Samuel : Après 2 bières…
Après deux bières, je réalise mieux que je viens d’arriver en Afrique subsaharienne.
Après deux bières, j’en viens à oublier notre arrivée aux douanes béninoises. Après être descendus de l’avion sur le tarmac, nous sommes montés dans l’autobus qui nous a mené à peine cent mètres plus loin, dans la minuscule aérogare. Après avoir récupéré nos bagages sur le tapis roulant grinçant, je me mets à penser à ces voyageurs qui trainent leur sac à dos avec l’étiquette de la compagnie aérienne pendant des semaines. Comme j’ai toujours trouvé ça ridicule, j’ai une pulsion et j’arrache tout de suite nos étiquettes. Jean-Philippe qui me rejoint me demande ce que je fais. «J’arrache les étiquettes. Ça m’énerve trainer ça pendant des semaines.» C’est en m’approchant de la sortie que je réalise que ce n’était peut-être pas une bonne idée. Plus précisément quand j’aperçois le douanier qui vérifie si nos étiquettes de bagages concordent aveCXnes collants apposés sur notre carte d’embarquement. Oups! En plus il faut dire que je n’ai jamais eu en ma possession ce collant sur ma carte d’embarquement à la suite à d’une employée incompétente à l’aéroport de Tunis qui a peut-être un jour travaillé pour Air France. Ce qui n’aide pas mon explication, c’est que Jean-Philippe, lui, a ses collants d’enregistrement de bagages pour une raison que je ne m’explique pas encore… « Pourquoi avez-vous arraché les collants? » « Ben parce que je ne pensais pas qu’il fallait les garder. Je les ai ici dans mes mains » « Vous savez que c’est le règlement de les garder? Normalement quand le règlement n’est pas respecté, il faut payer une amende de 20 euros. Vous savez ça? » Je fonds. Je vois bien le gros douanier corrompu derrière ce type, mais je ne sais pas quoi lui répondre. Heureusement, JP arrive à la rescousse : « Très bien, alors montrez-nous la règlementation. Montrez-nous où c’est écrit et nous allons payer. » Sans trop d’autres échanges, le douanier nous fait un signe de la tête qui nous prie de dégager.
Après deux bières, j’en viens à accorder moins d’importance à notre première rencontre avec la police béninoise. Bien sûr pour venir nous chercher à Cotonou, il n’y a pas que Fred, l’ami de JP. Ils sont quatre à être venus en comptant le chauffeur de taxi. Nous nous entassons six dans la voiture quatre portes. Notre chemin faisant vers Porto Novo, nou*croisons un policier à moto. Dès qu’il apercevra les 2 blancs que nous sommes, il flairera la bonne affaire et nous pourchassera avec 2 de ses collèges policiers dont un porte une cagoule trouée aux yeux et à la bouche… Contrôle général, dans le but de trouver quelque chose à nous reprocher avant la fin de leur quart de travail. Après 23 heures sans réel sommeil et deux avions dans le corps, JP et moi avons les nerfs à vif. Tout le monde sort de la voiture. Contrôle des papiers. Fulbert n’a pas les siens. On ouvre le coffre arrière contenant tous nos bagages. « Fouille générale! » et par-dessus le marché il nous dit qu’il ne vaut pas se fatiguer à fouiller lui-même, alors ce sera à nous d’étaler nos propres bagages. JP, à bout de nerfs, nous tire encore d’affaire : « Nous venons d’arriver de l’aéroport, c’est ma deuxième fois au Bénin et c’est la première fois que j’ai des problèmes avec la police. Qu’est-ce que vous cherchez dans nos bagages? Qu’avez-vous à nous reprocher? » La police nous dit de nous calmer que ce n’est pas parce qu’on est étranger qu’elle nous a arrêtés. Mensonge! Nous savons bien que peu importe l’argent qu’ils demanderont à n’importe qui pour n’importe quelle infraction, nous serons là pour rembourser la note derrière! C’est ce qui se passe en effet, Fulbert droit graisser la patte du policier parce qu’il n’avait pas de pièce d’identité sur lui et comme tous s’étaient généreusement déplacés pour notre arrivée, il va sans dire que nous n’avons pas hésité à le compenser. Bienvenue en Afrique, Sam!
