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samedi 19 novembre 2011

Le Bénin en cinq sens - Le plaisir d'entendre

Le moment est tout désigné pour vous écrire un article sur l’ouïe. Nous sommes présentement étendus dans notre lit et à l’extérieur, il y a une cérémonie de baptême au coin de notre vons, soit à quatre maisons. Les bâches installées depuis maintenant deux jours, on a aujourd’hui disposé des chaises de plastique sur toute la largeur de la rue sous ce chapiteau. Que manque-t-il pour vous décrire l’ambiance? Deux animateurs de foule qui poussent des cris religieux sans harmonie en toute cacophonie. En trame de fond, le vendeur de FanMilk qui klaxonne pour nous signifier sa présence et les oiseaux qui gazouillent. Nous, nous sommes enfermés dans notre chambre en tentant de couper les bruits venant de l’extérieur en écoutant du Barry White qui peine à surclasser le baptême. Aujourd’hui donc : l’ouïe.


Puisque ça fait assez longtemps que nous prenons des notes pour rédiger un article sur l’ouïe, nous allons donc vous faire quelques rubriques qui sauront toutes vous divertir. À lire en un ou plusieurs temps, selon… Si vous n’esquissez pas au moins un sourire durant la lecture, c’est que novembre vous affecte pleinement. Relisez cet article en décembre!

Environnement sonore quotidien

8 heures. Le cadran sonne, mais nous sommes déjà réveillés…

4 heures. La nuit, nous laissons souvent la porte ouverte pour créer un courant d’air, car il fait encore 32 degrés le jour ici. Toutefois, grand-maman et maman n’ont pas l’habitude d’attendre le levé du soleil pour commencer leur journée. Il nous arrive parfois d’entendre marmonner grand-maman qui récite sa prière matinale en se promenant dans toutes les pièces de la maison, comme pour chasser les mauvais esprits. Si nous prêtons bien l’oreille, ce sont les cuillères de maman dans les chaudrons que nous entendons, elle qui s’affère déjà à cuisiner notre diner.

5 heures. Le minaret se met de la partie… Le Bénin étant une société ouverte religieusement, musulmans, catholiques, animistes et autres confessions cohabitent relativement bien. Même si la cohabitation se déroule convenablement, pas d’accommodement raisonnable : le minaret réveille tout le monde, faisant fi de la confession des dormeurs du quartier.

6 heures. Les coqs sentent que le soleil va bientôt se lever; ils décident alors que leur journée commence. Le coq de notre maison terminant tranquillement sa puberté, c’est avec la voix cassée, enrouée, en pleine mutation qu’il nous souhaite bon réveil.

7 heures. Avez-vous déjà vu sur une de nos photos les deux cocotiers devant la maison? Ils abritent une incroyable colonie d’oiseaux jaunes qui ont construit leurs nids sur les grandes feuilles de manière à ce qu’ils résistent tant au vent qu’à la saison des pluies. C’est à leur tour de nous gazouiller par dizaines un « Bon matin! » bien senti.


Pour ceux qui sont déjà venus au Bénin, vous vous rappellerez aussi que 7 h sonne l’heure où les enfants s’occupent de la devanture de leur maison. Nous entendons donc de doux bruits de balai sur la terre rouge extérieur ayant pour but de nettoyer la devanture de la maison. Façonnés avec des feuilles gigantesques, nous pourrions même appeler cela la valse matinale des balais.

8 heures. Quand le cadran sonne, ça fait aussi 1 heure que la vendeuse ambulante passe et repasse dans la rue en criant : « Piiiiii-chôôôôô » pour annoncer son « pain chaud » qui n’est pas chaud pantoute. On descend donc prendre le petit déjeuner. Une fois sur deux, il y a dudit pain-chaud-pas-chaud sur la table.

9 heures. C’est vers cette heure que grand-maman sort dans la cour intérieure pour s’occuper de ses pigeons. Pourquoi des pigeons, nous direz-vous? Pourquoi des chiens domestiques, vous diront-ils? Les roucoulements s’intensifient avant ce moment où grand-maman va leur donner leur maïs quotidien. On ne peut pas faire autrement que de penser à Monique Jérôme-Forget interprétée par Marc Labrèche pour les adeptes de 3600 secondes d’extase, « Rrrou-rrrrouououou! » Et en plus, ça sonne vraiment drôle une envolée de pigeons. Du moins, ce n’est pas très crédible… Ne reste plus à grand-maman qu’à ramasser les dizaines de fientes au sol. Une autre forme de joie des animaux domestiques! Même vétérinaire, Marie-Josée vous dirait surement qu’on devrait plutôt les embrocher.



