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mercredi 28 septembre 2011

Comment se divertir au Bénin? – 2 de 2 – De la bière!


Voici la suite de notre chronique sur le divertissement en terre béninoise. Vous êtes prêts? C’est parti!

Autre source de divertissement : la bière. Et le divertissement ne se résume pas toujours à la boire. L’autre jour, la famille se préparait à recevoir en visite le grand-frère de maman (notre maman béninoise bien entendu) qui n’était pas revenu au Bénin depuis 3 ans. Pour l’occasion, maman a donné au petit Pascal la tâche d’aller chercher des bières et des sucreries. Ici, le mot sucrerie est désigné pour parler de boissons gazeuses. Tout heureux de pouvoir aider, Sam accompagne Pascal avec l’idée de transporter les bouteilles au retour. Nous arrivons au magasin. C’est une petite case de béton reliée à la maison principale et le devant du commerce est entièrement grillagé, si bien qu’on ne peut jamais entrer dans le magasin. Les barreaux protègent le vendeur contre le vol à l’étalage. Ici, on désigne du doigt l’article que l’on veut acheter et on vous le glisse entre les barres. Pascal frappe la grille de manière saccadée et rapide avec une pièce de monnaie pour appeler la commerçante. Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic! Il parle en Gon. On lui écrit le prix des bières et des sucreries sur un bout de papier. Pascal le prend et s’en retourne à la maison… sans bière. On comprendra vite que maman veut valider le prix avant de remettre l’argent précis à Pascal. Maman prend donc connaissance du papier et, 15 minutes plus tard, nous voilà repartis avec une commande claire : 6 bières Castel et 6 sucreries. Super! Étrangement, Sam remarque que Pascal ne prend pas le chemin du magasin. « Non. On va chez grand-maman en premier. » Grand-maman se trouve à être la grand-tante, mais peu importe, qu’allons-nous y faire? En arrivant chez grand-maman, nous la saluons et nous entrons dans une petite pièce où s’amoncèlent des caisses et des caisses de bouteilles vides. Il doit y en avoir 60, sans exagérer. Pourquoi grand-maman possède toutes ces caisses? L’histoire ne le dit pas. Tout ce que l’histoire dit c’est que Pascal somme Samuel de chercher une caisse de bouteilles de sucreries vides et une caisse de bouteilles de Castel vides. Comprenons que la bière, ici, c’est donnant-donnant. Si tu veux ta bière au prix annoncé, ramène un nombre équivalent de bouteilles DE LA MÊME SORTE! Chez grand-maman, on ne trouve que des bouteilles de Béninoise et de 33, mais pas de Castel. « Pascal les bouteilles de 33 sont de la même forme et de la même couleur, ça ne peut pas faire? » Bien sûr que non! Et c’est un Yovo tout découragé que vous pouvez imaginer en train de descendre une à une les 60 caisses empilées, sous l’œil vigilant de grand-maman, pour trouver enfin la caisse miraculeuse remplie de bouteilles de Castel. Yééééé! Mme Croteau de Fabreville ayant trouvé l’œuf avec le gros lot à la poule aux œufs d’or n’a qu’à aller se rhabiller! Hop! Avec 6 bouteilles vides dans le sac et 2 kilos de poussière dans la face de Sam qui a empilé à nouveau les caisses crasseuses l’une sur l’autre, c’est reparti vers le magasin. Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic! C’est avec fierté que nous remettons nos bouteilles vides à la vendeuse. Elle remplit le sac de bouteilles pleines et s’apprête à ouvrir la grille pour remettre le tout quand sa petite fille qui s’occupe des bouteilles vides la stoppe. Une de bouteilles de Castel est brisée à la base. En bon français, on dirait qu’elle est chipée. Trois fois rien, mais encore trop pour un marchand qui sait qu’en Afrique, toutes les failles peuvent cacher un prétexte à ne pas être payé ou remboursé. On retourne chez grand-maman… sans bière. C’est là que Sam a un doute : « Est-ce que j’ai pris soin de remettre la caisse de Castel sur le dessus d’une pile? » La bonne réponse : « Non! » 1 kilo de poussière plus tard, nous voilà en possession de la plus belle bouteille vide de Castel qu’il eût été possible de connaitre sur cette terre. Et Pascal, dans un élan de joie de garçon de 9 ans, commence à s’amuser – « est-ce que j’ai bien vu? » – à la lancer dans les airs! Hiiiiiiii! Poussée d’adrénaline; sueurs froides; arrêt cardiaque. La situation est maitrisée et c’est dans les mains de Sam que la bouteille termine son voyage vers le magasin. Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic!  C’est encore nous! Et c’est ainsi qu’on peut ici prendre une heure et demie à aller chercher 6 bouteilles de bière et 6 bouteilles de sucreries au magasin du coin. Où réside le plaisir? Dans le fait de raconter l’histoire bien entendu.

Normalement, cependant, nous sortons pour aller prendre une bière. Fred nous amène en effet dans les buvettes les plus branchées de la ville, où il est connu de tous. Le bar béninois en général est un lieu très particulier. Ici, le DJ a préséance sur la musique. C’est-à-dire que, quand bon lui semble, il se donne le droit de couper le son au milieu d’un morceau pour commenter ce qu’il voit aux tables ou pour inviter les gens à danser. Puis, il remet le son.

Ce soir là très particulier, nous mettons à peine les pieds dans la bâtisse que le DJ coupe le son : « Et voici Raïmi (le premier nom de Fred) qui nous arrive… » La musique revient. Seconde coupure : « … accompagné de ses Yovos. Bienvenue les Yovos! » Le son est remis. Pour l’entrée en discrétion on repassera! Tous les yeux sont désormais braqués sur nous. Nous nous assoyons à l’extrémité d’une longue table où les gens sirotent leur bière. Nous commandons des Castel. La serveuse revient vite avec un panier de plastique à poignée contenant nos bouteilles. Elle les dépose sur la table et repart. Au Bénin, il semble y avoir une pénurie de décapsuleurs, tant et si bien que souvent, on se retrouve devant une série de bouteilles à décapsuler sans pour autant se faire offrir l’outil en question. Pas de problème, nos amis béninois ont développé une série de trucs pour décapsuler sur le pouce. Nous en avons compté 6 à ce jour, dont les trois premières sont maintenant maitrisées par Jean-Philippe.
1- Faire levier avec une bouteille encore capsulée
2- Plus difficile, faire levier avec une bouteille déjà décapsulée
3- Assouplir les dents de la capsule en la tournant sur le goulot d’une autre bouteille
4- Appuyer la capsule sur une autre bouteille capsulée et donner un coup sec sur la table
5- Prendre une vieille capsule à l’envers dans ses mains et s’en servir comme crochet
6- Au gros pire, utiliser les dents (malgré nos éloquents désaccords)

C’est connu, les Africains adorent danser. Les Africains dansent comme des dieux. Et surtout les garçons. Pour eux, la virilité est directement proportionnelle à la ferveur de leurs pas de danse. Ici donc, on ne parle pas beaucoup en prenant les bières. On se regarde en souriant. Les gens chantent à tue-tête les airs connus (très peu de tubes américains, que des pop stars africaines) et surtout ils ont la bougeotte sur leur chaise. Ils deviennent tous en proie à une envie folle de danser. Ça commence par les jambes qui tapent, puis ça se transmet aux bras. Les gestes les plus inusités s’enchainent entre chaque gorgée de bière. Puis, c’est le bassin qui se met de la partie et qui se soulève par à-coups avant de retomber sur le banc. Tous semblent passer par ce rituel de préparation puis, sans prévenir, chacun d’eux entre en transe profonde et se lève debout pour danser tout ce qu’il a accumulé dans son corps, directement devant sa chaise, sous les encouragement des camarades. C’est très intense! Pendant une minute ou deux, il donne tout. Il secoue les épaules, sort les fesses, donne des coups de bassin, gigue des jambes à une vitesse folle, secoue la tête, s’accroupit, se relève tout en bougeant plus et plus les fesses et le torse. Chaque danseur danse à sa façon et on peut même comprendre qu’il existe des mouvements particuliers à certaines ethnies ou à certains villages. La crise s’apaise et bientôt, la personne est assise à nouveau et accumule encore en attendant un prochain élan frénétique de danse. C’est très beau à voir et ça se fait dans un bonheur incroyable.

