Bonjour à vous tous! Nous commençons en vous rassurant sur deux choses. 1) Nous sommes rentrés en toute sécurité au Québec après 28 heures entre notre arrivée à l'aéroport de Cotonou et notre arrivée à Montréal. 2) Nous vous réservons encore quelques messages, en commençant par celui-ci, chronique inédite non publiée encore. Vous aurez aussi droit à la conclusion de Sam pour les clubs environnement, une maison qui rend fou et notre départ et notre message final de retour, à venir lui aussi. Bonne lecture, maintenant ou au retour des Fêtes, quand vous vous chercherez quelque chose à faire au bureau!
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Par un beau samedi soir d’octobre, nous décidons de sortir en boite
de nuit pour nous laisser gagner par les rythmes de l’heure des artistes
africains avec Fred et Fulbert. Après avoir fait détourner maints regards, les
deux Blancs rentrent à la maison vers 3 h 30 le matin. Fiers de nous
être tant déhanchés, nous prenons la voie de Cachi sur le chemin du retour.
Jour de chance pour un policier qui fait le guet pour trouver de l’argent…
Le policier se met donc en plein milieu de la rue et nous montre sa
main devant sa bedaine en guise de stop. Fred et Fulbert immobilisent aussitôt
leur moto. Le policier commence par demander les papiers des deux conducteurs.
Nous, nous ne trainons évidemment pas notre passeport à toute heure de la
journée. Et surtout pas en pleine nuit. Nous lui signifions donc que nous
n’avons pas nos papiers, car ils doivent rester en sécurité à la maison.
« Descendez », dit-il.
Déjà que nous connaissions les mauvaises intentions qu’il avait en
nous arrêtant à cette heure de la nuit, Jean-Philippe, déjà impatienté, lui
répond : « Combien vous voulez? On sait bien que c’est de l’argent
que vous cherchez chez nous parce que nous sommes Blancs. » Il n’en
fallait pas plus pour mettre notre policier en colère, la réplique de
Jean-Philippe lui permettant d’ajouter à sa comédie de gros méchant offensé qui
doit nous intimider et nous laisser repentants dans l’âme.
Dès ce moment, s’engage alors un échange musclé entre le policier et
Jean-Philippe. D’un côté, Jean-Philippe qui s’indigne d’être une fois de plus
victime de la supercherie de corruption des policiers et de l’autre côté, un
policier qui ira jusqu’au bout pour avoir de l’argent des Blancs pendant la
nuit.
— Dites-nous combien vous voulez pour qu’on en finisse au plus vite,
puisque nous savons très bien que c’est l’argent que vous cherchez, pas notre
identité!
— C’est comment cela qu’on s’adresse aux agents de l’ordre chez
vous?
— Non. Mais ils ne nous demandent pas de l’argent comme cela!
— Vous allez vous ranger juste là les deux Blancs.
— Écoutez, nous n’allons pas garder nos passeports avec nous, c’est
l’ONG avec qui nous travaillons qui nous le demande. De toute manière, nous
contacterons notre ambassade si c’est comme cela que vous voulez nous traiter.
— L’ambassade, c’est quoi ça? Ils n’ont rien à voir là-dedans.
— Ils ont tout à voir, vous n’avez pas le droit de nous traiter
comme cela.
— Et vous jeune homme, quel âge avez-vous?
— 28 ans.
— Et c’est comme cela que l’on parle à son ainé chez vous, dit le
policier qui ne dépasse pas les 35 ans. De toute manière, nous allons vous
amener au poste de la manière dont vous vous adressez à moi.
— Pas de problème, vous pouvez m’amener au commissariat. Ça ne me
gêne pas du tout. En lui répondant cela, Jean-Philippe sait très bien que le
policier n’a pas intérêt à le ramener au poste, car si on le garde toute la
nuit et qu’il s’explique avec un autre policier, on risque de le libérer sans
demander l’argent. Ou sinon, l’argent ira pour un autre que ce gros lâche de
policier. La menace du commissariat n’est donc pas une tactique qui impressionne
Jean-Philippe. Pendant ce temps, Samuel regarde toutefois Jean-Philippe avec
gravité. Il n’a pas envie de jouer à ce jeu.