10 heures. La journée de Jean-Philippe est déjà commencée et celle de Samuel débute. D’ailleurs, maman se plait à dire aux deux jours : « Samuel, tu dors trop toi là! », avec son magnifique sourire. C’est à ce moment qu’un des téléphones portables de maman se met à sonner et interrompt la conversation sans autre formalité. Il faut s’y attendre à tout moment de la journée, car avec la faible quantité de téléphones fixes au Bénin, tout le monde a au moins un portable. Et comme au Québec, c’est toujours aussi agressant de se faire couper par un téléphone, comme une force externe de la nature, alors que notre présence de toute chair ne prévaut pas sur la machine.

11 heures. Un beau matin, nous nous promenons sur le goudron principal. Nous entendons alors une sirène qui arrive au loin. « Tiens, un véhicule d’urgence qui arrive. C’est quand même rare. » Et c’est à ce moment que nous voyons des gyrophares sur un véhicule qui se faufile dans la dense circulation. Sur ce dernier, on peut lire Ets Repos éternel, ce qui veut dire Établissements Repos éternel. Ce véhicule d’urgence n’est rien d’autre qu’un corbillard se dirigeant vers le cimetière à la vitesse de la police ou d’une ambulance.

12 heures à 15 heures. Entre ces heures, généralement, toute activité cesse pour laisser place à la chaleur du zénith et à la sieste.

16 heures. L’activité reprend dans le salon de la maison. Souvent, des gens viennent saluer la famille; il y a les habitués et les visites plus rares. Ça se met donc à parler soudainement très fort. Un beau jour, vers la fin de l’après-midi, Ahmed, le fils ainé de maman, frère de Fred, arrive à la maison. Pendant ce temps, nous sommes en haut dans notre chambre/bureau de travail avec Pascal. Soudain, Ahmed se met à parler très fort et maman lui répond sur le même ton. Une chose est certaine : on s’engueule en bas et ce n’est pas beau à entendre. Heureusement, nous avons notre interprète goun avec nous pour nous rapporter toute scène de vie hors de notre compréhension. Comme cela nous arrive souvent : « Pascal, qu’est-ce qu’ils disent en bas? » « Papa est allé acheter au marché et il raconte ça à maman. » C’est tout!! Pas de querelle, rien! Juste des Béninois qui parlent fort. Et c’est comme cela chaque jour. Notre petit cœur sensible au ton qui monte est maintenant devenu presque indifférent à ce genre de situation.

17 heures. C’est le moment où on sort souvent pour aller acheter une gâterie dans les vons tout autour. En approchant de notre vendeuse d’ignames frites préférée, on croise un ronronnement de vieux moteur deux-temps. Ça sonne comme le vieux rafiot à vapeur de Popeye. C’est un des innombrables moulins de la ville qui réduit en farine tous les grains que les habitants achètent au marché afin d’en faire la bouille, la pâte (wô) et autres préparations. Quand on croise le meunier qui travaille toute la journée dans l’incessant « pout-ke-pout-ke-pout » du moteur, il nous salue. Son corps est plus blanc que le nôtre, à force de travailler dans la farine! Pourtant, le meunier, lui, ne se fait pas crier dans la rue « Yovo! Yovo! », comme nous qui déambulons à cette heure où les enfants rentrent de l’école et où tout le monde profite de la fraicheur extérieure qui s’installe tranquillement.

18 heures. De retour à la maison avec notre gâterie (qui s’appelle aussi collation), Bernice se fait encore une nouvelle coiffure en se regardant dans le reflet d’une des nombreuses fenêtres teintées de la maison. Elle chante très fort des chansons d’amour, à la sauce Céline Dion. Et si elle n’est pas dans une forme excellente, c’est la radio qui remplace la voix de Bernice.

19 heures. Rien à déclarer. Sauf peut-être Sam ou JP qui s’exaspèrent à faire comprendre à Pascal ses devoirs.