Ici, donc, pas de piste de danse aménagée. Il n’y a que des groupuscules qui se forment et se déforment un peu partout entre les tables selon le degré de transe des participants. Souvent, le DJ coupe la musique et encourage un client à se lever et danser : « Allez Raïmi, on veut te voir danser! Danser! Danser! ». Bien sûr, dans ce lieu, le Yovo est bien dépourvu de talent et souffre d’un complexe d’infériorité indescriptible. Mais pourquoi donc avons-nous perdu cette propension si magnifique à danser? Surtout pour les garçons? Et bien sûr, on ne compte plus les clients qui nous regardent en nous faisant signe de danser sur nos chaises pour participer à la préparation de la transe. On imite quelques-uns de leurs mouvements. « J’ai l’air d’une poule! » On arrête. Nouveau contact visuel avec une nouvelle personne. Ses yeux nous disent qu’il faut danser. « J’ai même pas l’air d’une poule, j’ai l’air de rien pantoute. » Le malaise, c’est aussi qu’on sait bien que nous sommes le centre d’attraction de la soirée. Comme si nous étions soumis à une évaluation. « Voyons voir comment ces Yovos peuvent se débrouiller. » Parce qu’en effet, les Yovos ont ici la réputation de danser très mal. Imaginez la pression! Et nous savons bien que nous n’aurons pas la paix tant que nous ne nous lèverons pas pour aller danser quelque chose.

C’est Sam qui se lance le premier avec l’invitation d’un danseur déjà debout. « Le projecteur est sur toi, Sam. Fais-toi pas honte! » C’est parti. En gros il faut penser à sortir les fesses, brasser les hanches et secouer les épaules. Ça rit un peu parmi les danseurs. Sam dit : « Ce n’est pas gentil de rire de nous, on fait notre possible. » « Non, on rit parce qu’on est surpris. C’est rare quoi de voir un blanc qui peut danser comme ça. » Faut-il le croire? Au diable, on continue. Et on se laisse prendre à la transe finalement. C’est alors qu’un gars s’approche de Sam et lui essuie le front avec un morceau de papier rugueux. Veut-il éponger sa sueur? Il essuie une deuxième fois. Le papier est rugueux et il ne semble pas très propre. Pourtant Sam n’est pas mouillé… Le gars essuie une troisième fois. Ce n’est pas confortable du tout. Sam, avec un beau sourire (toujours rester poli) regarde le garçon et le remercie pour son attention : « Ça va aller. Merci! » Et JP dans tout ça, il ne s’en sortira pas indemne et c’est Sam qui lui fait signe de le rejoindre, moins pour le convaincre que pour attirer l’attention de quelques danseurs sur lui. Dans le temps de le dire, JP se fait attraper par le bras et pousser sur la piste de danse improvisée et éphémère. C’est un festin de mouvements; un défoulement libérateur et collectif. La soupape extrême d’un peuple rongé par les âpres soucis de la pauvreté. Qu’est-il advenu de nos soupapes collectives en Amérique? Quelques produits chimiques hallucinogènes? Un souvenir d’un autre temps à faire revivre une fois le mois dans des veillées de sets-carrés?

Après cette explosion d’énergie, il est temps de rentrer. « Ouh lala! On a trop dansé, hein? », s’exclame Fred en marchant vers les motos. « Et tu n’as pas vu, il y a type qui m’a essuyé le front. », répond Sam. « Oui, c’est la coutume ici. Quand on apprécie la danse de quelqu’un, on lui donne de l’argent. » « Il m’essuyait le front avec de l’argent ?!?» « Oui, il voulait te donner 10 000 francs CFA, j’ai bien vu. » 10 000 francs CFA donnent 22 dollars canadiens. Mais comme le pouvoir d’achat n’est pas le même, 10 000 francs CFA, c’est beaucoup d’argent! De quoi payer 50 voyages en zem (les motos-taxi); ou 65 baguettes de pain; ou 800 oranges! Mais rassurez-vous, Sam n’a pas commis de faute en refusant le généreux don déposé sur son front. C’était plutôt bien vu qu’un Yovo refuse gentiment le don en reconnaissance de son statut financier privilégié.

samedi 24 septembre 2011

Comment se divertir au Bénin? – 1 de 2 – La télévision


À vrai dire, le titre de cet article devrait certainement être : « Comment s'ennuyer au Bénin? », car l’inusité se trouve tellement partout qu’il s’avèrerait probablement moins long de raconter les moments où nous ne nous amusons pas des situations que nous vivons! Cependant, pour votre plus grand plaisir, parlons ici du divertissement au Bénin. Et, chanceux que vous êtes, vous en aurez pour deux chroniques.

Une fois notre promenade d’après-midi dans les vons du quartier complétée, une fois le souper bien englouti et une fois le soleil couché, c’est l’heure de se faire plaisir. Le hasard nous offre parfois une activité usuelle telle que regarder la télé. Que regardons-nous à la télé? Des feuilletons et des publicités!

Notre feuilleton de l’heure s’appelle « Shri » et vient de l’Inde. C’est l’histoire d’une paysanne du nom de Shri qui épouse Harry le garçon d’une famille riche. Certains dans la famille aiment Shri, d’autres la détestent parce qu’elle n’est pas de la même caste. La belle-mère est attentionnée envers Shri, mais le soir, elle se fait posséder par un esprit maléfique (oui oui, rien de moins) et elle inflige les pires sévices à Shri pour l’empêcher de consommer le mariage avec Harry. Shri, confuse parce qu’elle ne comprend pas les comportements changeants de sa belle-mère à son égard sanglote, pleure et… fond en larmes. Des fois, dans sa confusion larmoyante, elle essaie de cuisiner un pouding qu’elle brule. Toute la famille est donc désappointée! Shri pleure. Son mari lui dit un truc quétaine : « Ce n’est pas toi qui a brulé le pouding. C’est que ta beauté est si rayonnante que le pouding a brulé juste à te voir. Recommence. » Shri recommence; elle réussit son pouding; la famille se régale; l’honneur est sauvé! Mais, l’esprit rôde toujours et la nuit, la belle-mère envoutée continue d’intimider la pauvre paysanne. Imaginez-vous un peu une Aurore l’enfant martyre mal doublée. Ajoutez de la sorcellerie, des saris, une statue de Vichnou et des chansons quétaines à la sauce Bollywood et vous avez Shri!

Le plus grand divertissement dans ce feuilleton n’est cependant pas l’histoire, mais bien les réactions indescriptibles de toute la famille collée au téléviseur. Lorsque l’esprit maléfique apparait sous une forme ou une autre, Bernice se tape la cuisse comme si elle disait « Maudit! Je le savais qu’il s’en venait, lui! ». Fred qui écoutait à demi-oreille fait les yeux ronds et ne bouge plus d’un poil. Pascal se bouche les yeux pour ne pas voir l’esprit maléfique qui pourrait le pétrifier à travers la télé. Maman qui s’afférait à quelque tâche arrive souvent sur les entrefaites, attirée par les sons produits par Bernice et demande « Il s’est passé quoi?!? ». Et s’il y a un visiteur à la maison ou même des maçons qui travaillent tardivement, vous pouvez être sûr de croiser leurs yeux blancs dans la noirceur par l’embrasure d’une fenêtre donnant sur le salon. Il faut comprendre que le vaudou est très présent au Bénin. Même si les familles se disent catholiques ou musulmanes, la plupart croient aussi aux esprits et en la sorcellerie. Et toutes ces croyances vivent ensemble et se mélangent sans aucuns heurts sociaux. Ici, demander à quelqu’un sa religion a autant d’importance ou de degré d’implication que demander chez nous : « Toi, c’est quoi la marque de ton char? »

Bien sûr, nous nous permettons de commenter les réactions démesurées de la famille puisque nous sommes nous-même captifs de cette série bien moyenne, il faut l’avouer. L’autre jour, JP a reçu un appel pendant Shri. En un bond, le voilà dans la pièce d’à côté pour répondre. À peine une minute plus tard, le revoilà sur le divan à demander entre deux répliques : « Qu’est-ce qu’il s’est passé? ». Sam de répondre : « Rien. Shri est confuse. Sa belle-mère est gentille. » Pour ceux qui ont l’occasion de parler à JP au téléphone, on peut dire qu’une minute au téléphone pour lui, c’est ce qu’on appelle de l’exceptionnellement vite! Sam n’est pas en reste bien sûr. Quand il y une coupure électrique (c'est-à-dire 2-3 fois par semaine), sa plus grande angoisse est d’espérer que le courant revienne avant la diffusion de Shri. Et si la coupure dure, on en a jusqu’à la prochaine diffusion à entendre sa déception d’avoir manqué un épisode. « Va-t-on encore comprendre ce qui se passe? » Bien entendu, on a déjà tout compris dès notre premier épisode et l’intrigue se déroule si lentement qu’il n’y a aucune inquiétude à manquer une minute ni même une émission. Depuis notre arrivée au Bénin, il ne s’est écoulé que 3 jours dans l’histoire de Shri!

