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mardi 11 octobre 2011

Que fait JP au Bénin?

Peut-être vous demandez-vous de quelle manière j’occupe mes journées depuis mon arrivée au Bénin? Pour ceux qui ne le savent pas, la raison principale qui motive ma présence, c’est ma maitrise en sciences de l’éducation. Amoureux du Bénin que je suis désormais, j’ai décidé de faire une recherche réunissant trois passions pour y revenir : le Bénin, l’environnement et l’éducation. Bien que ma recherche ait changé de titre plusieurs fois et que le nom exact risque d’être la dernière chose que je rédige, voici de quoi il est question : Portrait de la situation actuelle en matière d’éducation relative à l’environnement dans les écoles secondaires en République du Bénin. Ça mange quoi ça en hiver me direz-vous…? Je m’explique un peu…

Ce qui m’intéresse dans ma recherche, c’est de savoir ce qui se passe actuellement par rapport à l’environnement dans les écoles secondaires. Pour ce faire, je dois feuilleter les programmes d’études de toutes les disciplines concernées, rencontrer des enseignants, des inspecteurs (ce sont eux qui vont dans les écoles pour superviser le travail des enseignants) et des ONG qui font des activités reliées à l’environnement dans les écoles secondaires.

D’abord, parlons des programmes d’études… Au Québec, c’est assez facile de les obtenir. Chacun d’entre vous peut se rendre sur le site du MELS pour les télécharger en deux minutes et lire ce qui représente en quelque sorte le « manuel d’emploi » des enseignants pour bien saisir ce que le ministère attend d’eux. Pour le Bénin, les choses se compliquent davantage… J’ai tenté tant bien que mal d’obtenir les nouveaux programmes d’études du Bénin au Québec, mais c’était en vain… On ne peut même pas trouver un seul courriel pour écrire au ministère de l’Enseignement Secondaire. Donc, il fallait sagement patienter jusqu’à mon arrivée au Bénin.

Ici, j’ai la chance de compter sur la collaboration précieuse d’une dame qui m’a donné environ le tiers des documents que je devais consulter. Par contre, je dois les lui rendre, car l’a fait en toute discrétion par rapport à ses supérieurs… Je consulte donc les programmes de toutes les disciplines pour tous les niveaux concernés en lisant les passages qui peuvent traiter d’environnement. Puis, je prends les pages en note et je les photographie pour y avoir accès au Québec. Vous imaginez comment il est précieux ce simple téléchargement en quelques secondes au Québec comparativement aux photos que je dois prendre après avoir épluché chaque document… J’ai donc souvent un brin de sympathie pour mon amie Marie-Lise qui se trouve présentement dans les archevêchés à aller fouiller les archives pour trouver de la documentation sur les mariages interethniques autochtones au Québec dans les années… Quand elle lira ces lignes, je compte sur elle pour ajouter des précisions dans la section commentaire de cet article!

Puis, il y a les rencontres avec les enseignants. Au total, ce seront environ 17 enseignants qui seront rencontrés pour un entretien individuel d’une heure dans un premier temps et pour un entretien de groupe dans un deuxième temps. Comment faire pour trouver ces enseignants? Je dois d’abord me rendre dans les écoles pour rencontrer le directeur ou le censeur, responsable de la discipline et de plusieurs autres éléments relatifs à l’organisation scolaire. Avec de la chance, je peux rencontrer quelqu’un qui me recommande les enseignants. Puis je dois ensuite prendre contact avec les enseignants pour leur remettre dans un premier temps un document explicatif. Et dans un troisième temps, nous pouvons nous rencontrer pour un entretien enregistré d’une durée d’une heure.