Et là, Fred et Fulbert parlent au policier en demandant à Jean-Philippe
de les laisser parler. À cet instant, les deux commencent à s’excuser de
l’attitude de Jean-Philippe, car il est étranger et ne sait pas comment ça se
passe au Bénin. Pendant ce temps, nous bouillons de colère envers l’injustice
flagrante de la corruption. Nous constatons aussi que pour s’en sortir le mieux
possible, Fred et Fulbert doivent faire les beaux et les fins, enrober l’agent
de belles paroles pour qu’il soit le plus clément possible à notre égard.
Durant les échanges, au loin, nous entendons des gens jouer du
tambour et danser autour de nul autre que le Zangbeto. Qui est Zangbeto? Au
cœur des croyances du vaudou, il existe le gardien de la nuit, Zangbeto. Il
sort dans les rues entre 23 h et 4 h. Sous un costume identique à un
tas de paille, il danse avec des gens qui ont l’autorisation de l’accompagner,
les initiés. Mais attention, le Zangbeto sert traditionnellement à protéger les
gens des agressions et des vols durant la nuit. Cela signifie donc que le
Zangbeto doit demander BEAUCOUP d’argent à celui qu’il voit ou le ruer de coup
pour le dissuader de se promener durant la nuit.
D’abord, il y a la catégorie des femmes et des enfants qui ne
peuvent pas le voir, peu importe la raison. Quand on l’entend venir au loin, on
se cache alors dans le noir. La plupart des gens ne l’ont donc jamais vu. Puis,
si les hommes le voient au loin et s’enfuient, ça peut aller. Mais si le Zangbeto
s’approche de toi, tu dois connaitre les incantations pour qu’il te laisse
tranquille. Sinon, tu es dans le trouble et gare à ta peau, selon ce qu’on nous
raconte! Pour les Blancs, ils ne peuvent même pas voir Zangbeto. S’il arrive,
il doit se boucher les yeux ou se coucher au sol pour ne pas le voir.
Nous revenons donc à notre charmant policier heureux de trouver des
Blancs à escroquer durant la nuit. Pendant que Fred et Fulbert négocient, dans
la rue, pas très loin, arrive Zangbeto avec les tambours et les initiés qui
l’accompagnent. Il n’en faut pas plus pour que Fred et Fulbert s’apeurent, eux
qui connaissent toutes les subtilités de leurs traditions, nous qui sommes
heureux de regarder au loin Zangbeto, alors que nous ne connaissons pas les interdits.
La négociation s’accélère donc à l’avantage du policier, bien sûr, qui profite
du Zangbeto.
Fulbert vient donc nous trouver pour que nous lui remettions un
billet de 10 000 FCFA, soit l’équivalent de 22 $. Fâchés, nous
savions que malgré les airs de vierge offensée du policier, il récupèrerait
finalement une rondelette somme dans la nuit avec les deux Yovos en c… !!! En
colère…!!! Pendant que la transaction se conclut au loin, notre policier affamé
en profite pour bouffer encore 2 000 FCFA à Fulbert.
En vitesse, Fred et Fulbert nous font monter sur les motos pour
filer, eux qui craignent désormais plus que tout Zangbeto, celui envers qui on
entretient de nombreuses croyances depuis leur enfance. Et nous, au beau milieu
de cela, nous ne connaissons pas le réel point de jonction entre le mythe et la
réalité. Mais chose certaine, nos deux acolytes se sentent soulagés de nous
avoir tirés hors de la portée de Zangbeto qui semblent aujourd’hui à nos yeux
une manière de plus de soutirer de l’argent aux honnêtes citoyens.
Sur la voie du retour, en contraste avec son attitude devant le
policier, Fulbert éclate de rire en ne manquant pas de dire à Jean-Philippe à
quel point il a apprécié sa manière de répondre au policier. Alors qu’il se
montrait indigné de la manière de répondre de Jean-Philippe au policier devant ce
dernier, nous nous sommes rendu compte de la comédie jouée par nos deux amis
qui espéraient amoindrir le montant de la somme à débourser. Eux-mêmes
n’avaient jamais parlé sur ce ton à un agent. Et chose certaine, ils ont adoré
voir que nous n’avons pas eu froid aux yeux.
Les paroles lancées par Jean-Philippe étaient calculées, vu la
connaissance du Bénin et de ses policiers. Assurément, on ne peut pas parler
aux policiers comme cela partout en Afrique. Mais sachant à quoi s’en tenir
ici, nous nous sommes dit, tant qu’à nous faire voler de l’argent par un
policier, autant mieux en avoir pour notre argent nous aussi et nous défouler!
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