Et entre tout ça, il y a évidement les publicités. Ce qu’il y a de plus divertissant avec les publicités, c’est l’adresse des commerces annoncés. Nous vous avons déjà parlé longuement des vons, ces routes en terre qui relient la majorité des quartiers. Avec ces routes sans nom et les maisons sans adresse, il est difficile de situer avec précision un lieu. Dans les pubs et dans la vie en général, tous les détails sont donc importants pour bien se situer géographiquement. Les exemples qui suivent sont réels. « Notre boutique se trouve au carrefour tricolore, en face de la prison civile. » « Akpakpa; à cent mètres des feux tricolores de Denokpo et sur la voie pavée qui mène au centre Lazari. »  « Entre l’immeuble du General Azoiro et l’hôtel Peace and Love. » « Le centre commercial chinois; en face de la cimenterie, derrière la librairie Notre-Dame. »

Ça y est pour cette fois! Revenez-nous bientôt pour la seconde partie du message.

À la suite de vos commentaires…
Pour ce qui est des demandes en mariage, sachez que ce que nous avons raconté précédemment n’est pas un cas isolé. Nous en avons régulièrement. Et normalement l’humour est la meilleure façon de leur montrer le côté dérisoire de leur demande.

En effet, nous croyons des fois prendre du poids, pas tant à cause des sucreries qu’à cause que maman nous prépare des portions de nourriture gigantesques. En plus, la majorité de l’alimentation est composée de féculents! Nous avons cependant de la difficulté à évaluer si nous grossissons ou maigrissons, ici. Il faudra attendre vos commentaires en nous voyant sortir de l’avion en décembre. Mais comme après chaque voyage, nous nous ferons surement dire : « Mon Dieu, t’as maigri! As-tu bien mangé? »

Pour ce qui est de la température, la petite saison des pluies ayant commencé, la température est particulièrement tempérée, ce qui est agréable pour notre corps habitué à produire de la chaleur. Les nuits sont mêmes parois un peu frisquettes. Les noirs sont parfois congelés et portent de gros manteaux de poil, à notre grand amusement.

Pour les appels téléphoniques, sachez qu’on doit ajouter 5 heures à l’heure du Québec pour avoir celle du Bénin. Vous pouvez donc sans problème nous appeler entre 9h et 16h, heure du Québec.

Finalement, nous tenons à vous préciser que même si le blogue à été créé sous le compte Blogger de Samuel, autant JP que Sam contribuent à la rédaction des articles. Parfois c’est moitié-moitié dans le même article. Parfois c’est un article pour JP, un article pour Sam. Comment faire pour savoir qui écrit quoi? C’est le jeu de deviner le style de chacun! Le contenu publié est cependant toujours révisé, validé et assaisonné par les deux. C’est pourquoi nous signons.

Sam et JP
-xxx-

samedi 17 septembre 2011

Aux détours des vons

Nous vous écrivons alors que nous revenons de notre balade quotidienne dans le quartier vers les cinq heures, quand le soleil commence à perdre un peu son pouvoir chaleureux du zénith. À ce moment de la journée, une petite fringale s’installe souvent dans notre ventre, juste avant le repas. Et ce n’est pas que maman ne nous nourrit pas bien! Nous partons donc dans les vons qui nous entourent, à la recherche de notre grignotine.

Mais avant de vous dire tout ce qu’on peut trouver dans les vons pour manger, il faut d’abord vous expliquer qu’est-ce qu’un vons? Et pour vous expliquer qu’est-ce qu’un vons, il faut d’abord vous expliquer qu’est-ce que le goudron. Alors le goudron, c’est précisément les voies qui sont goudronnées dans Porto Novo. Pour avoir le statut de goudron, une voie doit avoir l’importance de ce qui correspond à un boulevard au Québec. Les goudrons sont des endroits où se mêlent les klaxons, la circulation dense et la fumée de la gazoline des motocyclettes qui pullulent comparativement aux automobiles. Se massent aussi des marchands de toute sorte. Que ce soit les vendeuses de pain, d’essence, d’articles pour les soins du corps, de repas rapides, d’arachides pour ne nommer que cela, vous trouverez beaucoup plus que vous croirez sur le bord du goudron. Et grande nouveauté cette année comparativement à il y a deux ans quand Jean-Philippe est venu, il y a maintenant quelques feux de circulation à certaines intersections! Vraiment, pour la deuxième ville en importance du pays, cela évitera certainement quelques confusions routières…

Le mystère du goudron étant maintenant élucidé, nous pouvons mieux vous expliquer ce qu’est un vons (ne prononcez pas le «s»). Et avec tout le brouhaha et la fébrilité que peut offrir le goudron, il y a un petit quelque chose de relaxant de se retrouver sur un vons… Alors les vons, ce sont les routes de terre battue rouge, appelée latérite, terre qui caractérise cette région du Bénin. Ces voies secondaires ont été nommées ainsi pour désigner les Voies Orientées Nord Sud, d’où le nom vons. Mais le problème, c’est que même si ce sont les origines de ce mot, toutes les voies secondaires que vous rencontrez s’appellent vons, qu’elles se dirigent vers nord-sud ou est-ouest! Donc, toutes les voies non goudronnées deviennent des vons. Et les rues n’ont pas de nom ici…

Imaginez donc la scène quand on demande à quelqu’un l’indication pour connaitre où demeure la dame qui vend des aiguilles! « Tu prends le vons à gauche, puis le vons suivant à droite et tu surveilles le prochain vons et c’est sa maison. » D’autres ne se donnent toutefois pas le trouble de nous expliquer. L’autre jour nous avons demandé à une dame qui vend des koulikoulis dans le quartier (pâte d’arachide roulée en cylindre frite dans l’huile, miam!)? Après avoir donné ses explications, nous lui résumons pour prendre le bon chemin. Plutôt que de nous écouter résumer le chemin, elle nous fait signe d’attendre et elle parle à sa jeune fille de cinq ans en gon. « Suivez-la! » Et voilà, notre GPS personnalisé quitte avec nous sur le vons pour nous indiquer où acheter les koulikoulis. Cette scène n’est pas inhabituelle ici et elle nous faire rire à chaque fois! Ayant trouvé nos koulikoulis, nous remercions la jeune fille qui est déjà repartie.

