Vous avez déjà vu des photos des poules de Pascal, mais nous ne vous
en avons pas encore parlé. Depuis notre arrivée, ces petites bêtes étaient
appelées les poules de Pascal, parce qu’elles lui avaient été offertes au mois
d’aout comme animaux de compagnie. Par contre, il faut dire que les trois
poules se sont finalement révélées être : deux poules et un coq. Comme un
adolescent tentant de développer sa virilité, notre cher coq tente désormais
d’impressionner ses petites poulettes depuis deux semaines maintenant en bombant
le torse, en déployant sa crête et en grandissant un peu plus rapidement
qu’elles. Toutefois, son chant est loin d’avoir atteint la crédibilité
nécessaire pour se faire appeler coq, sortant sec et carré, sans puissance et
sans finition. Il a donc l’air d’un adolescent en train de muer tout en se
croyant plus mâle que les autres mâles…
Que font les poules et le coq durant la journée? Elles picorent des
je-ne-sais-quoi devant le portail de la maison. Une seule arbore un bout de
tissu pour être identifiée à la famille dans la vons; les deux autres suivent
de toute manière… Mais chose certaine, une poule, c’est fidèle à sa maison.
Jamais elle ne s’éloigne durant la journée. Si elles ne sont pas dans
l’enceinte de la maison, vous les verrez à courir les insectes et à manger tout
ce qui attire leur attention dans le sable devant la maison. Le soir, Pascal
les prend et les met en dessous d’une bassine de plastique qui leur sert de
cage. Notre coq est d’ailleurs assez peu crédible quand il commence à chanter
en dessous de cette bassine dans le fond de la cour. On l’entend résonner dans
du plastique…
Dimanche soir dernier, alors que nous mangions dans la cuisine, peu
de membres de la famille rôdaient dans les parages. La poule noir et blanc a
donc senti que c’était le moment rêvé pour faire un petit saut à l’intérieur.
Malheureusement, il y avait les deux Yovos qui mangeaient et qui l’ont vu
rentrer. « Paaascaaal! » « OUIII », dit-il au loin.
« Il y a une de tes poules qui fait la touriste! » En moins de deux,
Pascal entre dans la maison et il ressort du salon calmement en tenant la poule
qui jacasse par les deux ailes relevées en haut. Pas de chance pour elle cette
fois-ci…
Peu après la fin de notre repas, Samuel demande à Pascal où se
trouve la poule qui est entrée dans la maison. Pascal n’a que des nouvelles du
coq qui s’est roulé dans une marre d’eau selon lui. Il est donc tout mouillé et
il grelote comme un animal qui ne savait pas qu’il ne devait pas se mouiller
dans le fond de la cour. Notre cher coq en prend donc un coup sur son orgueil;
il a plus l’air du p’tit canard à la patte cassée que du viril coq qu’il tente
de devenir depuis quelques jours… Ses poulettes l’ont peut-être désertée, peu
impressionnées par son attitude d’adolescent immature! Chose inhabituelle, mais
possible… Nous commençons donc à les chercher. Pas de trace, nous les laissons
donc tranquilles encore un peu. Elles reviendront surement toutes seules.
La soirée continue donc et nous allons manger un « tifoi »
avant de revenir pour terminer la soirée. (À vous de deviner, vous saurez
bientôt ce qu’est le « tifoi »…) En revenant, on remarque que les
poules ne sont pas encore rentrées à la maison. De plus en plus inquiets, nous
faisons un nouveau tour de reconnaissance. Une quinzaine de minutes plus tard,
notre angoisse se transmet à la maisonnée et maman se joint à nous trois pour
chercher la volaille manquante. Au bord du portail, toujours pas de trace des
poules. Pourtant, nous ne les perdons jamais de vue.
Étape suivante : élaboration des scénarios les plus
catastrophiques! Nous commençons donc à nous demander si elles se sont fait
frapper par une moto. Non, elles se sont peut-être fait voler comme la nuit est
tombée! Sinon, devenues adultes, elles ont peut-être hérité du
gêne-de-la-poule-rebelle… Armés de notre lampe de poche, nous parcourons donc
la cour à nouveau. Pas de poules. Maman prend la lampe de poche et regarde aux
endroits où Pascal est passé auparavant. Devant la maison, sur le côté, dans la
cour, près du puits. Maman ne voit rien. Près du puits. Sur le puits!!!
Jean-Philippe remarque qu’une masse noire sur la barre de métal
retenant la poulie du puits semble être une poule. « Maman, regarde sur le
puits. » En moins de deux, avant que nous puissions élaborer une stratégie
pour l’enlever de là sans qu’elle tombe dans le puits, maman se place derrière
la poule, tend sa main à la vitesse de l’éclair vers l’avant pour l’empoigner
sur le dos dans un élan intemporel. En moins de temps qu’il le faut pour
comprendre ce qui s’est passé, on entend des jacassements de poule et maman
nous regarde fièrement : « Je l’ai attrapée! » OUF, nous avons
rescapé la poule que nous allons porter en dessous de la bassine de plastique
avec le coq. Un coq, une poule, deux poules. Non, une poule! L’autre poule!
