Comment faire un commentaire?

Comment faire un commentaire sur notre blogue?

- Cliquez sur le titre de l'article que vous souhaitez commenter.
- Tout en bas, inscrivez votre commentaire dans la boîte de dialogue à cet effet.
- Sélectionnez dans le menu tout en bas l'option « Nom/URL »
- Inscrivez votre nom sous « Nom »
- « Continuer »
- « Publier un commentaire »
- Tapez le code de validation.

lundi 12 septembre 2011

Comment devenir quelqu'un au Bénin?

Rien de plus simple que devenir quelqu’un au Bénin, sans même en avoir la volonté! Voici le chemin que nous avons emprunté cette semaine afin d’y arriver malgré nous.

Premièrement, nous devons vous résumer ce qu’on prévoit faire lors de notre séjour, bien que ce sera surement le sujet d’un article complet éventuellement. À la base, JP vient faire ici sa collecte de données pour son mémoire de maitrise. Et nous disons bien «à la base» puisque la chance a quand même permis à JP de se joindre à un projet de la chaire de recherche de l’UQÀM pour laquelle il travaille depuis un an et qui est en mission au Bénin actuellement.

Sam, de son côté, se charge des liens avec Anayi pour la remise des kakis 2011 (Avez-vous visité notre site à ce sujet? kaki.revolublog.com) et travaille avec l’aide de JP sur la création de comités étudiants en environnement dans des écoles du secteur. Pour ce dernier projet, on veut qu’il puisse continuer après notre départ et pour cela, on a approché une ONG à qui on offre en quelque sorte un projet clé en main que l’ONG sera responsable de gérer par la suite.

Ici, les ONG prennent les sous qui viennent. Alors, leur mission est la plus large possible. Par exemple, ASEP, l’ONG en cause ici, intervient dans les domaines suivants : social, environnemental, éducation, santé, agriculture, appui technique et financier; bref, tout et n’importe quoi. Dans les faits, l’ONG se concentre présentement sur la formation informatique des jeunes et la collecte des ordures.

Ce samedi, Dieu Donné, le président d’ASEP, nous invite à une cérémonie à laquelle il doit assister. N’arrivant pas à refuser, nous sommes devant la rue à 9 h pour attendre Dieu Donné qui doit venir nous chercher en moto. S’il y a quelque chose de certain ici, c’est que l’heure annoncée n’est pas l’heure réelle. 45 minutes plus tard, après nous être un peu énervés à faire le piquet pour rien comme tous ceux qui sont à l’heure et qui détestent attendre après les autres, Dieu Donné se pointe. Même s’il est maintenant interdit d’être plus de 2 sur une moto, il nous invite à monter en signifiant que la cérémonie n’est pas loin. C’est un fait, on découvre que les chaises, la scène extérieure prenant la moitié de la rue de terre battue rouge et le DJ sont à deux coins de rue de chez Fred! On n’aurait pas pu nous le dire avant? Ça prenait 90 secondes à pied pour 2700 secondes d’attente!

C’est seulement arrivé sur les lieux qu’on découvre que la cérémonie sera une remise de diplômes d’une ONG semblable à ASEP qui a donné des cours d’été en informatique à une trentaine de jeunes. Bien entendu, nous sommes les seuls Blancs en présence et une petite fille se scotche à notre main pendant que nous nous faisons présenter au président de l’ONG hôte qui se presse de s’assurer de notre entier confort.

La cérémonie était prévue pour 9 heures. Plus d’une centaine de parents et amis sont maintenant assis sous l’immense bâche faisant face à la scène. Il est 10 heures et, sur la scène, deux dames s’affairent à installer des banderoles bouffantes de tissus colorés devant la table d’honneur.