Il faut aussi dire que les vons sont beaucoup plus vulnérables aux précipitations que le goudron. De la terre battue changée en voie secondaire, vous pouvez bien vous imaginer que ça creuse des trous. Et qu’est-ce que les trous font pendant la saison des pluies? Ils se transforment en de jolis petits lacs que les piétons et les motos tentent d’éviter. En bref, une rue défoncée de partout! Ici, il n’y a pas la neige, mais une bonne averse peut devenir aussi lourde de conséquences qu’une tempête de neige! Et les motos valsent pour éviter les lacs éphémères…

Revenons donc à notre fringale… Aujourd’hui, nous partons donc dans la vons pour aller chercher je ne sais quoi. Nous croisons d’abord une dame qui vend des oranges, des ananas et de la papaye dans un cabaret de métal qu’elle porte sur sa tête. Ses oranges sont déjà toutes prêtes à être mangées. On enlève la peau verte en conservant la pulpe. Et quand vous en acheter une, la dame vous tranche la tête de l’orange et vous n’avez qu’à boire le jus en l’écrasant du mieux que vous le pouvez… Verdict : on va au plus simple pour l’apprêter! Mais pas d’orange pour aujourd’hui. Dans le vons plus loin, des arachides et des koulikoulis. Nous passons aussi devant notre vendeuse de morceaux de patate et d’igname frits, mais nous en avons un peu trop abusé déjà durant les derniers jours… Il y a aussi FanMilk qui passe avec son klaxon, ce vendeur de sucreries glacées ambulant. Finalement, au coin de deux vons, une dame assise sur son banc tranche la peau qui recouvre la canne à sucre. Ce sera donc le sucré pour aujourd’hui. Une bonne canne à sucre dans laquelle on croque et on mastique pour extraire tout le jus sucré. Et quand il ne vous reste que de la pulpe sans gout dans la bouche, que fait-on? On crache le plus naturellement possible les résidus sur la terre rouge avant de refaire le plein. Il y a des scènes qu’on imagine plus facilement ici que sur la rue Saint-Denis à Montréal! Hummm, le gout sucré persiste encore en bouche!

Si vous nous permettez, changeons de sujet pour vous raconter une situation assez cocasse! Il y a deux jours, nous nous dirigeons vers le centre de la ville pour rencontrer les responsables d’une ONG. Nous marchons donc de la sixième vons depuis le goudron, puisque c’est là où nous habitons, vers ledit goudron. En chemin, comme à l’habitude, des enfants nous crient « Bonsoir Yovo, ça va bien? Merci! » Nous répondons parfois d’un sourire, parfois d’un signe de la main, d’un haussement de sourcil, d’un bonjour ou nous faisons la sourde oreille, selon notre envie du moment. Cette journée-là, nous avions atteint notre quota de l’heure. Nous ne portions donc plus trop attention à ceux qui voulaient saluer les Blancs. Jusqu’au moment où on entende : « Yovo ou Chinois? » Nous nous arrêtons de marcher pour nous retourner vers les enfants : « Yovo ou Chinois? » Et là, on se regarde droit dans les yeux pour éclater de rire!!! Nous venions de confondre trois jeunes qui ne savaient pas si nous étions des Blancs ou des Chinois… Deux constats : 1) nous ne savions pas que les Chinois ne sont pas considérés comme des Blancs au Bénin et 2) avons-nous vraiment l’air de Chinois??!! Et bien nous avons gardé le mystère, trop fiers de pouvoir passer pour une fois pour autre chose qu’un Yovo. C’est un peu comme si nous nous étions dit, « Pour une fois, ils ne nous ont pas reconnu! +1 pour nous! »

Toujours est-il que nous arrivons finalement au goudron pour prendre le zem, les chauffeurs de motos qui jouent les taxis à Porto Novo. Nous négocions donc le prix et nous embarquons finalement les deux avec le même chauffeur. Nous savons que ce n’est plus légal, mais c’est le problème du chauffeur, pas le nôtre. Nous partons donc sur le goudron en direction du carrefour Y. Et là, à côté de nous, un jeune d’une vingtaine d’années conduit sa moto avec deux filles de 17-18 ans derrière lui. Et là, ils commencent à parler à notre chauffeur qui leur répond. Non, nous ne sommes pas à un feu de circulation, nous sommes en circulation… La scène se déroulant en gon, on ne comprend rien… Et là, une des deux filles nous dit « C’est interdit à deux sur un zem! » Et là, Jean-Philippe ne perd pas une seconde pour lui dire en riant « Merci pour le renseignement, mais je vous signale que vous êtes trois aussi sur la moto! » Nous roulons toujours! Et là, ils se regardent et se parlent en gon avec le sourire. Leur chauffeur nous dit alors : « Vous voulez vous marier avec une de mes sœurs? » D’un air surpris, Samuel répond « D’accord, faites préparer vos robes pour demain matin, nous allons vous marier demain et vous amener au Canada après! » Nous roulons toujours. Les deux filles rient, sachant bien que l’ironie de la réponse leur a fait perdre toute chance… Arrivés au carrefour Y, nous leur envoyons la main et nous payons notre chauffeur. Notre regard en disait long sur l’inusité de la situation qui venait de se dérouler devant nous. Comment croire qu’on se ferait demander en mariage en roulant à moto un jour? Vraiment, il y a juste le Bénin qui peut nous offrir de telles scènes!!

En terminant, rassurez-vous, ce sera la seule et unique fois que nous monterons à trois sur la même moto. C’est quand même peu quand on pense que certains vont jusqu’à 5 avec des enfants sur la même moto…

Jean-Philippe et Samuel


À la suite de vos commentaires…
En réponse à certaines personnes, nous avons précisé comment nous appeler dans le précédant message. Du Canada, il faut composer le 00 pour sortir du pays. Il s’agit donc du 00 229 64 88 03 09 pour Jean-Philippe et du 00 229 64 88 03 07 pour Samuel.

En ce qui concerne les cérémonies, nous avons cru comprendre que la dernière vous a bien plu. Nous nous assurerons donc de conserver tous les détails croustillants lors du prochain évènement du genre!

Samuel tient à saluer ses collègues de la TOHU qui nous ont joint depuis le dernier T’as eu l’info?, courrier interne de la TOHU.

lundi 12 septembre 2011

Comment devenir quelqu'un au Bénin?

Rien de plus simple que devenir quelqu’un au Bénin, sans même en avoir la volonté! Voici le chemin que nous avons emprunté cette semaine afin d’y arriver malgré nous.

Premièrement, nous devons vous résumer ce qu’on prévoit faire lors de notre séjour, bien que ce sera surement le sujet d’un article complet éventuellement. À la base, JP vient faire ici sa collecte de données pour son mémoire de maitrise. Et nous disons bien «à la base» puisque la chance a quand même permis à JP de se joindre à un projet de la chaire de recherche de l’UQÀM pour laquelle il travaille depuis un an et qui est en mission au Bénin actuellement.

Sam, de son côté, se charge des liens avec Anayi pour la remise des kakis 2011 (Avez-vous visité notre site à ce sujet? kaki.revolublog.com) et travaille avec l’aide de JP sur la création de comités étudiants en environnement dans des écoles du secteur. Pour ce dernier projet, on veut qu’il puisse continuer après notre départ et pour cela, on a approché une ONG à qui on offre en quelque sorte un projet clé en main que l’ONG sera responsable de gérer par la suite.

Ici, les ONG prennent les sous qui viennent. Alors, leur mission est la plus large possible. Par exemple, ASEP, l’ONG en cause ici, intervient dans les domaines suivants : social, environnemental, éducation, santé, agriculture, appui technique et financier; bref, tout et n’importe quoi. Dans les faits, l’ONG se concentre présentement sur la formation informatique des jeunes et la collecte des ordures.

Ce samedi, Dieu Donné, le président d’ASEP, nous invite à une cérémonie à laquelle il doit assister. N’arrivant pas à refuser, nous sommes devant la rue à 9 h pour attendre Dieu Donné qui doit venir nous chercher en moto. S’il y a quelque chose de certain ici, c’est que l’heure annoncée n’est pas l’heure réelle. 45 minutes plus tard, après nous être un peu énervés à faire le piquet pour rien comme tous ceux qui sont à l’heure et qui détestent attendre après les autres, Dieu Donné se pointe. Même s’il est maintenant interdit d’être plus de 2 sur une moto, il nous invite à monter en signifiant que la cérémonie n’est pas loin. C’est un fait, on découvre que les chaises, la scène extérieure prenant la moitié de la rue de terre battue rouge et le DJ sont à deux coins de rue de chez Fred! On n’aurait pas pu nous le dire avant? Ça prenait 90 secondes à pied pour 2700 secondes d’attente!

C’est seulement arrivé sur les lieux qu’on découvre que la cérémonie sera une remise de diplômes d’une ONG semblable à ASEP qui a donné des cours d’été en informatique à une trentaine de jeunes. Bien entendu, nous sommes les seuls Blancs en présence et une petite fille se scotche à notre main pendant que nous nous faisons présenter au président de l’ONG hôte qui se presse de s’assurer de notre entier confort.