20 heures. Une cacophonie sans nom nous parvient du goudron à six coins de rue de nous! Ce sont des kiosques temporaires (pour trois mois) qui vendent des cellulaires qui se sont installés pour les achats de Noël sur le bord de la voie. Bien sûr, ici comme ailleurs, là où il y a un commerce, il y a son concurrent qui vient à côté. Et c’est là que commence la guerre entre les deux : qui attirera le plus de clients? Leur stratégie pour attirer les clients : un système de son de 3 mégawatts qui crache une musique infernale à au moins 1 kilomètre à la ronde. Et comme ils sont deux, c’est en plus à qui aura le système de son qui crache le plus fort! Tous les jours, ça rend vraiment agressif. La pollution de l’espace sonore est un réel problème et comme les règlementations sont absentes, il n’y a plus qu’à endurer… ou faire un meurtre.

21 heures. C’est l’appel : le générique de notre feuilleton préféré, Shree, résonne dans toute la maison. Toute activité cesse illico!

22 heures. Alors que les marchands de téléphones remballent pour la nuit, c’est le club très sélect Abidjan VIP, juste à côté des kiosques, qui prend le relai. Et qui dit boite de nuit dit jusqu’à 3 h du matin. Pitié!

23 heures. Pendant que nous nous brossons les dents, on peste contre Abidjan VIP qui perturbera la quiétude requise pour s’endormir. C’est à ce moment que chaque soir JP dit : « Ça a pas d’allure! Je vais allumer le ventilateur pour camoufler le bruit. » Sam répond : « Mais là, ça va bouffer ben trop d’électricité si on le fait rouler toute la nuit et ça va faire du bruit aussi! » JP répond : « C’est pas grave. On va le payer le maudit compte d’électricité! J’aime mieux m’endormir avec un ronronnement continu et du vent. » Et c’est sous le bruit rassurant du ventilateur que nous nous endormons pour recommencer le cycle le lendemain matin.

En synthèse, on peut dire que le sommeil profond de 3 h à 4 h du matin est TRÈS… TRÈS précieux!

Prénoms entendus au Bénin

Avant de passer à une prochaine rubrique, nous vous offrons celle-ci sur des prénoms entendus au Bénin souvent plus d’une fois. Ces prénoms nous semblent parfois d’une autre époque que la nôtre. D’autres sont tout simplement à mourir de rire, en tout respect de ces gens rencontrés.

Dans la catégorie Prénom d’une autre époque!

Alastaire; Gervais; Fulgence; Nazaire; Nestor; Barnabé; Léandre; Ernest; Félicien; Octave; Marius; Anasthase; Roméo; Idelphonse; Saturnin; Casimir; Lucien (14 ans); Hortense.

Dans la catégorie Prénom indigène qui sonne drôle en français!

Nouhoun (à prononcer rapidement); Chitou.

Dans la catégorie C’est pas la modestie qui va m’tuer!

César; Princia; Magloire; Prospère; Ascension; Dieu Donné.

Dans la catégorie Qui a pensé à appeler son enfant d’même?

Innocent; Bienvenue; Euloge; Cornaud; Janvier; Fidélia; Espérance; Sagesse; Rosa-Mystica; Euphrasie; Léchidia; Matachrist.

Et maintenant, si vous voulez vous amuser à les relire, vous pouvez même les prononcer à la Béninoise en enlevant tous les « r ». Pour vous faciliter la tâche, Pascal peut aussi vous en réciter quelques-uns…



Les répliques de Pascal

Parlant de Pascal, il ne cesse de nous sortir des perles de langage que nous ne pouvons nous empêcher de noter au fil du temps. Voici donc un potpourri des meilleures répliques de Pascal.