Après deux bières, je gère mieux ce choc culturel dans lequel j’ai été plongé dès la première heure et que je dois assumer seul, Jean-Philippe éta : retourné dans ses repères. Le rythme lent de la vie quotidienne, la frénésie des motos qui filent à toute allure sur les rues goudronnées, la pauvreté extrême, les jeunes enfants qui crient « Yovos » (les Blancs) en nous pointant du doigt, les coupures d’eau, d’électricité et d’Internet, je les ai déjà toutes vécues.
Hier j’ai donc puisé mon eau pour activer la chasse d’eau de la toilette. Imaginez-vous? C’est à 26 ans que j’ai expérimenté pour la première fois la résistance offerte par un seau rempli d’eau qu’on tire avec une poulie à l’extérieur d’un trou profond dans un coin de la cour!
Après deux bières, après deux bières… Nous les avons prises à la fin de notre première journée ces fameuses deux bières, accompagnés de Fred de sa sœur Bernice et de plusieurs de ses amis, dans un bar qui s’appelle Abidjan VIP et où on ne sert des bouteilles de bière que deux ou quatre à la fois! Quelle libération de revenir à nos habitudes éthyliques nord occidentales! On vous mentirait si on vous disait qu’on s’ennuie du minuscule verre de café ou de thé siroté toute une soirée de temps en Tunisie sous prétexte que l’alcool n’est pas bon pour la santé. Surtout lorsqu’on vous dit ça avec une cigarette au bec!
L’alcool a cette faculté incroyable de banaliser vos angoisses les plus viscérales, surtout lorsque ça fait un bout que vous êtes restés sans boire. Après ces deux verres de bière, j’ai alors observé les gens autour de notre table. J’ai pensé à la maman et à la grand-maman de Fred qui ont le souci de bien nous accueillir. J’ai pensé à l’adorable neveu de Fred, Pascal, qui a le plus beau sourire du monde. J’ai observé le plaisir de vivre de ces gens simples. J’ai regardé ces dames qui préparent à manger dans la rue pour les passants. J’ai observé ces sourires et ces rires fusant de partout. J’ai miré la générosité immense de ces gens simples. J’ai compris la fierté qui les alimentait. Après avoir fait ce constat extralucide, bref, après deux bières, j’ai réalisé que je n’avais pas à être effrayé de ce Nouveau Monde, que je ne pouvais pas me plaindre d’y être confronté et que j’allais passer un séjour mémorable en compagnie de gens formidables.
Bienvenue en Afrique, Sam!
Jean-Philippe : Retrouver la richesse du sud
Une des premières choses dont je me suis rappelé lorsque je suis arrivé au Bénin, c’est ce que la majorité de mes élèves du complexe scolaire Noukpo en 2009 m’avaient répondu lorsque je leur ai demandé ce qu’ils souhaitaient faire plus tard comme boulot : douanier ou gendarme. Je vous raconte pourquoi… Dès que nous enlevons nos bagages du tapis roulant à l’aéroport, Samuel s’empresse d’enlever les étiquettes de destination de la compagnie aérienne. Vous savez, ces étiquettes que les douaniers vérifient pour savoir si vous avez réellement récupéré vos propres bagages. Le douanier n’a pas manqué de relever cette faute! Après nous avoir sermonnés, il nous dit que cette infraction nous vaut une amende de 20 €. Selon lui, tout le monde sait qu’il ne faut pas enlever l’étiquette de bagage, sous peine d’amende. Et là il nous dit : « Comment on fait maintenant? » Doutant avec certitude (désolé pour ce pléonasme) de la bonne foi de notre douanier, je lui demande de me montrer à quel endroit on peut lire cette règle? Et j’insiste pour la voir avant de discuter davantage. Se voyant probablement déjoué, le douanier a changé de sujet et nous a laissé traverser peu de temps après. Et je me dis, voilà à quoi sert un peu l’expérience de connaitre déjà l’Afrique.
