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lundi 28 novembre 2011

L'environnement, un creuset infini de découvertes


Aujourd'hui, c'est Jean-Philippe seul qui vous parle au terme de sa collecte de données au Bénin.

C’est avec un sentiment de fierté et de nostalgie que s’est déroulé hier l’entretien de groupe de ma recherche avec les enseignants. Pourquoi ces émotions? D’abord, parce que beaucoup de boulot a été abattu en près de trois mois de travail au Bénin pour alimenter une recherche qui réunit en moi trois passions : l’éducation, l’environnement et le Bénin (ou peut-être bien l’Afrique). Ensuite, parce que cet sonne pour moi la fin de la collecte des données qui alimenteront ma recherche au Bénin.

Cette recherche, elle s’intitule Portrait de la situation actuelle en matière d’éducation relative à l’environnement au 1er cycle de l’enseignement secondaire dans le département de l’Ouémé en République du Bénin. Elle vise surtout à décrire les représentations sociales à propos de l’environnement et de l’éducation relative à l’environnement, ce qui se passe au secondaire par rapport à l’éducation relative à l’environnement et quelles seraient des pistes d’amélioration de la situation. Pour cela, j’ai finalement réalisé des entretiens individuels avec 20 enseignants, 4 directeurs d’école, 3 inspecteurs pédagogiques et 4 ONG, en plus de mon entretien de groupe hier avec 16 des enseignants déjà rencontrés. Et que dire de la documentation amassée souvent à l'arraché…

Les premiers résultats et analyses qui suivent ne sont pas du tout issus de la procédure scientifique rigoureuse qui devra être justifiée et démontrée dans mon mémoire, mais plutôt de mes premières impressions à chaud. Je vous en expose en espérant pouvoir vous intéresser sur les manières de se représenter l’environnement ici, au Bénin.

D’abord, pour les enseignants, on décrit généralement l’environnement par tout ce qui nous entoure. On réfère surtout au milieu de vie, là où on habite. Ça comprend autant les éléments vivants que les éléments non vivants. Pour nous au Québec, l’environnement est parfois perçu à plus grande échelle, alors qu’au Bénin, l’environnement immédiat occupe une place primordiale.

Quand on parle des problèmes de l’environnement, les Béninois citent souvent les problèmes qui les entourent directement. D’abord, en première place, je crois que c’est le problème des sacs de plastique, ce qu’on appelle ici les sachets de plastique. Le sac réutilisable n’a pas fait son apparition à grande échelle au Bénin et c’est très visible dans les rues. Malheureusement, les infrastructures gouvernementales ne prennent pas encore en charge la gestion des déchets. Cela a donc pour effet d’accumuler les matières résiduelles un peu partout dans les vons et en périphérie des goudrons. On ne peut donc pas se promener sans voir des sachets de plastique à moitié enfouis dans le sol, l’autre moitié à l’air libre à la surface. Parfois, on utilise même ces sachets de plastique pour allumer le charbon qui sert à préparer la nourriture. Au charbon, on ajoute un peu de pétrole et un sachet de plastique qui accélèrent le processus d’allumage du feu. Cela nous mène aussi vers des problèmes au niveau de la qualité de l’air. Dans cette catégorie, on peu autant mettre les feux qu’on fait avec les tas de déchets pour s’en débarrasser, comme si on réglait le problème, que les motos à deux temps qu’on nourrit avec de l’essence frelatée, donc avec du plomb, provenant du Nigéria, qui dégagent une fumée dense et pénétrante dans les poumons. L’érosion côtière vient rapidement dans les problèmes du sud, les feux de brousse, la déforestation, les inondations, l’utilisation de pesticides, etc. Fait très intéressant, on met aussi souvent dans les problèmes de pollution ceux liés à la pollution sonore.

Et quelle solution les enseignants trouvent-ils à tous ces problèmes de l’environnement? L’éducation! Les enseignants me disent régulièrement qu’en éduquant les plus jeunes à l’école, ceux-ci risquent de rapporter le message à la maison pour informer leurs parents. Je me plais aussi à poser la question suivante : est-ce que les enfants trouveront écho auprès de leurs parents? Les enseignants me disent généralement que oui pour une raison bien simple. Comme l’éducation demeure un privilège pour bien des parents qui n’y ont pas eu accès, en général, ils risquent moins de dévaloriser les apprentissages réalisés à l’école.

