Comme promis, il nous reste encore quelques textes pour vous! Nous espérons donc pouvoir vous permettre encore un peu d'évasion en cette période de retour progressif au travail...
Maintenant que vous êtes au fait des conclusions de recherche de JP,
il est temps de faire le bilan de mes activités au Bénin. Vous vous en
souviendrez peut-être, j’ai travaillé tout au long de mon séjour sur l’idée de
prémunir les établissements d’enseignement secondaire de comités environnement
d’élèves qui organisent en parascolaire des activités d’action et de
sensibilisation en matière d’environnement dans l’école et le quartier.
Depuis le début, le projet a beaucoup évolué et s’est enrichi
énormément. C’est non sans difficulté que j’ai réussi à convaincre, avec l’aide
de JP, deux écoles à nous faire confiance pour démarrer ce projet. Début
octobre, c’est donc le collège public Danto et le collège privé Noukpo qui
bénéficient de l’activité. Une fois par semaine, nous allons faire une
rencontre avec les jeunes membres du club dans nos écoles respectives. En
coopération, les jeunes ont donc élaboré des plans d’action, reçu une formation
théorique de base en environnement, installé le matériel nécessaire pour la
collecte des ordures dans l’école, créé des affiches de sensibilisation pour
l’école et organisé une activité collective de ramassage des déchets pour les
élèves de l’école.
Le plus difficile dans ces interventions, c’est de trouver sur son
chemin des administrations qui ont le courage d’oser. Quand le Yovo que je suis
vient présenter son projet aux directions, certaines semblent d’emblée
emballées par l’idée, sans trop comprendre qu’un tel club nécessite un
investissement supplémentaire en terme d’argent et d’efforts. C’est ce qui a
freiné JP avec son école qui ne débloquait pas les fonds nécessaires pour le
bon fonctionnement de son comité. Pour que le comité environnement soit
pertinent dans l’établissement, il est essentiel que l’école s’engage à
s’inscrire à un service de collecte de déchets. C’est la moindre des choses
pour que le comité puisse par la suite sensibiliser la communauté étudiante. À
Noukpo, l’école de JP, cette condition n’a malheureusement pas été respectée,
ce qui a créé beaucoup d’entraves au bon déroulement du projet. Au final,
Noukpo a dû être abandonnée. À Danto cependant, même si Samuel et les jeunes se
sont aussi butés à des administrateurs têtus qui ne réalisaient pas l’aspect
visionnaire du projet, le tout s’est mieux géré. Avec un directeur extrêmement
enthousiaste vis-à-vis du comité, les comptables et autres responsables n’ont
pas eu d’autres choix que de se plier au déroulement des choses.
Comme nous savions dès le départ que nous ne resterions pas pour
longtemps au Bénin, il était essentiel de faire en sorte que notre animation
avec les groupes les mène à être autonomes dans l’organisation de leur travail.
Toutes les rencontres du projet ont été montées dans le souci de mettre les
jeunes au premier plan, leur donner la parole et le pouvoir de décider. Les
comités de sont dotés de règlements internes. Les séances sont démocratiques et
dirigées par un CA composé de trois élèves très actifs. Ce n’est pas peu dans
un cadre scolaire général où la hiérarchie maitre-élève bloque souvent
l’implication concrète du jeune dans son apprentissage. Les jeunes de ce comité
n’ont donc pas qu’appris des notions sur l’environnement. Ils ont aussi
développé des aptitudes à organiser leur pensée et se mettre en action par
eux-mêmes en prenant des décisions collectivement. Ils ont expérimenté les
bases d’un système démocratique où tout le monde a son droit de parole. C’est
non sans effort qu’il a fallu sortir ces élèves du carcan dans lequel ils sont
souvent pris en classe : celui de la récitation de la leçon. Au tout
départ, le fait de leur demander leur avis les a surpris. Leur réflexe était de
chercher la bonne réponse à la question, comme une leçon qu’on apprend par
cœur. Et petit à petit, ils ont de mieux en mieux engagé leurs opinions dans le
processus décisionnel du comité. Ce travail d’autonomisation tiendra-t-il la
route après notre départ? Le temps nous le dira. Ceci dit, les jeunes ont eu
une panoplie d’outils leur permettant de continuer le travail.