— Pascal et Samuel sont couchés sur le lit. Alors que Pascal joue avec le visage de Samuel, il s’interroge : « Dis-moi, quand vous êtes nés, ils vous ont étiré le nez, ou bien? »

Samuel, alors qu’il est enrhumé, dit à Pascal : « Tu sais, le meilleur médicament c’est le repos. » Pascal, de lui répondre : « Et on vend ça ici? »

Pendant que Pascal observe encore notre corps, il regarde son propre nombril saillant. Puis, il dit à Jean-Philippe : « Je peux essayer de faire sortir ton nombril? » Quelques minutes plus tard, constatant les grains de beauté sur notre corps, il nous dit sérieusement : « Je vais vous enlever les saletés. »

Voulant parler à Pascal, Samuel l’appelle dans la maison, sans réponse. Quelques minutes plus tard, Pascal apparait dans notre chambre. Samuel lui dit donc : « Je croyais que tu étais parti, car je t’ai appelé et tu n’as pas répondu… » En réponse, Pascal lui réplique très sérieusement : « Tu m’as appelé par la bouche? » D’un ton amusé, Samuel répond : « Oui, Pascal, je t’ai appelé par la bouche! »

Dans le même ordre d’idées, pendant les leçons de Pascal, ce dernier a demandé à Jean-Philippe de lire un texte que Pascal avait déjà lu pour le devoir de français. Jean-Philippe l’a donc lu dans sa tête. Avant la fin de sa lecture, Pascal lui a dit : « Tu peux lire avec ta bouche tonton? »

Quelques jours avant la rentrée scolaire, nous avons eu le plaisir d’accueillir une petite peste de 13 ans à la maison, fille d’un oncle, et son frère. Hypocrite et déplaisante à toute heure, Pascal a semblé trouver la semaine en sa présence très longue. Un bel après-midi, Pascal vient nous voir fâché : « Moi et l’autre garçon on jouait et la fille elle s’est avancée et elle a lâché sur nous! » Traduction libre : « En jouant, on s’est fait pété d’sus! »

Pascal est assis au sol à côté de son plat de nourriture à moitié consommé. Samuel lui fait remarquer que son plat est infesté de mouches. Pascal, qui refuse de manger davantage, explique sa vision des choses : « Tu sais, il ne faut plus manger la nourriture quand il y a eu les mouches parce que les mouches, elles piétinent les cacas. »

Évasion à Grand Popo

Dans le tumulte de notre environnement sonore quotidien, il y a les fins de semaine à l’extérieur de Porto Novo qui emplissent nos oreilles de nouveaux sons. Et une des plus mémorables de ces sorties fut notre saut à Grand Popo, petit village côtier tout près de la frontière togolaise.

Là-bas, il y a tout ce qu’il faut : la plage, le soleil et l’océan. Par contre, la mer est on ne peut plus violente. Les vagues, ne frappant aucun haut-fond avant la côte, viennent déferler sur nous à toute vitesse, brassant dans leur ressac de magnifiques coquillages blancs troués en leur centre et du sable grossier qui exfolie fortement la peau. Avec l’Atlantique comme fond, quoi de mieux pour s’endormir? Ce n’est par contre pas le son des vagues violentes qui nous a réveillés le lendemain matin, mais bien la voix d’une dizaine d’hommes qui chantaient. Quelques minutes plus tard, c’est un instrument à percussions métallique qui s’ajoute à la chorale. Piqués dans notre curiosité, nous sortons de notre chambre donnant sur la plage.

Devant nous, une trentaine de pêcheurs s’affèrent à tirer un immense cordage qui va se perdre dans le sillage des vagues. Ils tirent un filet rempli de poissons en suivant la cadence du percussionniste et des chants. Enchantés, nous nous approchons, puis nous nous faisons offrir de tirer avec le groupe. Pourquoi pas? Nous empoignons un bout de corde et c’est ainsi que commence notre plus grande partie de souque à la corde à vie. Notre adversaire : le dieu des océans.

L’expression « centimètre après centimètre » n’a jamais été aussi sentie. Chaque pas supplémentaire vers l’arrière est une torture, chaque mètre est un combat à gagner. La voix des pêcheurs qui crient « heppa! » (tirez!) est notre seul encouragement; la répétition frénétique du rythme tambouriné sur la pièce de métal, notre seul moyen d’oublier la douleur dans nos mains irritées. Nous tirons inlassablement en reculant sur la plage. 200 mètres derrière nous, il y a un arbre autour duquel le premier pêcheur de la chaine attachera la corde lorsque nous y serons rendus. Notre seul espoir de repos. Une fois le filet attaché, on retourne lentement jusqu’à la mer. Les pêcheurs grimpent aux arbres et croquent dans un fruit de cola fraichement cueilli pour se donner de l’énergie, le même cola que le Coca-Cola. Des bonnes dames sont installées à l’ombre d’un parasol et vendent des calebasses d’eau aux hommes qui travaillent dur. De retour à l’eau, on observe la bouée du filet au loin. Elle ne semble pas avoir bougé d’un poil! La clochette tinte à nouveau et c’est le moment d’empoigner encore la corde et de recommencer.