Pique un coin, défait le coin, repique le coin, étire le tissu, place le tissu, pique l’autre coin, replace le tissu, défait le coin, recommence le pli, repique le coin, pique le deuxième tissu, défait le premier, repique mieux le chevauchement des deux tissus, place le deuxième tissu, pique le coin, défait la jonction, recentre la jonction, repique la jonction… vous voyez le genre. Il est 10 h 45 quand l’animateur monte sur scène pour saluer tout le monde. Les dames ont fini d’installer leur banderole bouffante, mais s’affairent maintenant à installer des choux géants aux coins de la table et à la jonction des deux tissus. L’animateur sort de scène et on attend encore. HORREUR! Les dames sont en train de COUDRE les choux sur le tissu! L’opération prendra encore 15 minutes.

Il est 11 heures. Avec 2 heures de retard, la cérémonie peut commencer. L’animateur remonte sur scène avec son micro dans lequel il y a tellement d’écho qu’on se croirait dans les Alpes suisses. «Nous aimerions souligner la présence parmi nous de gens très importants.» JP murmure : «Non!» L’animateur poursuit : «Il s’agit des membres de l’ONG ASEP.» JP renchérit : «Regarde bien ça s’ils ne vont pas…» L’animateur conclut : «Et nous les invitons à monter sur scène pour s’installer parmi les membres honoraires de la table d’honneur.» Comment passer incognito quand on est Yovo? Impossible! Et le comble; nous sommes devenus malgré nous des membres en règle de l’ONG ASEP! Comment nous sommes-nous levés de nos chaises pour monter sur la scène? Je n’en ai aucun souvenir autre qu’un sourire artificiel que nous nous sommes échangés et cette horrible pensée qui me traverse l’esprit : «Ça y est, on est pris icitte jusqu’à la fin! Plus moyen de s’éclipser en catimini.» Et vu l’empressement qu’on a eu pour amorcer la cérémonie, nous ne souhaitons même pas imaginer le temps que durera la remise des diplômes elle-même.

L’animateur poursuit : «Nous allons commencer cette cérémonie par une prière, puisque nous ne pouvons RIEN sans la prière.» Le prêtre monte sur la scène, l’assemblée se lève et la prière commence à la manière des preachers protestants, mais en langue gon. Le prêtre dit une phrase, la foule répond «Amin» (Amen), le prêtre dit une moitié de phrase, la foule répond «Amin», le prêtre dit à la fin de la phrase suivante «Jésus Christ», la foule répond «AAAAmin».

Le reste de la cérémonie se déroulera en majorité en Gon, ce qui fait que nous sommes bel et bien retranchés à notre unique rôle de potiche blanche. Pour la première fois de ma vie, je compatis avec la reine d’Angleterre, qui, pour ainsi dire, n’a fait que ça de sa vie. Les récipiendaires arrivent un par un devant la scène. Ils ont tous fait coudre un habit dans le même tissu et les filles ont de véritables pièces montées sur la tête.

Bien sûr, au cours de la cérémonie, il faudra se lever, prendre le micro et se présenter comme étant de l’ONG ASEP. «Bonjour, je m’appelle Ayotte-Beaudet Jean-Philippe de l’ONG ASEP.» «Bonjour, je m’appelle Pignedoli Samuel, également de l’ONG ASEP!» Nous avons l’air sincères! Applaudissements d’info-pub. Puis, vient la minute artistique offerte par un chanteur nébuleux. L’animateur demande à l’assemblée : «Connaissez-vous le chanteur D.J. Z ?». UNE personne crie «Oui!» L’animateur se fait murmurer quelque chose à l’oreille : «Ah il n’est pas encore arrivé? … Eh bien il sera avec nous un peu plus tard. Pour l’instant, passons à une présentation théâtrale.» Bien entendu, même D.J. Z adopte le rythme béninois et il se fait attendre. Après le sketch comique en Gon, on a donc finalement eu droit à D.J Z qui fait des «back vocal» en Gon par-dessus sa propre chanson à laquelle on a négligé d’enlever la piste vocale. Quel divertissement!