Pour les enseignants rencontrés, il y a aussi une représentation sociale de l’environnement fort intéressante qui est ressortie, celle de l’environnement – croyance. En effet, au Bénin, pays où le vaudou est très présent, l’environnement est souvent associé aux croyances. D’abord, le vaudou n’a rien à voir avec une poupée qu’on pique avec une aiguille. Quand on parle de vaudou, on réfère ici à toutes les forces divines qui appartiennent à un monde surnaturel. Les hommes peuvent entrer en contact avec ce monde surnaturel à l’aide de diverses procédures. Cette religion accorde beaucoup d’importance aux ancêtres. Et à travers ces croyances, l’environnement occupe souvent une place de choix. Par exemple, un arbre centenaire peut abriter l’âme d’un ancêtre important. Une forêt où vit un serpent vénéré peu être nommée forêt sacrée pour préserver cet animal. Un esprit peut aussi habiter un lieu qui passe près d’un cours d’eau qui doit ainsi être protégé. J’ai donc été surpris d’apprendre que le vaudou permettait souvent de jouer un rôle de protection de l’environnement. Cette découverte est fascinante, car on se rend compte que des croyances qui nous paraissent surprenantes à première vue peuvent jouer un rôle important dans la conservation de l’environnement. Cela n’est pas sans me rappeler l’importance prédominante de la nature, de sa préservation et de sa divination pour les peuples autochtones du Québec.

Bien que ces croyances sont pour certains bien ancrées, alors que pour d’autres, elles représentent un folklore national aujourd’hui, elles mettent pleinement en valeur la culture béninoise. En ce sens, les enseignants reprochent parfois le fait que ces éléments de leur culture ne soient pas introduits dans les programmes d’études, souvent trop influencés par les Occidentaux. Les savoirs européens dominent beaucoup au niveau des apprentissages prescrits dans les programmes d’études en Afrique, ce qu’on appelle l’eurocentrisme.

Ces enseignants ont donc lancé un cri du cœur en voyant en l’environnement une occasion formidable de parler des croyances de leur peuple, doucement occidentalisé depuis quelques siècles. Les deux principales raisons de ces pertes de culture sont la colonisation de l’Afrique et la montée des religions qui fait aussi perdre les croyances traditionnelles peu à peu. À cet effet, nous avons reçu la visite de Benoît XVI la semaine dernière au Bénin. On entend même dire que sa venue n’est pas surprenante, car l’Afrique est un terreau fertile prometteur pour l’avenir de la religion catholique. On parle parfois de religions ici comme on parle de parts de marché. Bref, si on ferme cette petite parenthèse, l’environnement peut jouer ce rôle de valorisation des croyances ancestrales du Bénin. Quelle belle découverte!

Les éléments décrits ci-dessous ne sont qu’une infime partie des données amassées lors de ma recherche. Je pourrais bien sûr entrer dans les détails, mais il faudrait mettre davantage d’éléments en contexte pour mieux les situer. Je retiens toutefois de cette recherche que l’environnement est un terrain fertile de découvertes, un creuset de diversité biologique, mais aussi de diversité sociale, culturelle, humaine…

Lorsqu’on s’intéresse à l’environnement, on s’intéresse non seulement à la nature, mais aussi aux êtres humains qui partagent un milieu de vie. Peu importe là où on se trouve dans le monde, on ne trouvera jamais deux manières identiques d’aborder l’environnement. Et bien que j’aurai répondu à de nombreuses questions lors de cette recherche, elle me donne encore plus la soif d’en apprendre à propos de l’environnement, plutôt que de me contenter. Les manières de se le représenter un peu partout sur cette planète nous offrent la chance de découvrir une foule d’interactions passionnantes. De grandes leçons de vie se cachent derrière ses dynamiques!

Environnementalement vôtre,

Jean-Philippe

3 commentaires:

  1. Toutes mes félicitations très cher Jean-Philippe ! Côté accomplissment, moi, je viens de terminer mon 1er trimestre à l'école (:

    Et je sais pas pour le Bénin, mais ici,ON A DES MAAAANGUES!!!!!!!! bon, pas encore les grosse mangues oranges à l'intérieur et à l'extérieur, mais tout de même, ça fait drôlement plaisir à mes papilles gustatives. Je sens que je vais en manger fatigué !

    Bisous et à très bientôt -xxx-
    mélanie (:

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  2. salut les amoureux toujours en exploration
    Ce qui me frappe dans vos merveilleux reportages c'est de voir l'énorme pauvreté et le manque de service à la population, c'est vraiment le tier-monde
    C'est loin de notre confort exagéré...
    Plus que 3 semaines de soleil de promenage en scooter
    C'est beau de voir vos projets en environnement avancer après tous vos efforts investis.
    Vous êtes courageux et impliqués...je vous admire et vous aime
    Bonne poursuite...Baci XXX

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  3. Resalut les amoureux
    Je n'avais pas vu vos photos du Togo, quelle magnifique nature presque vierge, comme dit JP une explosion de verts
    Mais encore quelle pauvreté inimaginable, où est donc l'Afrique moderne dont on nous parle, seulement je suppose, dans quelques rares grandes villes.
    Transport en commun inexistant, encore heureux qu'il y circule des taxis
    J'ai remarqué de la fatigue dans les yeux de Sam,(dans le taxi les cheveux au vent) oubliez pas que vous êtes aussi en vacances
    Baci XXX

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