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dimanche 16 octobre 2011

Le Bénin en 5 sens - Le gout du Bénin


Lorsqu’on arrive en pays nouveau, on perd tous nos repères. Dès le hublot de l’avion, en pleine altitude, les repères visuels se transforment; parfois le paysage est couvert d’eau, d’autres fois on survole les montagnes majestueuses ou les villes qui ressemblent à des maquettes de poupées. On atterrit et la porte s’ouvre sur un courant d’air qui nous entoure, laissant deviner le nouveau climat dans lequel on plonge. Puis, une fraction de seconde plus tard, c’est la première inspiration; le corps assimile de nouvelles odeurs dans lesquelles on évoluera. Petit à petit, on prend contact avec la langue du pays, l’activité des humains, le tumulte des routes qui nous mènent à notre premier lit en terre étrangère; les sons changent. Une fois arrivé, fatigué du vol, en nage, on ne pense plus qu’à une seule chose : manger!

Peut-être l’aurez-vous deviné, vous aurez droit ici au premier article d’une série de 5 sur les sens qui, nous l’espérons, vous feront vous aussi voyager en sol béninois.

Notre premier contact avec la nourriture s’est fait à l’image du pays : de façon imprévue et hospitalière. Nous étions en fin d’avant-midi, forts de 24 heures sans sommeil. Fred nous promenait déjà à travers le quartier alors que nous, nous ne pensions qu’à rentrer pour manger et dormir! C’est alors que nous rentrons chez Bibi (pour ceux de notre génération, non, il n’a pas les cheveux verts), un ami de Fred, où sa mère termine la préparation du repas. Alors que nous croyons faire une simple visite de courtoisie, en moins de deux, trois couverts sont déjà sur la table et Fred nous serre une grosse cuillerée de pâte nappée de sauce et de poisson. Bien sûr, le gargantuesque repas d’accueil de maman nous attendait aussi sur la table à la maison lors de notre retour, 30 minutes plus tard! Heureusement que nous nous étions exercés à étirer notre estomac en Tunisie pendant le ramadan!

Vous voici introduits à la base de toute l’alimentation béninoise. La pâte se décline à l’infini. Il n’y a pas un jour qui passe sans en avoir sur la table pour le souper. Il faut s’imaginer une polenta bien prise ou des pommes de terre en purée très épaisses. Elle est faite de maïs, de manioc ou d’igname et pour chacune de ces bases, il y a différentes façons de l’apprêter. Elle est multiculturelle; parfois blanche, parfois noire; fraiche ou fermentée; granuleuse ou gélatineuse. Par-dessus, on verse une sauce généralement à base de tomates, d’ognons, d’ail, de gingembre et de piments écrasés. Une seconde sauce en plus petite quantité est également présente pour agrémenter la pâte. Il s’agit de la sauce gluante. Elle est faite d’une plante nommée krin-krin qu’on fait bouillir longtemps. Le résultat est une sauce vert foncé au fort gout d’épinards. Mais la particularité de cette sauce, c’est que c’est plus la texture que le gout qui prime en bouche. Comment dire… Pour reprendre l’expression de Léopold, trésorier d’Anayi pour les kakis : « Ça glisse tout seul au fond de la gorge. »

Comme pièce de résistance, un morceau ou deux de poulet, de poisson ou les rares jours de chance du fromage, le seul que le Bénin produit. Le poulet est généralement frit ou très frit. Parfois, nous n’avons droit qu’à l’extrémité des ailes en surnombre ou à un morceau non identifiable du dos de l’animal. Le poisson peut être frit, très frit, fumé ou très fumé. Quand il est frit, il se conserve 3 jours à la température de la pièce, ce qui est bien pratique pour maman qui prépare à tous les jours. Le poisson fumé s’achète au marché, il est noirci, ne goute que la fumée et il est enroulé sur lui-même, queue à la bouche. Peu importe la méthode de cuisson, c’est tellement cuit à fond, que même les arrêtes deviennent comestibles, presque tendres. Le poisson nous est servi soit : enroulé sur lui-même, en entier, en morceau de tête, en morceau de tronc ou en morceau de queue. Bref, même si on mange du poisson presque tous les jours, il y a un brin de variété à chaque fois qu’on ouvre la casserole qui nous est désignée.

Si le souper est une constante quotidienne (pâte, sauce, krin-krin et viande), c’est au diner que nous avons notre excitation quotidienne : « Mais qu’est-ce que ce sera aujourd’hui? » Pour répondre à cette question, aujourd’hui, nous avions au fond de la marmite surprise des pâtes en forme de céréales Honey Comb et des penne avec des légumes, surmontées de pommes de terre frites avec un spounch de mayo et quelques tronçons de poisson. Pour ajouter aux féculents déjà présents, maman a ajouté une petite marmite de couscous aux légumes. En un midi, on a fait le tour de plus de la moitié des accompagnements possibles. À cette liste, il manquait le riz et les haricots. Mais le repas qui nous réjouit le plus, c’est le abobo. Ce sont des haricots blancs cuits à la manière des fèves au lard, mais assaisonnés à l’africaine. Pour les accompagner, on nappe le plat d’une sauce huileuse et tomatée. Pour compléter, on saupoudre de gari, une farine de manioc absorbante qui rappelle l’apparence du parmesan, sans en avoir le gout.