Ensuite, c’est la minute info-pub. Le formateur informatique déambule à travers ses élèves en voulant démontrer aux parents à quel point leurs enfants ont appris. «Qui peut me dire quels sont les apprentissages généraux que nous avons faits?» Une récipiendaire se lève : «Nous avons appris le Microsoft Windows, le Microsoft Word, le Microsoft Excel, etcétéra, etcétéra.» Applaudissements d’info-pub galvanisés. «Qui peut me dire comment faire un raccourci sur le bureau» Réponse : «Pour faire un raccourci sur le bureau, il faut faire le clic droit et sélectionner la fonction créer un raccourci sur le bureau et nommer le dossier.» Applaudissements d’info-pub déchainés.

Encore après le discours du président de l’ONG… en Gon, on annonce enfin la remise des diplômes. Enfin! Nous avons l’innocence dans l’âme de croire à une distribution en règle, rapide et efficace. Que d’illusions! Les récipiendaires sont appelés à l’avant un à la fois et se font remettre un panier. Puis, le diplômé fait le figurant en avant jusqu’à ce que les amis et la famille de l’étudiant viennent suffisamment remplir le panier avec de l’argent qui sera remis pour la pérennité de l’ONG. Après l’info-pub, les animateurs se sont transformés en directeurs d’encan… en Gon. Nous ressentions le malaise des étudiants sans famille ou trop pauvres pour recevoir assez de dons pour remplir convenablement leur panier devant tous. Nous trouvons ça bien impitoyable comme tradition. Ainsi sont les choses… Quand on juge que le panier est suffisamment plein, on remet le diplôme. Comptons, sans exagération de style, 5 minutes par récipiendaire. Rappelons qu’il y en a une trentaine! Bien sûr, il aurait été trop facile de mettre les diplômes dans l’ordre alphabétique sur la pile. Et pour une raison obscure, personne n’a jamais pensé à chercher le diplôme durant les quelques minutes de dime qui précèdent chaque remise. Maintenant que l’étudiant est prêt sur scène pour recevoir son dû, personne ne comprend pourquoi le diplôme n’est pas magiquement apparu et tous se précipitent frénétiquement pour le trouver dans la pile. Ainsi sont les choses…

Le premier certificat est remis par le président qui parle… en Gon. Lors de la deuxième remise, le président se tourne sans préavis vers Sam alors que le diplômé cherche des yeux son dû. «C’est maintenant à vous de remettre le diplôme. C’est facile il n’y a qu’à dire comme j’ai dit.» «Mais je ne parle pas Gon, j’ai pas compris ce que vous avez…» Trop tard. On pousse déjà Sam dans le dos. C’est le temps d’improviser! Devant le garçon récipiendaire, ce sont donc les formules d’usage «Il me fait plaisir de remettre…» et «… afin de souligner son travail exemplaire.» qui viennent en aide. C’est suivi de quatre contacts avec les tempes de l’autre, à la manière des becs sur les joues. Mission accomplie sans bavure!

Évidemment, quelques récipiendaires plus tard, c’est au tour de JP. Bien sûr il a un peu plus le temps pour préparer son mot de félicitations et lorsqu’il est devant la diplômée, il s’exprime parfaitement. C’est le temps des 4 coups de tempe. Seulement, la fille semble vouloir se sauver en omettant cette étape et JP démontre un tantinet trop de volonté à donner ses becs de front pendant un court instant. Cela a donc pour effet de faire hésiter les deux sur le podium, d’engendrer les taquineries des élèves dirigées vers la timide jeune fille et de déclencher le rire général de la foule, comme si Éric Savail animait à TVA. Hilarant! On apprendra plus tard que les becs de front ne se donnent généralement qu’entre garçons. Entre filles et en couple mixte, ce sont les becs sur les joues qui sont la norme.

Après que nous ayons remis nos diplômes, Dieu Donné a l’excellente idée de signifier au président que nous allons quitter la cérémonie bientôt. Alléluia! Cependant, vous vous doutez qu’un départ incognito sera difficile. En effet, lorsqu’on se lève en plein milieu de la cérémonie pour descendre par l’escalier central de la scène entre les deux animateurs qui animaient toujours, on entend des gens échanger dans l’assistance... en Gon en insérant le mot «Yovo» dans leur discours. On imagine qu’il disent : «Regarde, Yovos s’en vont.»

