Aujourd'hui, c'est Jean-Philippe seul qui vous parle au terme de sa collecte de données au Bénin.
C’est avec un sentiment de fierté et de nostalgie que s’est déroulé hier l’entretien de groupe de ma recherche avec les enseignants. Pourquoi ces
émotions? D’abord, parce que beaucoup de boulot a été abattu en près de trois
mois de travail au Bénin pour alimenter une recherche qui réunit en moi trois
passions : l’éducation, l’environnement et le Bénin (ou peut-être bien l’Afrique).
Ensuite, parce que cet sonne pour moi la fin de la collecte des
données qui alimenteront ma recherche au Bénin.
Cette recherche, elle s’intitule Portrait
de la situation actuelle en matière d’éducation relative à l’environnement au 1er
cycle de l’enseignement secondaire dans le département de l’Ouémé en République
du Bénin. Elle vise surtout à décrire les représentations sociales à propos
de l’environnement et de l’éducation relative à l’environnement, ce qui se
passe au secondaire par rapport à l’éducation relative à l’environnement et
quelles seraient des pistes d’amélioration de la situation. Pour cela, j’ai
finalement réalisé des entretiens individuels avec 20 enseignants, 4 directeurs d’école, 3 inspecteurs
pédagogiques et 4 ONG, en plus de mon entretien de groupe hier avec 16 des
enseignants déjà rencontrés. Et que dire de la documentation amassée souvent à
l'arraché…
Les premiers résultats et analyses qui suivent ne sont pas du tout
issus de la procédure scientifique rigoureuse qui devra être justifiée et
démontrée dans mon mémoire, mais plutôt de mes premières impressions à chaud.
Je vous en expose en espérant pouvoir vous intéresser sur les manières de se
représenter l’environnement ici, au Bénin.
D’abord, pour les enseignants, on décrit généralement
l’environnement par tout ce qui nous entoure. On réfère surtout au milieu de
vie, là où on habite. Ça comprend autant les éléments vivants que les éléments
non vivants. Pour nous au Québec, l’environnement est parfois perçu à plus
grande échelle, alors qu’au Bénin, l’environnement immédiat occupe une place
primordiale.
Quand on parle des problèmes de l’environnement, les Béninois citent
souvent les problèmes qui les entourent directement. D’abord, en première
place, je crois que c’est le problème des sacs de plastique, ce qu’on appelle
ici les sachets de plastique. Le sac réutilisable n’a pas fait son apparition à
grande échelle au Bénin et c’est très visible dans les rues. Malheureusement,
les infrastructures gouvernementales ne prennent pas encore en charge la
gestion des déchets. Cela a donc pour effet d’accumuler les matières
résiduelles un peu partout dans les vons et en périphérie des goudrons. On ne
peut donc pas se promener sans voir des sachets de plastique à moitié enfouis
dans le sol, l’autre moitié à l’air libre à la surface. Parfois, on utilise
même ces sachets de plastique pour allumer le charbon qui sert à préparer la
nourriture. Au charbon, on ajoute un peu de pétrole et un sachet de plastique
qui accélèrent le processus d’allumage du feu. Cela nous mène aussi vers des
problèmes au niveau de la qualité de l’air. Dans cette catégorie, on peu autant
mettre les feux qu’on fait avec les tas de déchets pour s’en débarrasser, comme
si on réglait le problème, que les motos à deux temps qu’on nourrit avec de
l’essence frelatée, donc avec du plomb, provenant du Nigéria, qui dégagent une
fumée dense et pénétrante dans les poumons. L’érosion côtière vient rapidement
dans les problèmes du sud, les feux de brousse, la déforestation, les
inondations, l’utilisation de pesticides, etc. Fait très intéressant, on met
aussi souvent dans les problèmes de pollution ceux liés à la pollution sonore.
Et quelle solution les enseignants trouvent-ils à tous ces problèmes
de l’environnement? L’éducation! Les enseignants me disent régulièrement qu’en
éduquant les plus jeunes à l’école, ceux-ci risquent de rapporter le message à
la maison pour informer leurs parents. Je me plais aussi à poser la question
suivante : est-ce que les enfants trouveront écho auprès de leurs parents?
Les enseignants me disent généralement que oui pour une raison bien simple.
Comme l’éducation demeure un privilège pour bien des parents qui n’y ont pas eu
accès, en général, ils risquent moins de dévaloriser les apprentissages
réalisés à l’école.