Le matin, maman nous offre souvent de la bouillie avec du pain, des beignets ou des pâtés. Servie chaude, la bouillie est faite à partir 1) de maïs, 2) de mil ou 3) de costarde. À la bouillie de mil, on peut incorporer des feuilles de laurier odorant qui sont si parfumées qu’elles relèguent aux oubliettes notre laurier traditionnel. Pour agrémenter la bouillie, on peut aussi lui ajouter une bonne rasade de Jago. Qu’est-ce que le Jago? C’est du lait concentré sucré fait de 46.1 % de sucre, de 16 % d’extrait sec dégraissé de lait et de 8 % minimum de matière grasse. Pour le reste du 100 %, l’histoire ne le dit pas… Rien à voir avec le lait Carnation. On dit d’ailleurs que, citation lettre pour lettre : « En ajoutant au contenu de cette boite une quantité d’eau égale à une fois et demie au contebtu de Jago cette boite vous obtenez une boisson de composition identique à un lait plus un apport de sucré. Emballé à Malaisie. » Vous remarquerez comme le soleil a l’air heureux sur la photo… Nous attendons vos commandes pour le retour!

Bien que nous ne savons pas ce que notre description a suscité en vous, sachez que maman prépare très bien la nourriture!

Gourmands de nature, nous apprécions également nous permettre quelques extras à l’extérieur de la maison. Lorsque nous voulons nous faire plaisir, nous nous rendons à la cafétéria Reine Élizabeth après le souper. Comme nous irions manger une crème glacée au Québec, nous commandons un lait caillé. Qu’est-ce que le lait caillé? Au début, le mot surprend! On s’imagine un lait suri avec des grumeaux. Ça ne vaudrait bien sûr pas le détour… La première fois qu’on mange un lait caillé, c’est toujours surprenant. D’abord, parce que c’est la nuit et que la lumière ne nous permet pas de voir correctement ce qu’on vient de nous servir. Ensuite, parce que le nom inspire la crainte. Mais pas le choix, pour le savoir, il faut prendre sa première cuillerée. Mais avant, on doit le recouvrir de glace concassée. Le premier gout reconnu est inévitablement la flaque de Jago mise sur le dessus. On comprend alors qu’il faut bien mélanger avant de poursuivre. Les morceaux de glace craquent sous les dents et on se délecte de ce dessert rafraichissant et rassasiant. À la fin de son premier lait caillé, Fred demande à Samuel : « Et puis Sam, ton premier lait caillé, c’était comment? » Et Samuel de répondre : « Ben au fond, si je comprends bien, c’est juste du yogourt? » Fred éclate de rire et réplique : « Nonnn! C’est du lait caillé! » Jean-Philippe, qui semblait avoir oublié que la base du lait caillé, c’est le yogourt, dit alors « Oui c’est du yogourt, mais avec du Jago et de la glace. Ça forme un tout en soi. Tu ne trouves pas? ».

Vous aurez compris que, avec le seul fromage fabriqué au Bénin, le Jago et la quasi-absence du yogourt, les produits laitiers sont très rares. Lorsqu’on a la chance d’en consommer, notre corps trouve ça ridiculement et démesurément bon! Nous sommes si excités qu’on en oublie que c’est certainement le seul fait que ce soit un produit laitier qui nous attire à ce point. Le soir, il y a toujours un moment où, comme un fumeur en manque, on pense à la possibilité d’aller prendre notre lait caillé.

Et pour finir le cœur en fête, on trinque à l’alcool local, le sodabi, fait à partir de noix de palme et terriblement décapant. Les gens qui en boivent régulièrement l’appellent affectueusement « l’eau béninoise ». D’eau, elle n’en a que le nom avec 45 % d’alcool! Difficile de décrire le gout ou la grimace qui suit une gorgée. Citons simplement la maxime béninoise : « Quand tu bois du sodabi, tu te sens homme! » Argggggh!

Sam et JP

P.S. Nous vous invitons chaleureusement à aller voir les photos des plats mis en lien en haut du blogue pour vous donner une meilleure idée. Nous attendons toujours vos commentaires avec grand plaisir.

1 commentaire:

  1. Ooohh!!! Votre galerie photo de bouffe est trop géniale. Ça me donne tellement faim, j'ai le goût des plats qui me viennent en bouche!!!

    Et pour commenter votre section "produits laitiers". Si vous êtes en manque de produits laitiers, n'oubliez pas le yaourt avec du mil. Si vous voyez une vendeuse qui en a dans des sachets, c'est dé-li-cieux, et ce, même si vous risquez de vous retrouver rapidement aux toilettes par la suite. Quant au Jago, on en a ici, c'est la même chose que du lait 'Eagle". Et je crois que vous n'êtes pas trop des buveurs de café tous les deux, mais un café au Bénin, c'est le 3/4 du verre qui a du Jago, yark!!!

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