Si la description semble simple, c’en est parfois autrement sur le terrain. Par exemple, vous allez dans une école et là, on vous demande d’attendre une heure de temps pour finalement ne pas pouvoir rencontrer qui que ce soit. Et là, on vous fixe parfois un rendez-vous et le retard est de mise. Ça vous fait penser un peu à Samuel! D’autres fois, tout va bien et ça roule plus vite que prévu. Mais les démarches pour trouver les enseignants sont beaucoup plus longues que les entretiens. Pour les inspecteurs et les ONG, ça viendra au cours des prochaines semaines…

D’ailleurs depuis une semaine, le rythme a bien changé dans les rues de Porto Novo. Le lundi 3 octobre dernier a eu lieu la rentrée scolaire au Bénin. Les bonnes dames qui vendent la nourriture à la sortie des écoles étaient prêtes à reprendre le travail, servant la bouillie et le riz aux jeunes écoliers le matin. Cela signifie aussi que les vons sont désormais remplis de jeunes habillés de leur uniforme selon l’école où ils vont le matin, le midi et vers 17 h. S’ils fréquentent l’école publique, ils portent l’uniforme kaki et s’ils fréquentent l’école privée, ils portent l’uniforme propre à leur école. D’ailleurs, une a adopté le jean comme pantalon! Et comme certains d’entre vous y ont certainement pensé avec ces dernières lignes, nous vous le confirmons, la remise de kakis se déroulera sous peu! Notre excitation atteint son comble à la venue de cet évènement tant attendu. Cela fera l’objet d’un message au complet d’ici la fin du mois d’octobre…

Justement, le lundi 3 octobre dernier, Samuel et moi avons été invités à la rentrée scolaire d’une école participant au projet Comité environnement. Heureux, nous arrivons dans la cour d’école et nous constatons que c’est plus une période d’inscriptions tardive que de rentrée. Nous qui nous voyions déjà en train de saluer des enfants bien en rangs qui nous récitent l’hymne national béninois, c’est fichu. Et même le directeur qui remplit des reçus aux parents impatients n’a pas le temps de nous saluer. Après 3 minutes nous en avons eu assez et nous sommes rentrés. Pendant les trois premiers jours de la rentrée, nous n’avons pas vu un gamin sur un banc d’école. Par ici les inscriptions ne sont pas finies, par là on attend le résultat des examens de classement… le Bénin, quoi!

La visite dans l’école participante nous a également fendu le cœur. Nous observions les jeunes vêtus de leur nouvelle tenue à la première journée de la rentrée. Pendant ce temps, le censeur et le fondé de l’école – le fondateur – étaient entourés de dizaines de parents. Nous regardions donc la mine des enfants, pour la plupart heureux et fiers de retourner à l’école. Non loin de nous, cinq jeunes du primaire négociaient entre eux pour connaitre le plus courageux, celui qui viendrait serrer la main des deux Yovos présents à leur rentrée. C’est durant cette charmante scène que nous avons vu deux jeunes sortir d’une des classes du primaire avec deux briques sur la tête, à exécuter des travaux dans une des classes avec leur père, maçon. En âge de fréquenter la 6e année, ces jeunes ne participeraient certainement pas à la rentrée dans cette école, ni ailleurs. Ils aidaient plutôt leur père qui exécutait des travaux pour la rentrée. Et je vous jure, leur regard envers les écoliers tout propres transmettait à cent milles à la ronde leur désir de partager ce moment qui ne leur appartenait pas. Au-delà de la tristesse qui nous a envahis, nous avons repensé aux plus de 200 kakis que nous remettrons au nom de tous ceux qui ont participé à la troisième campagne de financement que nous avons organisée avec Mélanie. La pertinence de tout faire pour l’accès à l’éducation pour tous demeure, je vous le jure!

Pour revenir à ma recherche donc, jusqu’à maintenant, les sept entretiens réalisés avec les enseignants sont d’une grande richesse. Les thèmes abordés sont leurs représentations de l’environnement et de l’éducation relative à l’environnement, ce qui se passe dans les écoles en éducation relative à l’environnement au secondaire et quelles seraient leurs recommandations pour le futur.

De manière générale, les enseignants me disent que l’environnement, c’est ce qui nous entoure, notre milieu de vie. Ils ont donc une vision fort pragmatique en me parlant de leur environnement immédiat. « L’environnement, c’est là où nous vivons. » Beaucoup de problématiques abordées sont donc liées à la salubrité des lieux, à la déforestation, à la problématique des sacs de plastique qu’on jette partout dans les rues, au charbon qui sert à préparer la nourriture dans les ménages, à l’érosion côtière, à la pollution de l’air par les motocyclettes, à la pollution sonore, etc. Je trouve cela fascinant d’entendre parler de l’environnement de manière adaptée à une réalité complètement différente de la nôtre. Vers la fin de notre voyage, alors que j’aurai avancé dans mes entretiens, je détaillerai davantage les éléments les plus intéressants pour vous permettre de mieux connaitre certaines réalités environnementales vécues ailleurs. Mais en attendant, je continue à déployer ma soif d’en apprendre pour mieux vous renseigner, à la conquête de découvertes!

