoutant au
contenu de cette boite une quantité d’eau égale à une fois et demie au contebtu
de Jago cette boite vous obtenez une boisson de composition identique à un lait
plus un apport de sucré. Emballé à Malaisie. » Vous remarquerez comme le
soleil a l’air heureux sur la photo… Nous attendons vos commandes pour le
retour!
Bien que nous ne savons pas ce que notre description a suscité en
vous, sachez que maman prépare très bien la nourriture!
Gourmands de nature, nous apprécions également nous permettre
quelques extras à l’extérieur de la maison. Lorsque nous voulons nous faire
plaisir, nous nous rendons à la cafétéria Reine Élizabeth après le souper.
Comme nous irions manger une crème glacée au Québec, nous commandons un lait caillé.
Qu’est-ce que le lait caillé? Au début, le mot surprend! On s’imagine un lait
suri avec des grumeaux. Ça ne vaudrait bien sûr pas le détour… La première fois
qu’on mange un lait caillé, c’est toujours surprenant. D’abord, parce que c’est
la nuit et que la lumière ne nous permet pas de voir correctement ce qu’on
vient de nous servir. Ensuite, parce que le nom inspire la crainte. Mais pas le
choix, pour le savoir, il faut prendre sa première cuillerée. Mais avant, on
doit le recouvrir de glace concassée. Le premier gout reconnu est
inévitablement la flaque de Jago mise
sur le dessus. On comprend alors qu’il faut bien mélanger avant de poursuivre.
Les morceaux de glace craquent sous les dents et on se délecte de ce dessert
rafraichissant et rassasiant. À la fin de son premier lait caillé, Fred demande
à Samuel : « Et puis Sam, ton premier lait caillé, c’était
comment? » Et Samuel de répondre : « Ben au fond, si je
comprends bien, c’est juste du yogourt? » Fred éclate de rire et
réplique : « Nonnn! C’est du lait caillé! » Jean-Philippe, qui
semblait avoir oublié que la base du lait caillé, c’est le yogourt, dit alors
« Oui c’est du yogourt, mais avec du Jago
et de la glace. Ça forme un tout en soi. Tu ne trouves pas? ».
Vous aurez compris que, avec le seul fromage fabriqué au Bénin, le Jago et la quasi-absence du yogourt, les
produits laitiers sont très rares. Lorsqu’on a la chance d’en consommer, notre
corps trouve ça ridiculement et démesurément bon! Nous sommes si excités qu’on
en oublie que c’est certainement le seul fait que ce soit un produit laitier
qui nous attire à ce point. Le soir, il y a toujours un moment où, comme un
fumeur en manque, on pense à la possibilité d’aller prendre notre lait caillé.
Et pour finir le cœur en fête, on trinque à l’alcool local, le sodabi, fait à partir de noix de palme
et terriblement décapant. Les gens qui en boivent régulièrement l’appellent
affectueusement « l’eau béninoise ». D’eau, elle n’en a que le nom
avec 45 % d’alcool! Difficile de décrire le gout ou la grimace qui suit
une gorgée. Citons simplement la maxime béninoise : « Quand tu bois
du sodabi, tu te sens homme! »
Argggggh!
Sam et JP
P.S. Nous vous invitons chaleureusement à aller voir les photos des
plats mis en lien en haut du blogue pour vous donner une meilleure idée. Nous
attendons toujours vos commentaires avec grand plaisir.
Ooohh!!! Votre galerie photo de bouffe est trop géniale. Ça me donne tellement faim, j'ai le goût des plats qui me viennent en bouche!!!
RépondreSupprimerEt pour commenter votre section "produits laitiers". Si vous êtes en manque de produits laitiers, n'oubliez pas le yaourt avec du mil. Si vous voyez une vendeuse qui en a dans des sachets, c'est dé-li-cieux, et ce, même si vous risquez de vous retrouver rapidement aux toilettes par la suite. Quant au Jago, on en a ici, c'est la même chose que du lait 'Eagle". Et je crois que vous n'êtes pas trop des buveurs de café tous les deux, mais un café au Bénin, c'est le 3/4 du verre qui a du Jago, yark!!!