La cérémonie était prévue pour 9 heures. Plus d’une centaine de parents et amis sont maintenant assis sous l’immense bâche faisant face à la scène. Il est 10 heures et, sur la scène, deux dames s’affairent à installer des banderoles bouffantes de tissus colorés devant la table d’honneur.

Pique un coin, défait le coin, repique le coin, étire le tissu, place le tissu, pique l’autre coin, replace le tissu, défait le coin, recommence le pli, repique le coin, pique le deuxième tissu, défait le premier, repique mieux le chevauchement des deux tissus, place le deuxième tissu, pique le coin, défait la jonction, recentre la jonction, repique la jonction… vous voyez le genre. Il est 10 h 45 quand l’animateur monte sur scène pour saluer tout le monde. Les dames ont fini d’installer leur banderole bouffante, mais s’affairent maintenant à installer des choux géants aux coins de la table et à la jonction des deux tissus. L’animateur sort de scène et on attend encore. HORREUR! Les dames sont en train de COUDRE les choux sur le tissu! L’opération prendra encore 15 minutes.

Il est 11 heures. Avec 2 heures de retard, la cérémonie peut commencer. L’animateur remonte sur scène avec son micro dans lequel il y a tellement d’écho qu’on se croirait dans les Alpes suisses. «Nous aimerions souligner la présence parmi nous de gens très importants.» JP murmure : «Non!» L’animateur poursuit : «Il s’agit des membres de l’ONG ASEP.» JP renchérit : «Regarde bien ça s’ils ne vont pas…» L’animateur conclut : «Et nous les invitons à monter sur scène pour s’installer parmi les membres honoraires de la table d’honneur.» Comment passer incognito quand on est Yovo? Impossible! Et le comble; nous sommes devenus malgré nous des membres en règle de l’ONG ASEP! Comment nous sommes-nous levés de nos chaises pour monter sur la scène? Je n’en ai aucun souvenir autre qu’un sourire artificiel que nous nous sommes échangés et cette horrible pensée qui me traverse l’esprit : «Ça y est, on est pris icitte jusqu’à la fin! Plus moyen de s’éclipser en catimini.» Et vu l’empressement qu’on a eu pour amorcer la cérémonie, nous ne souhaitons même pas imaginer le temps que durera la remise des diplômes elle-même.

L’animateur poursuit : «Nous allons commencer cette cérémonie par une prière, puisque nous ne pouvons RIEN sans la prière.» Le prêtre monte sur la scène, l’assemblée se lève et la prière commence à la manière des preachers protestants, mais en langue gon. Le prêtre dit une phrase, la foule répond «Amin» (Amen), le prêtre dit une moitié de phrase, la foule répond «Amin», le prêtre dit à la fin de la phrase suivante «Jésus Christ», la foule répond «AAAAmin».

Le reste de la cérémonie se déroulera en majorité en Gon, ce qui fait que nous sommes bel et bien retranchés à notre unique rôle de potiche blanche. Pour la première fois de ma vie, je compatis avec la reine d’Angleterre, qui, pour ainsi dire, n’a fait que ça de sa vie. Les récipiendaires arrivent un par un devant la scène. Ils ont tous fait coudre un habit dans le même tissu et les filles ont de véritables pièces montées sur la tête.

Bien sûr, au cours de la cérémonie, il faudra se lever, prendre le micro et se présenter comme étant de l’ONG ASEP. «Bonjour, je m’appelle Ayotte-Beaudet Jean-Philippe de l’ONG ASEP.» «Bonjour, je m’appelle Pignedoli Samuel, également de l’ONG ASEP!» Nous avons l’air sincères! Applaudissements d’info-pub. Puis, vient la minute artistique offerte par un chanteur nébuleux. L’animateur demande à l’assemblée : «Connaissez-vous le chanteur D.J. Z ?». UNE personne crie «Oui!» L’animateur se fait murmurer quelque chose à l’oreille : «Ah il n’est pas encore arrivé? … Eh bien il sera avec nous un peu plus tard. Pour l’instant, passons à une présentation théâtrale.» Bien entendu, même D.J. Z adopte le rythme béninois et il se fait attendre. Après le sketch comique en Gon, on a donc finalement eu droit à D.J Z qui fait des «back vocal» en Gon par-dessus sa propre chanson à laquelle on a négligé d’enlever la piste vocale. Quel divertissement!

Ensuite, c’est la minute info-pub. Le formateur informatique déambule à travers ses élèves en voulant démontrer aux parents à quel point leurs enfants ont appris. «Qui peut me dire quels sont les apprentissages généraux que nous avons faits?» Une récipiendaire se lève : «Nous avons appris le Microsoft Windows, le Microsoft Word, le Microsoft Excel, etcétéra, etcétéra.» Applaudissements d’info-pub galvanisés. «Qui peut me dire comment faire un raccourci sur le bureau» Réponse : «Pour faire un raccourci sur le bureau, il faut faire le clic droit et sélectionner la fonction créer un raccourci sur le bureau et nommer le dossier.» Applaudissements d’info-pub déchainés.

Encore après le discours du président de l’ONG… en Gon, on annonce enfin la remise des diplômes. Enfin! Nous avons l’innocence dans l’âme de croire à une distribution en règle, rapide et efficace. Que d’illusions! Les récipiendaires sont appelés à l’avant un à la fois et se font remettre un panier. Puis, le diplômé fait le figurant en avant jusqu’à ce que les amis et la famille de l’étudiant viennent suffisamment remplir le panier avec de l’argent qui sera remis pour la pérennité de l’ONG. Après l’info-pub, les animateurs se sont transformés en directeurs d’encan… en Gon. Nous ressentions le malaise des étudiants sans famille ou trop pauvres pour recevoir assez de dons pour remplir convenablement leur panier devant tous. Nous trouvons ça bien impitoyable comme tradition. Ainsi sont les choses… Quand on juge que le panier est suffisamment plein, on remet le diplôme. Comptons, sans exagération de style, 5 minutes par récipiendaire. Rappelons qu’il y en a une trentaine! Bien sûr, il aurait été trop facile de mettre les diplômes dans l’ordre alphabétique sur la pile. Et pour une raison obscure, personne n’a jamais pensé à chercher le diplôme durant les quelques minutes de dime qui précèdent chaque remise. Maintenant que l’étudiant est prêt sur scène pour recevoir son dû, personne ne comprend pourquoi le diplôme n’est pas magiquement apparu et tous se précipitent frénétiquement pour le trouver dans la pile. Ainsi sont les choses…

Le premier certificat est remis par le président qui parle… en Gon. Lors de la deuxième remise, le président se tourne sans préavis vers Sam alors que le diplômé cherche des yeux son dû. «C’est maintenant à vous de remettre le diplôme. C’est facile il n’y a qu’à dire comme j’ai dit.» «Mais je ne parle pas Gon, j’ai pas compris ce que vous avez…» Trop tard. On pousse déjà Sam dans le dos. C’est le temps d’improviser! Devant le garçon récipiendaire, ce sont donc les formules d’usage «Il me fait plaisir de remettre…» et «… afin de souligner son travail exemplaire.» qui viennent en aide. C’est suivi de quatre contacts avec les tempes de l’autre, à la manière des becs sur les joues. Mission accomplie sans bavure!

Évidemment, quelques récipiendaires plus tard, c’est au tour de JP. Bien sûr il a un peu plus le temps pour préparer son mot de félicitations et lorsqu’il est devant la diplômée, il s’exprime parfaitement. C’est le temps des 4 coups de tempe. Seulement, la fille semble vouloir se sauver en omettant cette étape et JP démontre un tantinet trop de volonté à donner ses becs de front pendant un court instant. Cela a donc pour effet de faire hésiter les deux sur le podium, d’engendrer les taquineries des élèves dirigées vers la timide jeune fille et de déclencher le rire général de la foule, comme si Éric Savail animait à TVA. Hilarant! On apprendra plus tard que les becs de front ne se donnent généralement qu’entre garçons. Entre filles et en couple mixte, ce sont les becs sur les joues qui sont la norme.