Je vous ai aussi dit que mes élèves voulaient être gendarmes… Lorsque nous avons pris la route avec nos bagages dans la voiture, nous avons croisé un policier dans la rue. Celui-ci nous regarda, sans plus. Deux minutes plus tard, il est à nos trousses et nous demande de tous débarquer du véhicule. Selon lui, nous n’avons pas obtempéré à son ordre d’arrêter pour un contrôle routier. Foutaise, nous étions six et personne n’a compris que nous devions nous immobiliser. Je sais déjà, son seul but sera de trouver une faille pour nous arracher un peu d’argent avant le lever du soleil. Nos quatre Béninois chargés de notre accueil (mes amis Fred et Fulbert, Issa l’ami de Fred et le chauffeur) se mettent donc à discuter fermement avec eux, tout en demeurant polis et flatteurs dans leurs propos. Les policiers demandent alors d’ouvrir la valise, où tous nos bagages y sont. Même si le policier tente de nous rassurer, il voit que je suis bouillant. Je lui dis alors « Je suis déjà venu trois mois ici et je n’ai jamais eu de problème. Là, je débarque de l’avion avec une personne qui met les pieds ici pour la première fois et voyez ce qu’il a comme image. » Il tente de me calmer. Je demeure poli, mais ferme! « Allez, je vais tout ouvrir et vérifiez ce que vous voulez vérifier, je n’ai rien à cacher… » Sauf mon Mac! Constatant que je m’énerve un peu, il me dit qu’il n’a rien contre les étrangers. Il me demande de ne pas ouvrir mes valises et il se retranche alors sur les Béninois. Le véhicule est en règle et le chauffeur aussi. Que faire donc pour nous arracher quelques francs CFA? Malheureusement, Fulbert n’avait pas de pièce d’identité. Voilà donc une excellente occasion de lui demander 5000 FCAF (12 $).
Le jour s’est levé et plus personne ne nous a embêtés sur la route par la suite. Car c’est la nuit qu’il faut se méfier sur la route. Bienvenue en Afrique à Samuel! Première leçon de corruption. Mais rassurez-vous, je n’ai jamais vécu cela en trois mois il y a deux ans. Nous étions seulement vulnérables à la sortie de l’aéroport… En évitant les douaniers et les gendarmes la nuit, tout ira bien!
Dès que j’ai posé le pied à Porto Novo, j’ai eu l’impression de ne jamais avoir quitté cette ville. On s’amusait à me demander les indications pour le chemin et je leur répondais correctement, à leur grande surprise! Je retrouve les vendeurs de tout ce qui peut se vendre sur la route (gomme, papiers mouchoirs, pâtisseries, horloge, cartes d’appel, etc.), les motocyclettes plein les rues, les voies goudronnées et les petites rues de terre battue rouge, les odeurs de la nourriture des bonnes dames qui vendent sur la route, les femmes et les enfants qui vendent en se promenant avec toute leur marchandise sur leur tête et bien sûr, les enfants qui me crient avec joie et sourire ou avec gêne et curiosité « Yovo, Yovo! » (le Blanc) dès que je passe.
Je retrouve aussi plein de gens avec bonheur, comme la famille de Fred, soit sa mère, sa grand-mère, sa sœur Bernice, son neveu Pascal, son frère Ahmed, Reine la mère de Pascal et aussi des amis comme Fulbert. Je ne perds pas de temps avant de faire la distribution des cadeaux. Ici, c’est comme cela, il faut rapporter un cadeau aux gens que l’on considère lorsqu’on voyage. Il fallait justement voir mon amie sénégalaise Coumba retourner chez elle cet été à Dakar avec deux valises remplies de cadeaux en départ du Québec. Heureusement, tous ont quelque chose se satisfaire. Et Reine qui est arrivée plus tard m’a rapidement demandé « Qu’est-ce que tu m’as rapporté de là-bas? » Il ne faut pas en faire une affaire personnelle, ici, c’est comme cela! Chez nous, on ne le demande pas, mais on espère toujours au fond de nous que l’autre a pensé à nous à l’étranger… Nous ne vous oublierons donc pas!