C’est ainsi que nous avons quitté la cérémonie à 13 h, après huit remises de diplômes sur les trente. Et imaginez, ce n’était que pour un cours d’été d’un mois ou deux! Disons en terminant que ceci n’est pas un cas isolé. Difficile parfois pour un occidental qui a l’habitude d’un agenda bien calculé… Chose certaine, vous n’aurez pas fini d’entendre des anecdotes sur le rythme de vie béninois, on vous le garantit!

Finalement, à notre question de départ «Comment devenir quelqu’un au Bénin?». Répondons tout simplement et dérisoirement : «Soyez Blanc!» Nous espérons que cette tranche de vie vous ait amusée parce que nous, en y repensant, on ne peut faire autrement que d’en rire.

À très bientôt!

Jean-Philippe et Samuel

À la suite de vos commentaires…
Vous avez bien vu précédemment, nous avons deux numéros de cellulaire chacun. C’est qu’ici, multiplier les compagnies signifient économiser. Il est normal de voir des gens ici posséder plus d’une carte SIM qu’on change au besoin selon le réseau que possède la personne à rejoindre. En plus, quand quelqu’un qu’on ne connait pas vraiment nous demande notre numéro pour jouer au pot de colle, nous sommes alors libre de lui donner le numéro que nous utilisons le moins… Diabolique, mais pas bête!

Donc pour les intéressés, pour nous appeler du Canada, il faut composer les numéros suivants:

Samuel : 00 229 64 88 03 07 [Moov] ou 00 229 66 46 71 71 [MTN]
Jean-Philippe : 00 229 64 88 03 09 [Moov] ou 00 229 66 46 72 72 [MTN]

Le 00 sert à sortir du Canada, le 229 est le code du Bénin (comme le 1 l'est pour l'Amérique du nord) et le reste est notre numéro personnel au Bénin.

5 commentaires:

  1. Salut à vous deux,

    Les histoires et les textes empreints de la saveur du moment sont savoureux. Pour ce qui est de compatir avec la reine, j'imagine qu'on peut y ajouter également les véritables pièces montées sur la tête :-))

    J'ose espérer que vous pourrez bientôt vous adapter à leur rythme, surtout Sam qui le vit depuis peu pour la première fois. Sinon, j'ai d'autant plus hâte à lire les réactions de Sam avec ses métaphores qui me font rire comme ça ne se peut pas. C'est du bonbon comme on dit :-))

    Je pense souvent à vous, avec ou sans texte !

    Gros becs !

    Louise XX

    RépondreSupprimer
  2. Salut à vous deux me voilà.... avec un peu de retard certes, mais me voilà. J'adore vos articles surtout «Après deux bières...» de Sam. (C'est la littéraire qui parle). Et comme ça vous êtes des autorités au Bénin.Ben Bravo et bienvenus en Afrique!!!!

    RépondreSupprimer
  3. Karina a mis le lien de votre blog dans le T'as eu l'info et je me suis permise donc de lire la séquence tordante (et bien écrite) du traquenard de la remise des diplômes. Quel moment d'évasion!!! MERCI les gars, vous m'avez fait bien rire toute seule devant mon ordi à la TOHU ;)

    Profitez en bien!!!!

    Hélène

    RépondreSupprimer
  4. salut les gars,je viens tout juste de m'imprimer votre récit complet car j'aimais bien vous lire séparémment dans le temps. Jf et moi espérons que tout va pour le mieux! J'ai déjà hâte de vous revoir. Prenez soin de vous! Je continuerai de vous lire et profitez du bon temps mes chanceux!!!! -xoxo-

    RépondreSupprimer
  5. C'est trop drôle cette remise des diplômes! Moi qui ne pouvait plus attendre à une simple remise de bourse uqamienne, j'ose même pas imaginer comment vous avez du trouver ça long!!!

    Vous écrivez merveilleusement bien les gars (qui écrit au fait?)

    À bientôt
    Charlotte... qui vous lit en retard, mais qui vous lit!

    RépondreSupprimer

Nous vous lisons avec autant d'intérêt que vous! Écrivez-nous...