Après que nous ayons remis nos diplômes, Dieu Donné a l’excellente idée de signifier au président que nous allons quitter la cérémonie bientôt. Alléluia! Cependant, vous vous doutez qu’un départ incognito sera difficile. En effet, lorsqu’on se lève en plein milieu de la cérémonie pour descendre par l’escalier central de la scène entre les deux animateurs qui animaient toujours, on entend des gens échanger dans l’assistance... en Gon en insérant le mot «Yovo» dans leur discours. On imagine qu’il disent : «Regarde, Yovos s’en vont.»

C’est ainsi que nous avons quitté la cérémonie à 13 h, après huit remises de diplômes sur les trente. Et imaginez, ce n’était que pour un cours d’été d’un mois ou deux! Disons en terminant que ceci n’est pas un cas isolé. Difficile parfois pour un occidental qui a l’habitude d’un agenda bien calculé… Chose certaine, vous n’aurez pas fini d’entendre des anecdotes sur le rythme de vie béninois, on vous le garantit!

Finalement, à notre question de départ «Comment devenir quelqu’un au Bénin?». Répondons tout simplement et dérisoirement : «Soyez Blanc!» Nous espérons que cette tranche de vie vous ait amusée parce que nous, en y repensant, on ne peut faire autrement que d’en rire.

À très bientôt!

Jean-Philippe et Samuel

À la suite de vos commentaires…
Vous avez bien vu précédemment, nous avons deux numéros de cellulaire chacun. C’est qu’ici, multiplier les compagnies signifient économiser. Il est normal de voir des gens ici posséder plus d’une carte SIM qu’on change au besoin selon le réseau que possède la personne à rejoindre. En plus, quand quelqu’un qu’on ne connait pas vraiment nous demande notre numéro pour jouer au pot de colle, nous sommes alors libre de lui donner le numéro que nous utilisons le moins… Diabolique, mais pas bête!

Donc pour les intéressés, pour nous appeler du Canada, il faut composer les numéros suivants:

Samuel : 00 229 64 88 03 07 [Moov] ou 00 229 66 46 71 71 [MTN]
Jean-Philippe : 00 229 64 88 03 09 [Moov] ou 00 229 66 46 72 72 [MTN]

Le 00 sert à sortir du Canada, le 229 est le code du Bénin (comme le 1 l'est pour l'Amérique du nord) et le reste est notre numéro personnel au Bénin.

jeudi 8 septembre 2011

Le temps des présentations

Maintenant que nous sommes bien installés dans notre famille d’accueil, laissez-nous vous présenter les membres de la famille. Nous résidons donc à Porto Novo dans le quartier Djilado. La maison autrefois à deux paliers il y a deux ans en compte maintenant un troisième où se trouve une terrasse donnant une vue 360° sur le quartier. Notre chambre se trouve en ce moment au rez-de-chaussée, dans le couloir entre le salon et la cuisine. Pour les photos, il faudra demeurer patient, car la vitesse de connexion nous donne jusqu’à maintenant la chance de télécharger cinq photos réduites les journées chanceuses…

D’abord, Fred. On l’appelle Raïmi ou Fred et ses amis l’appellent affectueusement l’enfant chéri du Bénin. Et laissez-nous vous dire que celui-ci porte très bien son nom. En effet, depuis notre arrivée, il demeure presque en tout temps à notre disposition pour aller acheter, pour nous conseiller ou pour échanger tout simplement. Il veut sincèrement s’assurer que notre séjour se déroulera sans problème. En résumé, c’est un Béninois d’exception! Si JP a été fort ému de le retrouver, Samuel était content de pouvoir enfin mettre un visage à ce nom. Et notre retour a été le signe que nous avions respecté notre promesse de revenir!

Ensuite, il y a Bernice, la sœur de Fred. C’est la romantique de la maison. Avec elle, pas besoin d’allumer la radio; elle chantonne toujours. Et pour ceux qui aiment les chansons d’amour, vous serez servis, car son répertoire est fondé sur ce seul critère. Vous pourrez donc entendre S’il suffisait d’aimer (Céline Dion), Sous le vent (Garou et Céline), Tu trouveras (Natascha St-Pierre), I will always love you (Whitney Houston) et plus encore! Vous voyez le genre…

Vient ensuite Maman, la maman de Fred. Mais tout le monde l’appelle ici maman. En fait, dès que vous arrivez dans un foyer où il y a une mère de famille, tout le monde l’appelle maman, même si vous êtes un étranger. Les gens ont l’habitude de nommer les autres par la caractéristique qui les distingue. C’est pour cela que tous les enfants, et même certains adultes…, nous appellent affectueusement Yovos, les Blancs. Elle prépare à merveille la nourriture en se souciant constamment de notre appréciation. Les plats de maman vaudront éventuellement un article à lui seul.

Grand-maman se tient elle aussi toujours dans la maison. On la surnomme affectueusement la vieille, puisqu’elle est vieille. Vous pourrez presque en tout temps la trouver s’y vous venez. Elle s’occupe des pigeons dans la cour, de faire la lessive calmement, d’aider maman à préparer la nourriture ou de tout simplement saluer les gens qui arrivent. On ne s’entend toutefois pas sur son âge… Fred dit que maman la croit plus vieille que 135 ans, mais maman nous a plutôt dit qu’elle a plus de 100 ans. Comme dans les villages on ne notait pas cette information à sa naissance, on ne sait pas trop quel âge elle a véritablement. Mais selon nos calculs conservateurs, elle a au minimum 80 ans. Chose certaine, pour une femme de son âge, on peut dire qu’elle se conserve très bien. Car il faut dire que les femmes qui ont dépassé l’âge de procréer peuvent se promener torse nu sans problème. Et pour une arrière-grand-mère, elle a une poitrine qui ne fait pas son âge… Les noirs ont ce don de préserver une peau de bébé, même en âge avancé!

Puis, comment oublier le turbulent Pascal, 9 ans, qui nous a adoptés depuis le début. Dès que nous ne travaillons pas, que nous ne dormons pas et que maman n’a pas besoin de lui, vous risquez fort de le trouver avec nous. Et en matière de divertissement, il est assez doué. Il ne manque jamais d’imagination pour nous faire rire. Tellement que nous allons probablement lui réserver un article à lui seul! Il s’amuse à cet instant même dans notre chambre à nous raconter toutes sortes d’histoires qui ne se tiennent pas debout!

Bon, nous allons vous laisser, car Pascal s’est mis en tête de nous mimer le lion enragé dans la chambre. Il nous mange actuellement le bras suivi d’un sourire, le plus merveilleux du monde. Donc, pas très commode pour continuer à rédiger…

Nous terminons en vous laissant nos numéros de téléphone si jamais vous voulez nous faire un petit coucou. Ne vous gênez donc pas! Pour Samuel, c’est le 229 64 88 03 07 ou le 229 66 46 71 71 et pour Jean-Philippe, c’est le 229 64 88 03 09 ou le 229 66 46 72 72.

Jean-Philippe et Samuel

À la suite de vos commentaires...
Concernant la marque de des deux bières en question dans l’envoi précédent, il s’agissait de la bière Castel très répandue en Afrique; bière légère et rafraichissante, rien de mieux dans les pays chauds. Pourquoi n’ai-je pas pris la marque béninoise en ce soir de mon arrivée? Tout simplement parce que la très sélecte buvette Abidjan VIP ne la tient pas en stock. Le mystère reste donc entier à savoir si je vomirai à la deuxième Béninoise.

Pour ce qui est du départ en force avec les négociations, disons simplement qu’après avoir expérimenté le Maghreb, la négociation ici est plutôt douce. Ici, on négocie avec un sourire en coin et autant le client baisse le prix, autant le commerçant accepte de bonnes grâces de couper dans son prix d’origine. En terre arabe la négociation est beaucoup plus agressive; elle vient vous chercher au fond des tripes. De plus, toutes les excuses sont bonnes pour que le commerçant ne baisse pas son prix incluant le très peu subtil : « De toute façon, ce n’est presque rien pour toi, avec la valeur de ta monnaie. » Concluons donc en réaffirmant qu’il est beaucoup plus agréable de négocier au Bénin que plus au nord du continent.