Bien sûr, à chaque nouvelle récidive de notre part, les locaux s’étonnent. Ils sont résistants ces Yovos-là! Ils n’ont pas encore abandonné! Et nous n’abandonnerons pas avant la fin non plus : l’orgueil! Nous sommes en plein combat avec notre corps. Les chants des pêcheurs nous saoulent. Nous n’avons même plus chaud. On tire inlassablement. Pendant une heure. Deux heures. Au fil du temps, des villageois sont venus s’ajouter au groupe.

Une fois la bouée bien rapprochée, le musicien accélère le rythme et un pêcheur passe à travers les tireurs pour distribuer un petit verre de « sodabi » (eau de vie de palme entre 40% et 80% d’alcool selon la préparation). On reprend espoir, mais c’est pourtant quand il est tout près que le filet est le plus difficile à tirer. Nos muscles sont tendus et hyper sollicités. Si nous lâchons la corde quelques secondes, notre main tremble tant elle a l’habitude d’être sous tension. Les centimètres ont fait place aux millimètres et le simple fait de faire du sur-place est déjà un énorme gain sur les vagues. Les pêcheurs crient et se laissent littéralement tomber vers l’arrière pour trier de tout leur poids.

Le début du filet vient de sortir! Femmes et enfants se ruent pour démêler les mailles au fur et à mesure qu’elles sortent de l’eau. On ramasse déjà les poissons derrière les tireurs. Trois heures après le début de notre contribution, le filet est complètement émergé. Les pêcheurs nous remercient de dix gros poissons on ne peut plus frais, notre premier salaire béninois. On va se régaler ce soir… Nous sommes exténués. Les pêcheurs, eux, sont déçus de leur récolte et veulent relancer le filet pour cet après-midi. Découragés pour eux, nous, nous ne nous voyons pas recommencer la même chose dans deux heures! Eux peuvent faire ça, deux fois par jour, quotidiennement. Mais pas nous!

Ce jour-là, nous avons appris le vrai sens de l’expression « bêcher pour son pain ». Quand on pense que nos treuils modernes ont remplacé à beaucoup d’endroits l’huile de coude, on ne peut plus se surprendre de la surpêche! Ici, ces pêcheurs traditionnels peuvent être fiers de gagner leur vie à la sueur de leur front!

Une belle leçon pour un tintement de cloche…

Manières de parler au Bénin

Pas besoin d’expliquer à un Québécois que la manière de parler le français à travers le monde varie. Voici notre collection des meilleurs traits de langage du voyage.

En revenant à la maison l’autre soir, Bernice mangeait du maïs soufflé. Elle nous a offert du « pov conne ».

À l’occasion d’une marche d’après-souper, nous passons devant ce qu’on appelle ici une cafétéria, mot qui s’épèle de maintes manières. On y vend généralement des repas rapides, comme du spaghetti ou de l’omelette. En passant devant une cafétéria non loin de la maison, nous demandons à la maman ce qu’elle vend. « Ici, y’a tifoi. » Nous vous avions déjà parlé du tifoi dans une chronique précédente… Avez-vous élucidé le mystère, car vous en saurez le secret aujourd’hui. Comme souvent au Bénin, la clé de la compréhension se trouve dans le « r ». En ajoutant le « r » au bon endroit, vous trouverez tifroi. Et en faisant un peu de traduction, peut-être que ça finira par sonner : thé froid! Ingrédients du thé froid : lait sucré Jago, poudre de chocolat Milo, glace et eau. En bref, tout sauf du thé. Et avec ça, vous trempez un peu de « Piiiiii-chôôôôô », du pain-chaud-pas-chaud. Avec la chaleur ambiante, ça rafraichit!