Pour les enseignants rencontrés, il y a aussi une représentation
sociale de l’environnement fort intéressante qui est ressortie, celle de
l’environnement – croyance. En effet, au Bénin, pays où le vaudou est très
présent, l’environnement est souvent associé aux croyances. D’abord, le vaudou
n’a rien à voir avec une poupée qu’on pique avec une aiguille. Quand on parle
de vaudou, on réfère ici à toutes les forces divines qui appartiennent à un
monde surnaturel. Les hommes peuvent entrer en contact avec ce monde surnaturel
à l’aide de diverses procédures. Cette religion accorde beaucoup d’importance
aux ancêtres. Et à travers ces croyances, l’environnement occupe souvent une
place de choix. Par exemple, un arbre centenaire peut abriter l’âme d’un
ancêtre important. Une forêt où vit un serpent vénéré peu être nommée forêt sacrée
pour préserver cet animal. Un esprit peut aussi habiter un lieu qui passe près
d’un cours d’eau qui doit ainsi être protégé. J’ai donc été surpris d’apprendre
que le vaudou permettait souvent de jouer un rôle de protection de
l’environnement. Cette découverte est fascinante, car on se rend compte que des
croyances qui nous paraissent surprenantes à première vue peuvent jouer un rôle
important dans la conservation de l’environnement. Cela n’est pas sans me
rappeler l’importance prédominante de la nature, de sa préservation et de sa
divination pour les peuples autochtones du Québec.
Bien que ces croyances sont pour certains bien ancrées, alors que
pour d’autres, elles représentent un folklore national aujourd’hui, elles
mettent pleinement en valeur la culture béninoise. En ce sens, les enseignants
reprochent parfois le fait que ces éléments de leur culture ne soient pas
introduits dans les programmes d’études, souvent trop influencés par les
Occidentaux. Les savoirs européens dominent beaucoup au niveau des
apprentissages prescrits dans les programmes d’études en Afrique, ce qu’on
appelle l’eurocentrisme.
Ces enseignants ont donc lancé un cri du cœur en voyant en
l’environnement une occasion formidable de parler des croyances de leur peuple,
doucement occidentalisé depuis quelques siècles. Les deux principales raisons
de ces pertes de culture sont la colonisation de l’Afrique et la montée des religions
qui fait aussi perdre les croyances traditionnelles peu à peu. À cet effet,
nous avons reçu la visite de Benoît XVI la semaine dernière au Bénin. On entend
même dire que sa venue n’est pas surprenante, car l’Afrique est un terreau
fertile prometteur pour l’avenir de la religion catholique. On parle parfois de
religions ici comme on parle de parts de marché. Bref, si on ferme cette petite
parenthèse, l’environnement peut jouer ce rôle de valorisation des croyances
ancestrales du Bénin. Quelle belle découverte!
Les éléments décrits ci-dessous ne sont qu’une infime partie des
données amassées lors de ma recherche. Je pourrais bien sûr entrer dans les
détails, mais il faudrait mettre davantage d’éléments en contexte pour mieux
les situer. Je retiens toutefois de cette recherche que l’environnement est un
terrain fertile de découvertes, un creuset de diversité biologique, mais aussi
de diversité sociale, culturelle, humaine…
Lorsqu’on s’intéresse à l’environnement, on s’intéresse non
seulement à la nature, mais aussi aux êtres humains qui partagent un milieu de
vie. Peu importe là où on se trouve dans le monde, on ne trouvera jamais
deux manières identiques d’aborder l’environnement. Et bien que j’aurai répondu à de nombreuses questions lors de cette recherche, elle me donne encore plus la soif d’en apprendre à propos de l’environnement, plutôt que de me contenter. Les manières de se le
représenter un peu partout sur cette planète nous offrent la chance de
découvrir une foule d’interactions passionnantes. De grandes leçons de vie se cachent derrière ses dynamiques!
Environnementalement vôtre,
Jean-Philippe
Environnementalement vôtre,
Jean-Philippe
Toutes mes félicitations très cher Jean-Philippe ! Côté accomplissment, moi, je viens de terminer mon 1er trimestre à l'école (:
RépondreSupprimerEt je sais pas pour le Bénin, mais ici,ON A DES MAAAANGUES!!!!!!!! bon, pas encore les grosse mangues oranges à l'intérieur et à l'extérieur, mais tout de même, ça fait drôlement plaisir à mes papilles gustatives. Je sens que je vais en manger fatigué !
Bisous et à très bientôt -xxx-
mélanie (:
salut les amoureux toujours en exploration
RépondreSupprimerCe qui me frappe dans vos merveilleux reportages c'est de voir l'énorme pauvreté et le manque de service à la population, c'est vraiment le tier-monde
C'est loin de notre confort exagéré...
Plus que 3 semaines de soleil de promenage en scooter
C'est beau de voir vos projets en environnement avancer après tous vos efforts investis.
Vous êtes courageux et impliqués...je vous admire et vous aime
Bonne poursuite...Baci XXX
Resalut les amoureux
RépondreSupprimerJe n'avais pas vu vos photos du Togo, quelle magnifique nature presque vierge, comme dit JP une explosion de verts
Mais encore quelle pauvreté inimaginable, où est donc l'Afrique moderne dont on nous parle, seulement je suppose, dans quelques rares grandes villes.
Transport en commun inexistant, encore heureux qu'il y circule des taxis
J'ai remarqué de la fatigue dans les yeux de Sam,(dans le taxi les cheveux au vent) oubliez pas que vous êtes aussi en vacances
Baci XXX