En effet, notre future chambre est en construction. Pour remettre en contexte, nous avons préféré offrir le loyer que nous aurions de toute façon payé à un inconnu pour la location d’un appartement à la famille de Fred. Par le fait même, nous avons la chance de vivre au sein d’une vraie famille béninoise, de manger local et d’aider Fred, l’ami de JP. Et aider, le mot n’est pas mal choisi puisqu’à notre arrivée chez Fred, quelle ne fut pas la surprise de JP de constater que la maison était dotée d’un étage supplémentaire (une terrasse extérieure au troisième), que la cour intérieure était en cours de pavage et les chambres du deuxième étage, en cours d’aménagement et d’électrification. Et pour ce qui est du rythme de travail, les maçons travaillent sans relâche tous les jours et ça avance à pas de géants. Ils dorment même sur place, dans une chambre à l’étage pour être en poste dès les petites heures du matin. C’est donc loin d’être un chantier inoccupé. Pour répondre aux inquiétudes de MLV, nous avons donc de bons espoirs de voir notre chambre à l’étage fin prête avant notre départ, au grand soulagement de JP qui espère y trouver un peu plus de tranquillité pour travailler qu’au rez-de-chaussée où nous sommes présentement. Notre chambre se trouve maintenant à côté du salon et de la télévision qui joue toujours trop fort. À cela s’ajoutent la sœur de Fred, Bernice, qui écoute un film sur son portable et les maçons dans la chambre au dessus qui font jouer de la musique populaire nord occidentale avant d’aller au lit. Beau casse-tête pour se concentrer!

Enfin, toujours pour rassurer Marie-Lise, les selles de JP se portent toujours bien. Lors d’un précédent séjour en 2009, Marie-Lise éprouvait des problèmes permanents de constipation, alors que JP vivait l’inverse. La santé persistera-t-elle cette fois…? À voir!

lundi 5 septembre 2011

Une arrivée, 2 visions

Samuel : Après 2 bières…

Après deux bières, je réalise mieux que je viens d’arriver en Afrique subsaharienne.

Après deux bières, j’en viens à oublier notre arrivée aux douanes béninoises. Après être descendus de l’avion sur le tarmac, nous sommes montés dans l’autobus qui nous a mené à peine cent mètres plus loin, dans la minuscule aérogare. Après avoir récupéré nos bagages sur le tapis roulant grinçant, je me mets à penser à ces voyageurs qui trainent leur sac à dos avec l’étiquette de la compagnie aérienne pendant des semaines. Comme j’ai toujours trouvé ça ridicule, j’ai une pulsion et j’arrache tout de suite nos étiquettes. Jean-Philippe qui me rejoint me demande ce que je fais. «J’arrache les étiquettes. Ça m’énerve trainer ça pendant des semaines.» C’est en m’approchant de la sortie que je réalise que ce n’était peut-être pas une bonne idée. Plus précisément quand j’aperçois le douanier qui vérifie si nos étiquettes de bagages concordent aveCXnes collants apposés sur notre carte d’embarquement. Oups! En plus il faut dire que je n’ai jamais eu en ma possession ce collant sur ma carte d’embarquement à la suite à d’une employée incompétente à l’aéroport de Tunis qui a peut-être un jour travaillé pour Air France. Ce qui n’aide pas mon explication, c’est que Jean-Philippe, lui, a ses collants d’enregistrement de bagages pour une raison que je ne m’explique pas encore… « Pourquoi avez-vous arraché les collants? » « Ben parce que je ne pensais pas qu’il fallait les garder. Je les ai ici dans mes mains » « Vous savez que c’est le règlement de les garder? Normalement quand le règlement n’est pas respecté, il faut payer une amende de 20 euros. Vous savez ça? » Je fonds. Je vois bien le gros douanier corrompu derrière ce type, mais je ne sais pas quoi lui répondre. Heureusement, JP arrive à la rescousse : « Très bien, alors montrez-nous la règlementation. Montrez-nous où c’est écrit et nous allons payer. » Sans trop d’autres échanges, le douanier nous fait un signe de la tête qui nous prie de dégager.

Après deux bières, j’en viens à accorder moins d’importance à notre première rencontre avec la police béninoise. Bien sûr pour venir nous chercher à Cotonou, il n’y a pas que Fred, l’ami de JP. Ils sont quatre à être venus en comptant le chauffeur de taxi. Nous nous entassons six dans la voiture quatre portes. Notre chemin faisant vers Porto Novo, nou*croisons un policier à moto. Dès qu’il apercevra les 2 blancs que nous sommes, il flairera la bonne affaire et nous pourchassera avec 2 de ses collèges policiers dont un porte une cagoule trouée aux yeux et à la bouche… Contrôle général, dans le but de trouver quelque chose à nous reprocher avant la fin de leur quart de travail. Après 23 heures sans réel sommeil et deux avions dans le corps, JP et moi avons les nerfs à vif. Tout le monde sort de la voiture. Contrôle des papiers. Fulbert n’a pas les siens. On ouvre le coffre arrière contenant tous nos bagages. « Fouille générale! » et par-dessus le marché il nous dit qu’il ne vaut pas se fatiguer à fouiller lui-même, alors ce sera à nous d’étaler nos propres bagages. JP, à bout de nerfs, nous tire encore d’affaire : « Nous venons d’arriver de l’aéroport, c’est ma deuxième fois au Bénin et c’est la première fois que j’ai des problèmes avec la police. Qu’est-ce que vous cherchez dans nos bagages? Qu’avez-vous à nous reprocher? » La police nous dit de nous calmer que ce n’est pas parce qu’on est étranger qu’elle nous a arrêtés. Mensonge! Nous savons bien que peu importe l’argent qu’ils demanderont à n’importe qui pour n’importe quelle infraction, nous serons là pour rembourser la note derrière! C’est ce qui se passe en effet, Fulbert droit graisser la patte du policier parce qu’il n’avait pas de pièce d’identité sur lui et comme tous s’étaient généreusement déplacés pour notre arrivée, il va sans dire que nous n’avons pas hésité à le compenser. Bienvenue en Afrique, Sam!

Après deux bières, je gère mieux ce choc culturel dans lequel j’ai été plongé dès la première heure et que je dois assumer seul, Jean-Philippe éta : retourné dans ses repères. Le rythme lent de la vie quotidienne, la frénésie des motos qui filent à toute allure sur les rues goudronnées, la pauvreté extrême, les jeunes enfants qui crient « Yovos » (les Blancs) en nous pointant du doigt, les coupures d’eau, d’électricité et d’Internet, je les ai déjà toutes vécues.

Hier j’ai donc puisé mon eau pour activer la chasse d’eau de la toilette. Imaginez-vous? C’est à 26 ans que j’ai expérimenté pour la première fois la résistance offerte par un seau rempli d’eau qu’on tire avec une poulie à l’extérieur d’un trou profond dans un coin de la cour!

Après deux bières, après deux bières… Nous les avons prises à la fin de notre première journée ces fameuses deux bières, accompagnés de Fred de sa sœur Bernice et de plusieurs de ses amis, dans un bar qui s’appelle Abidjan VIP et où on ne sert des bouteilles de bière que deux ou quatre à la fois! Quelle libération de revenir à nos habitudes éthyliques nord occidentales! On vous mentirait si on vous disait qu’on s’ennuie du minuscule verre de café ou de thé siroté toute une soirée de temps en Tunisie sous prétexte que l’alcool n’est pas bon pour la santé. Surtout lorsqu’on vous dit ça avec une cigarette au bec!