Il faut aussi dire que depuis notre arrivée, il y a eu coupure d’eau pendant 24 heures. Quand on a envie d’aller à la toilette, il faut donc prévoir le coup et s’assurer que le seau d’eau est plein, ce qui était le cas pour moi. Le seul problème, c’est que mon premier seau d’eau n’a pas suffit… Me dépêchant donc avant que quelqu’un aille à la salle de bain avant mon retour du puits, je m’affaire à aller puiser de l’eau dans la cour. Deuxième fois, et encore raté pour évacuer le contenu de la toilette! Je retourne donc puiser de l’eau pour une deuxième fois et je demande à Fred de m’aider cette fois. Ne voulant pas gaspiller l’eau, je la versais trop doucement. J’ai alors compris qu’il fallait agir rapidement pour créer un effet siphon redoutable pour évacuer le tout. J’ai donc appris avec humilité, en me promettant de bien appliquer la technique dorénavant.
La famille de Fred nous a aussi accueillis si gentiment. Notre chambre était toute prête, même si elle est temporaire en attendant la fin des travaux en cours. Nous avons pris nos aises très rapidement et il n’y a pas de gêne. De toute manière au Bénin, il y a toujours des gens qui arrivent et partent de la maison toute la journée. De la famille, des amis, des voisins. Il y a toujours quelqu’un à saluer, comme Fulbert qui s’est arrêté deux minutes pour nous dire bonjour avant de repartir alors que je vous écris.
Je reviens donc au Bénin avec cette réflexion qui ne cesse de m’habiter. Les pays du nord sont effectivement les plus riches, si on prend l’argent comme critère. Cependant, si on considère les relations humaines comme critère numéro un, les pays du sud deviennent alors les pays les plus riches! Car la solitude ici, on ne connait pas. Peut-être existe-t-elle sous d’autres formes, mais les gens ne vivent pas isolés les uns des autres comme certains d’entre nous.
C’est donc ce Bénin avec ses qualités et ses défauts que je retrouve avec bonheur. Chose certaine, les quatre mois passeront rapidement et nous ne manquerons certainement pas d’histoires à partager avec vous!
Jean-Philippe xxx
À la suite de vos commentaires...
Concernant les demandes de publications de vidéos, encore faut-il être en mesure de télécharger les photos et même les textes avec la connexion disponible ici!
OMG Samuel, j'ai eu l'impression pendant un moment que tu étais rendu a ta 8ième bières! mais j'ai compris que ce n'était que le fil de ta pensé qui se poursuivait... je pense que vous aurez tellement a écrire que ça en sera épuisant pour ne rien oublier de votre aventure Béninoise...
RépondreSupprimerJean-Philippe, comment c'était les retrouvailles avec Fred et la famille? Je suis certain que tu en a plus a dire la dessus que ce que tu as écris...
Je pense sérieusement que je me met au travail pour aller vous rejoindre ... je vais commencer a regarder les option demain avec G... ça fait tu du sens JP?
A bientôt,
Papa
xxx
Samuel: T'es vraiment hot si t'es capable de boire plus que 2 Béninoises sans avoir envie de vomir. Tu commences ton expérience à la dure avec les douaniers et gendarmes, tu vas donc être bon pour négocier en force dans 4 mois.
RépondreSupprimerJP: La nuit, le danger c'est pas la police et les gendarmes, c'est les Zangbeto. Votre chambre est en construction, j'aimerais savoir dans combien de mois elle sera prête. Et enfin: Quoi??? T'as déjà le flux???