Sans en parler, Samuel pointe la lampe de poche dans le fond du puits, qui doit
bien faire 20 mètres de profondeur. Avec le peu de lumière qui arrive au fond,
Jean-Philippe remarque que l’eau bouge, alors qu’elle ne le devrait pas… Un
petit point noir fait des clapotis à la surface de l’eau. Non sans danger pour
elle aussi, la première poule voulait-elle donc nous lancer un message à propos
de sa compagne en se perchant sur le puits?
La mission de secours de maman fut donc très brève à côté de celle
qui s’annonce alors. Comment faire? Le sac de caoutchouc qui pend au bout de la
corde ne suffit pas à faire pénétrer une poule dedans. En plus, sans lumière
presque, il faut maitriser un sac pour puiser une poule à 20 mètres de
profondeur. Non, pensons à un autre plan. Pascal commence à s’inquiéter
sérieusement, lui qui s’occupe de ses poules tous les jours comme un enfant
chez nous prend soin de son chien. Et là, sans nous parler, nous nous disons dans
notre tête avec émotion et attachement envers notre trio :
« Allons-nous assister à la noyade d’une de nos trois poules en direct… »
Courage, c’est le plus important pour le moment!
Décidée à réussir sa deuxième mission, maman revient avec un panier
en plastique troué. Comme les maçons n’ont pas tout utilisé les dalles il y a
un mois, nous en mettons une dedans pour que le panier troué puisse caler un
peu dans l’eau. Et là, comme des sauveteurs de mineurs chiliens, nous
descendons lentement la corde vers le fond du puits. Il faut faire attention!
Imaginez que nous lâchions le tout et que la poule reçoive le panier sur la
tête… Voilà, nous la noyons illico et c’est fini! Non, doucement… Le panier
arrive finalement à la surface de l’eau. Nous demandons alors à Pascal de nous
laisser faire pour qu’il ne se penche pas trop vers le bas pris de panique et
se retrouve lui aussi avec sa poule! Si la poule a du faire une drôle de chute
pendant 20 mètres à battre des ailes et en jacassant, lui aurait moins de
chance… Suite du sauvetage sans Pascal donc.
Jean-Philippe prend donc la corde entre ses mains pour commencer à
jouer à ce concours d’habileté. Faites le calcul. Avec la circonférence du puits
et cette profondeur, on ne bouge pas le panier aussi aisément. Samuel éclaire
donc du mieux possible. Jeu d’arcade à La Ronde ou épreuve à Fort Boyard, à
vous de choisir votre comparaison… Entretemps, nous voyons une petite masse qui
parcourt nerveusement la paroi du puits avec constance et esprit de survie.
« Ça y est, je l’ai! », dit Jean-Philippe. « Je la vois dans le
fond du panier! » Avec désolation, il se rend compte que ce n’est que la
dalle des maçons.
Le travail d’équipe se poursuit donc avec un peu de nervosité. Et dans
un mouvement d’entraide et de bravoure, maman tire sur la corde qui fait aller
le panier vers le béton, coinçant la poule! Jean-Philippe laisse immédiatement
couler le panier pour éviter d’écraser la poule avec le peu d’énergie qui lui
reste. Plus de mouvement, rien…
Finalement, Samuel lui dit de regarder à 6 heures. Oui, elle
n’a pas encore coulé, nous avons toujours une chance. Avec de la patience et
maman à l’écart, Jean-Philippe finit par remonter une masse plus grande que
celle dans le fond du panier au départ. Et là, maman se met à hisser le panier de
toutes ses forces et à vive allure. Pendant ce temps, Samuel éclaire et
Jean-Philippe empêche la corde de frapper contre les parois. « Oui, c’est
elle! », confirme Samuel. Jean-Philippe dit donc à Pascal de se préparer à
la prendre quand elle arrivera pour qu’elle ne saute pas à nouveau dans le fond.
Elle arrive. Pascal la prend et la met hors de danger. Mission accomplie! Ouf,
la poule est sauvée! La poule est sauvée!
Secourisme 101 : nous nous dépêchons de la mettre dans du
tissu pour qu’elle sèche et qu’elle se réchauffe. Les plumes mouillées, son
volume a réduit de presque moitié… Pendant ce temps, maman se bidonne de nous
voir tant nous démener pour une poule. Elle apprécie certainement notre touche
de sensibilité qu’elle n’a pas développée de la même manière que nous. Après
une vingtaine de minutes à la sécher et à la réchauffer, nous finissons par la
mettre sous la bassine de plastique, au milieu du coq et de sa consoeur
poulette. Ne reste plus qu’à espérer qu’elle passera la nuit maintenant…
Ce matin, si vous les voyiez! Les trois poules picoraient tout aussi
calmement que la veille. Personne ne pourrait se douter du drame qui s’est joué
la soirée précédente… Et même si c’est juste une poule, laissez-nous vous dire
que nous sommes maintenant plus attachés que jamais à ces bêtes!
Voilà donc une poule qui a manqué une occasion magnifique pour
mourir…
À la suite de vos
commentaires…
Malheureusement, la solution des chèques de voyage
n’en est pas une au Bénin. Honnêtement, nous n’en avons jamais fait
l’expérience, mais nous doutons que ce soit une pratique courante dans les
banques.
Cot, cot, cot!
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Sam et JP