Comme partout à travers le monde, celui qui a le moindrement d’éducation ne sait jamais très bien quelle formule de politesse énoncer pour chercher la salle de bain. Et ça, c’est encore plus vrai en sol étranger. Après quelques tentatives, nous avons finalement découvert qu’ici, pour être poli, on demande : « Où puis-je me mettre à l’aise? »

Par contre, en famille, l’étiquette n’a plus sa raison d’être. L’autre jour, Fred a été malade. Ça nous a donné l’occasion d’entendre une perle de réplique. En parlant d’un médicament vermifuge, alors que Fred souffrait du paludisme, maman a dit : « Si tu prends ça, tu vas chier toute l’eau chaude dans ton corps et tu n’auras plus la fièvre. Après, tu seras à l’aise! »

Malheureusement, le père de Fred, mari de maman donc, est décédé il y a une semaine et demie. La cérémonie d’enterrement est à son sommet de préparatifs. Chose curieuse, nous n’avions jamais vu le père de Fred, il restait ailleurs, avec une autre épouse. Au Bénin, la polygamie demeure très visible. Et dans le cas du père à Fred, il avait trois épouses pour huit enfants. À l’occasion donc des préparatifs de l’enterrement de son mari, maman a dit : « Je vais vous donner l’adresse pour aller faire les chapeaux. Mes coépouses aussi les ont fait faire à cet endroit. » Comment retenir son rire devant maman qui nous parle le plus sérieusement du monde de ses COÉPOUSES!!!

Dans un autre ordre d’idées, il y a de ces expressions douces à l’oreille. Par exemple, pour faire pression sur quelqu’un, on parle plutôt de « Faire diligence. » Aussi, si vous êtes gênés de parler de relation amoureuse au lit, vous pourrez plutôt demander à votre bienaimé(e) s’il ou elle veut bien aller « Faire la vie! »

L’autre jour, à Cotonou, nous avons mangé dans un petit maquis où on vend de la nourriture dans la rue. À la fin du repas, Jean-Philippe tend à la bonne dame un billet pour payer. Évidemment, ici, avoir sa monnaie est toujours problématique; il faut donc faire des pieds et des mains pour la trouver, car le jour où on a frappé les pièces de monnaie, on dirait qu’on a fait la moitié de la commande seulement. En face de Jean-Philippe, la bonne dame l’informe donc de la situation : « Attendez… Je viens. Je vais vous envoyer les 400 francs. » Euh, d’accord… Devons-nous attendre ou si elle va nous l’envoyer par la poste?

En terminant, rendons compte de quelques répliques savoureuses de Fulbert, notre deuxième homme de confiance avec Fred et assistant de Jean-Philippe pour sa recherche. Comme son boulot d’assistant lui permet de gagner un peu d’argent dans ce pays où les gens qui cherchent un emploi se comptent en nombre beaucoup plus important que les offres d’emploi, Fulbert a dit à Jean-Philippe : « Avant, on me demandait ce que je faisais comme travail, mais je ne savais pas quoi répondre... Maintenant, ça peut sortir de ma bouche. »

Il y a un concept que les Noirs ne comprennent souvent pas, celui que la peau des Blancs brule, contrairement à la leur… Quelle tête Jean-Philippe a-t-il faite quand il a entendu Fulbert lui dire à moto : « Le soleil, ça me pique trop! »

Alors que Fulbert a demandé l’âge exact de Jean-Philippe, Jean-Philippe lui a plutôt renvoyé la question : « Quel âge tu crois que j’ai? » Il lui a répondu le plus sérieusement du monde : « Je crois que ton âge se situe dans l’intervalle fermé de 25 et 30 ans. » Réponse digne d’un cours de mathématique!

À la suite de vos commentaires…
À la demande de Coumba, nous vous offrirons très bientôt une photo du délice que représentent les ananas du Bénin. Miam! Nous nous croisons les doigts très fort pour que les mangues soient prêtes avant notre départ…

1 commentaire:

  1. trop chou le petit Pascal qui lit les prénoms
    vous êtes déjà dans le dernier mois de votre voyage
    on peut dire que vous aurez cerner chaque détails de ce pays d'Afrique, vous pourrez dire que vous avez connu sa culture chez ses résidants, dans le peuple
    Petite question nounoune: les bibites ne semblent pas très actives dans village cette saison car vous ne parlez jamais de tous les insectes bizarres de ces lontaines contrées...
    Ici l'hiver est à nos portes, profiter du soleil
    En passant, vous avez maigri tous les deux, il faudra vous faire un peu de graisse pour combattre le froid à votre arrivée..
    Baci XXX

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