Pour nous assurer que le projet puisse être également suivi
localement, nous avons intégré au projet des ONG et des partenaires qui agiront
à titre de personnes-ressources pour ces jeunes. Nous avons développé ces
partenariats au fil de nos rencontres, en début de séjour, lorsque nous
ratissions la ville pour nos projets respectifs. En fait il est très
intéressant de remarquer à quel point le travail de recherche de JP et le mien
se sont mutuellement nourris au cours de ce séjour. Alors que je rencontrais
des enseignants et des directeurs d’établissements, je mettais la main sur une
personne qui pouvait être pertinente pour la recherche de JP. Au cours de ses entrevues,
JP faisait des découvertes théoriques propres au Bénin qui nourrissaient mes
préparations de rencontres. Ensemble, dans nos enquêtes respectives, nous avons
certainement réussi à dresser un portrait de la grande majorité des acteurs et
des initiatives en environnement de la région. C’est au fil des ces découvertes
impromptues que nous avons fait la connaissance de Barthélémy, Paul et Roméo.
Le premier est président d’ONG, l’autre est enseignant et le dernier, les deux
à la fois. Il y a aussi Alban, l’ancien élève président du club que JP avait
créé en vitesse lors de son premier séjour au Bénin en 2009. Nous avons
rassemblé tout ce beau monde autour d’un groupe nommé UNÉAVI-Bénin (Union des
élèves pour l’assainissement des villes du Bénin) qui se chargera, une fois
notre départ effectué, de garder un œil sur les comités formés pour les
assister au besoin et créer de nouveaux comités. C’est une petite structure que
nous avons mise en place pour espérer la pérennité du projet. Ça a été une
préoccupation constante de faire en sorte que le travail puisse bénéficier au
plus grand nombre d’acteurs locaux qui travaillent avec sérieux. Le travail
doit continuer après notre départ et je crois que nous avons bâti de bonnes
bases.
Bien sûr, il n’y a pas que les partenariats qu’on apprécie. Il y a
aussi les partenariats qui partent-un-aria! Et nous y avons aussi gouté! C’est
qu’une ONG en particulier dont je tairai le nom a semblé au départ intéressée
par notre projet. Très rapidement, il s’est avéré que cette même ONG profiteuse
et opportuniste n’avait pas à cœur l’éducation des jeunes en environnement
autant que le rayonnement prestigieux de son nom. Le président de l’ONG a, en
fait, vu dans notre projet une occasion magnifique de recevoir un projet clef
en main lui permettant de justifier des demandes de financement et assouvir son
besoin de name-droping. Le comble, il agissait comme si c’était son projet et
que nous étions des stagiaires de son ONG, alors que le projet nous appartient
directement. Il demandait même à être la seule personne pouvant bénéficier du
fruit de notre travail. Oui, oui, il demandait l’exclusivité! Faut pas être
gêné. Heureusement, nous avons réussi à contenir tant bien que mal cette épine
dans le pied en la tenant bien éloignée de notre réel groupe de travail,
UNÉAVI-Bénin, qui a plus à cœur la collaboration pour l’éducation relative à
l’environnement que la célébrité.
C’est que le projet était alléchant. À terme, il débouchait en effet
sur une procédure clef en main pour démarrer ce même type de comité dans
d’autres écoles. Tout ce qui a été fait avec nos comités, toute la préparation
pédagogique, toutes les notions environnementales abordées ont été patiemment
montés par moi en fiches pédagogiques, semaine après semaine. Un travail détaillé
et colossal qui débouche sur une réelle trousse de démarrage et de formation de
l’animateur pour la création de comités environnement dans les écoles
secondaires béninoises. Et je n’en suis pas peu fier. La trousse de formation
fait au final 321 pages. De ces dernières, 257 pages ont été directement
rédigées de ma main. Je suis très satisfait de ce travail et de l’expérience
qu’il m’a permis d’acquérir.
En résumé, c’est un projet très complet que j’ai la fierté d’avoir
contribué à créer durant mon séjour au Bénin. Un projet qui a jumelé en un même
temps la création de matériel pédagogique, l’intervention sur le terrain en
éducation relative en environnement, la création de partenariats locaux pour
assurer la supervision et la reconduction du projet et une course effrénée pour
la reconnaissance administrative du projet au sein des ministères et bureaux
concernés. C’est donc avec une structure organisationnelle et pédagogique forte
et reconnue par les autorités que nous laissons notre petit bébé faire ses
premiers pas. On suivra sa croissance de l’autre côté de l’océan.
Et comme tout ce qu’on entreprend par ici, on finit inlassablement
par se dire qu’on fait tout ça pour les jeunes et les moins jeunes qui vivent
dans cette réalité difficile à cerner pour nous; mais qu’on fait aussi surtout
ça pour nous enrichir nous-mêmes, pour devenir de meilleures personnes avant
tout. Ce que tu donnes, tu le reçois au centuple.
Samuel
P.S. N'hésitez pas à consulter nos photos à partir du blogue, comme celles pour cet article. Les albums sont petits et encore disponibles. Nous lisons toujours vos commentaires, même de retour!
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