Dans un autre ordre d’idées, Samuel vous a parlé de notre éventuelle rencontre avec le Directeur du Cabinet (DC) du ministère de l’Enseignement Secondaire. Le but de notre visite était de nous autoriser à aller dans les écoles pour 1) ma recherche et 2) créer les comités environnement. Vendredi dernier, nous sommes donc rentrés dans l’édifice du ministère où un gardien nous dirige vers l’ascenseur. Nous n’avons qu’à dire : « Le Directeur du Cabinet svp! » et il nous propulse sans plus de question vers le troisième étage. Car ici, la couleur de notre peau vaut toutes les pièces d’identité requises… Dans l’ascenseur, un léger stress s’empare de nous… Lorsque la porte s’ouvrira, que trouverons-nous? Le DC se trouvera-t-il face à nous derrière son bureau? Non, un couloir blanc avec une porte blanche se trouve devant nous. On cogne et on attend. Rien. On cogne à nouveau et on entre. Cette porte donnait plutôt sur un autre couloir immaculé où l’air conditionné nous assure que nous sommes dans un édifice gouvernemental. Le long couloir blanc comporte maintes portes blanches avec des feuilles blanches où l’on a imprimé les titres des personnes qui se cachent derrière ces portes. Nous trouvons celle du DC. Angoissés, nous frappons encore et nous ouvrons, avec la surprise de le voir assis devant nous! Non, finalement, ce sont ses quatre secrétaires qui nous accueillent. Une dame nous accompagne vers une autre pièce où il y a quatre bureaux et des divans. Nous étions pourtant si près de le voir en personne… Nous remplissons donc notre fiche d’invité pendant que nous faisons le constat que tous les bureaux sont munis, oui d’un ordinateur, mais aussi d’une télévision…! Au bout d’un instant, celle-ci vient nous voir pour prendre nos documents et nous demander de repasser le lundi suivant à 17 h, soit hier. Notre rencontre solennelle devra donc attendre…

Avant de vous dire ce qui s’est déroulé hier, il faut aussi dire que nous nous sommes rendus au ministère de l’Environnement cette même journée. Je voulais 1) prendre de l’information générale sur l’environnement au Bénin pour bonifier la problématique de ma recherche et 2) les inciter à s’intéresser aux conclusions de ma recherche. Par contre, ceux-là sont intraitables, il faut absolument une pièce d’identité; notre peau blanche ne suffit pas cette fois-ci.

Lundi, je prends donc le chemin vers Cotonou. (Ceux qui ont déjà lu le message de Mélanie à propos des taxis-brousse, vous pouvez sauter ce paragraphe.) Pour ce faire, je prends le zem vers le marché Ouando d’où partent les taxis collectifs pour Cotonou. Et quand on dit collectif, ça veut dire qu’on rentabilise le véhicule : deux passagers à l’avant (plus le chauffeur) et quatre à l’arrière. Vous vous imaginez bien que quatre à l’arrière, c’est tassé… Le hic, c’est qu’il y a toujours une maman aux fesses bien déployées qui se trouvent sur la banquette arrière à prendre la place de deux personnes. Je monte donc dans le taxi-brousse en m’appropriant au moins la place sur le bord de la fenêtre, défendant mon territoire! Et là, la maman aux fesses bien déployées s’installe à mes côtés, me tassant contre la portière. Je me dis : « C’est pas grave JP, courage, tu as la fenêtre au moins… » Et là, comble de malheur, une deuxième maman au postérieur encore plus élargi s’ajoute à nous! Je sens alors mes hanches se broyer entre la première maman et la portière. Mais la porte n’est pas encore fermée…!! Un jeune homme tente donc tant bien que mal de se mettre contre les fesses de la deuxième maman et de fermer la portière. À ce moment, ce sont mes épaules qui tentent de se joindre par l’avant. Vraiment, tout le long du voyage, je me suis dit « JP, tu es au moins sur le bord de la fenêtre! » Quand j’embarque dans un taxi-brousse avec une maman à l’arrière, j’ai la forte sensation que les droits de l’Homme n’appartiennent plus à tout le monde…