L’alcool a cette faculté incroyable de banaliser vos angoisses les plus viscérales, surtout lorsque ça fait un bout que vous êtes restés sans boire. Après ces deux verres de bière, j’ai alors observé les gens autour de notre table. J’ai pensé à la maman et à la grand-maman de Fred qui ont le souci de bien nous accueillir. J’ai pensé à l’adorable neveu de Fred, Pascal, qui a le plus beau sourire du monde. J’ai observé le plaisir de vivre de ces gens simples. J’ai regardé ces dames qui préparent à manger dans la rue pour les passants. J’ai observé ces sourires et ces rires fusant de partout. J’ai miré la générosité immense de ces gens simples. J’ai compris la fierté qui les alimentait. Après avoir fait ce constat extralucide, bref, après deux bières, j’ai réalisé que je n’avais pas à être effrayé de ce Nouveau Monde, que je ne pouvais pas me plaindre d’y être confronté et que j’allais passer un séjour mémorable en compagnie de gens formidables.

Bienvenue en Afrique, Sam!


Jean-Philippe : Retrouver la richesse du sud

Une des premières choses dont je me suis rappelé lorsque je suis arrivé au Bénin, c’est ce que la majorité de mes élèves du complexe scolaire Noukpo en 2009 m’avaient répondu lorsque je leur ai demandé ce qu’ils souhaitaient faire plus tard comme boulot : douanier ou gendarme. Je vous raconte pourquoi… Dès que nous enlevons nos bagages du tapis roulant à l’aéroport, Samuel s’empresse d’enlever les étiquettes de destination de la compagnie aérienne. Vous savez, ces étiquettes que les douaniers vérifient pour savoir si vous avez réellement récupéré vos propres bagages. Le douanier n’a pas manqué de relever cette faute! Après nous avoir sermonnés, il nous dit que cette infraction nous vaut une amende de 20 €. Selon lui, tout le monde sait qu’il ne faut pas enlever l’étiquette de bagage, sous peine d’amende. Et là il nous dit : « Comment on fait maintenant? » Doutant avec certitude (désolé pour ce pléonasme) de la bonne foi de notre douanier, je lui demande de me montrer à quel endroit on peut lire cette règle? Et j’insiste pour la voir avant de discuter davantage. Se voyant probablement déjoué, le douanier a changé de sujet et nous a laissé traverser peu de temps après. Et je me dis, voilà à quoi sert un peu l’expérience de connaitre déjà l’Afrique.

Je vous ai aussi dit que mes élèves voulaient être gendarmes… Lorsque nous avons pris la route avec nos bagages dans la voiture, nous avons croisé un policier dans la rue. Celui-ci nous regarda, sans plus. Deux minutes plus tard, il est à nos trousses et nous demande de tous débarquer du véhicule. Selon lui, nous n’avons pas obtempéré à son ordre d’arrêter pour un contrôle routier. Foutaise, nous étions six et personne n’a compris que nous devions nous immobiliser. Je sais déjà, son seul but sera de trouver une faille pour nous arracher un peu d’argent avant le lever du soleil. Nos quatre Béninois chargés de notre accueil (mes amis Fred et Fulbert, Issa l’ami de Fred et le chauffeur) se mettent donc à discuter fermement avec eux, tout en demeurant polis et flatteurs dans leurs propos. Les policiers demandent alors d’ouvrir la valise, où tous nos bagages y sont. Même si le policier tente de nous rassurer, il voit que je suis bouillant. Je lui dis alors « Je suis déjà venu trois mois ici et je n’ai jamais eu de problème. Là, je débarque de l’avion avec une personne qui met les pieds ici pour la première fois et voyez ce qu’il a comme image. » Il tente de me calmer. Je demeure poli, mais ferme! « Allez, je vais tout ouvrir et vérifiez ce que vous voulez vérifier, je n’ai rien à cacher… » Sauf mon Mac! Constatant que je m’énerve un peu, il me dit qu’il n’a rien contre les étrangers. Il me demande de ne pas ouvrir mes valises et il se retranche alors sur les Béninois. Le véhicule est en règle et le chauffeur aussi. Que faire donc pour nous arracher quelques francs CFA? Malheureusement, Fulbert n’avait pas de pièce d’identité. Voilà donc une excellente occasion de lui demander 5000 FCAF (12 $).

Le jour s’est levé et plus personne ne nous a embêtés sur la route par la suite. Car c’est la nuit qu’il faut se méfier sur la route. Bienvenue en Afrique à Samuel! Première leçon de corruption. Mais rassurez-vous, je n’ai jamais vécu cela en trois mois il y a deux ans. Nous étions seulement vulnérables à la sortie de l’aéroport… En évitant les douaniers et les gendarmes la nuit, tout ira bien!

Dès que j’ai posé le pied à Porto Novo, j’ai eu l’impression de ne jamais avoir quitté cette ville. On s’amusait à me demander les indications pour le chemin et je leur répondais correctement, à leur grande surprise! Je retrouve les vendeurs de tout ce qui peut se vendre sur la route (gomme, papiers mouchoirs, pâtisseries, horloge, cartes d’appel, etc.), les motocyclettes plein les rues, les voies goudronnées et les petites rues de terre battue rouge, les odeurs de la nourriture des bonnes dames qui vendent sur la route, les femmes et les enfants qui vendent en se promenant avec toute leur marchandise sur leur tête et bien sûr, les enfants qui me crient avec joie et sourire ou avec gêne et curiosité « Yovo, Yovo! » (le Blanc) dès que je passe.

Je retrouve aussi plein de gens avec bonheur, comme la famille de Fred, soit sa mère, sa grand-mère, sa sœur Bernice, son neveu Pascal, son frère Ahmed, Reine la mère de Pascal et aussi des amis comme Fulbert. Je ne perds pas de temps avant de faire la distribution des cadeaux. Ici, c’est comme cela, il faut rapporter un cadeau aux gens que l’on considère lorsqu’on voyage. Il fallait justement voir mon amie sénégalaise Coumba retourner chez elle cet été à Dakar avec deux valises remplies de cadeaux en départ du Québec. Heureusement, tous ont quelque chose se satisfaire. Et Reine qui est arrivée plus tard m’a rapidement demandé « Qu’est-ce que tu m’as rapporté de là-bas? » Il ne faut pas en faire une affaire personnelle, ici, c’est comme cela! Chez nous, on ne le demande pas, mais on espère toujours au fond de nous que l’autre a pensé à nous à l’étranger… Nous ne vous oublierons donc pas!

Il faut aussi dire que depuis notre arrivée, il y a eu coupure d’eau pendant 24 heures. Quand on a envie d’aller à la toilette, il faut donc prévoir le coup et s’assurer que le seau d’eau est plein, ce qui était le cas pour moi. Le seul problème, c’est que mon premier seau d’eau n’a pas suffit… Me dépêchant donc avant que quelqu’un aille à la salle de bain avant mon retour du puits, je m’affaire à aller puiser de l’eau dans la cour. Deuxième fois, et encore raté pour évacuer le contenu de la toilette! Je retourne donc puiser de l’eau pour une deuxième fois et je demande à Fred de m’aider cette fois. Ne voulant pas gaspiller l’eau, je la versais trop doucement. J’ai alors compris qu’il fallait agir rapidement pour créer un effet siphon redoutable pour évacuer le tout. J’ai donc appris avec humilité, en me promettant de bien appliquer la technique dorénavant.

La famille de Fred nous a aussi accueillis si gentiment. Notre chambre était toute prête, même si elle est temporaire en attendant la fin des travaux en cours. Nous avons pris nos aises très rapidement et il n’y a pas de gêne. De toute manière au Bénin, il y a toujours des gens qui arrivent et partent de la maison toute la journée. De la famille, des amis, des voisins. Il y a toujours quelqu’un à saluer, comme Fulbert qui s’est arrêté deux minutes pour nous dire bonjour avant de repartir alors que je vous écris.

Je reviens donc au Bénin avec cette réflexion qui ne cesse de m’habiter. Les pays du nord sont effectivement les plus riches, si on prend l’argent comme critère. Cependant, si on considère les relations humaines comme critère numéro un, les pays du sud deviennent alors les pays les plus riches! Car la solitude ici, on ne connait pas. Peut-être existe-t-elle sous d’autres formes, mais les gens ne vivent pas isolés les uns des autres comme certains d’entre nous.

C’est donc ce Bénin avec ses qualités et ses défauts que je retrouve avec bonheur. Chose certaine, les quatre mois passeront rapidement et nous ne manquerons certainement pas d’histoires à partager avec vous!

Jean-Philippe xxx

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