Je me suis donc présenté au ministère de l’Environnement avec mon passeport. On me laisse rentrer illico sur le site. Comme je ne sais pas où aller, je vais au même endroit qu’un homme qui est entré plus tôt. À gauche, un couloir et à droite, des escaliers… Comme le couloir ne semble pas inspirant, je décide de monter. Je me rends au 1er étage et toutes les portes sont munies d’une plaquette noire avec inscription du genre « DEF 2.1 ». Visiblement, le 2e étage sera probablement meilleur pour moi! Après avoir sillonné tout le deuxième étage, toujours pas d’indication d’un secrétariat. Finalement, on me dit que je dois redescendre au rez-de-chaussée pour le secrétariat. Mais le secrétariat, il faut le deviner, car aucune indication claire ne permet de le trouver… Et là le jeu continue pour finalement me faire envoyer à l’étage à tel bureau. J’ai refait tous les couloirs deux fois avant de trouver quelqu’un qui m’indique que le couloir qui a l’air de celui du concierge débouche sur le bureau de la personne que je dois voir. Bien sûr, que sa secrétaire pour m’accueillir… Elle me demande poliment de remettre une demande d’audience pour pouvoir convoquer les gens qui pourront m’être utiles et déterminer une date de rencontre. Je retournerai donc à Cotonou faire une heure de taxi aller et une heure au retour pour remettre un bout de papier.

Au ministère de l’Enseignement Secondaire, je dois cette fois-ci présenter mon passeport. Il faut croire que Samuel et moi devions avoir l’air plus imposants la semaine dernière que moi seul. En plus, pas d’ascenseur pour moi cette fois-ci! J’arrive donc au secrétariat du Directeur du Cabinet et là, on me dit qu’il n’est pas là depuis le matin, malgré le fait que j’avais rendez-vous avec lui. Vous vous imaginez donc que je me suis déplacé à Cotonou pour me faire dire de déposer une demande d’audience à un ministère et de reprendre un rendez-vous avec l’autre. Même si nous avons accès à de hauts fonctionnaires au Bénin, je crois désormais qu’il faut s’armer de patience avant de les rencontrer pour la première fois. À suivre…

À la suite de vos commentaires…
En passant, nous sommes maintenant dans notre chambre depuis une semaine. Les travaux sont terminés et nous sommes bien installés jusqu’à notre départ.

Jusqu’à nouvel ordre, nous n’avons pas entendu parler de la fête de l’Halloween au Bénin. Bien que nous ayons questionné les enfants ici, il ne semble pas y avoir de trace de ce mot dans leur mémoire… Nous le confirmerons à la fin du mois!

2 commentaires:

  1. ça n'a pas de bon sens comment tout est compliqué au Bénin
    vous êtes super patients, plus que moi c'est évident
    mais au moins tout semble se fAIRE DANS la paix et la nonchalance
    on sens que c'est un peuple pacifique
    lâchez-pas, vous aimez vous impliquer pour changer leurs attitudes face à l'environnement
    tous doivent faire leur part pour préserver notre planète.
    Ha..l'énergie de la jeunesse et de l'amour
    Baci XXX

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  2. Jean-Philippe, il ne te manque que les petits gants blancs et tu feras un travail de moine comme le mien. Cependant, je suis un moine du XXIe siècle: prendre le rendez-vous avec l'archiviste par courriel, consulter les documents d'archives numérisés en ligne, et tout est tellement plus facile. Mais une fois sur place avec les petits gants blancs, c'est parfois comme au Bénin: "Madame, vous n'avez droit qu'au crayon de plomb, aucune photocopie, aucune photographie", et hop! je passe des heures à copier à la mitaine ce que des curés ont gribouillé il y a 200 ans... retour au rythme du Bénin.
    Engagez-vous qu'ils disaient...

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