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mercredi 28 septembre 2011

Comment se divertir au Bénin? – 2 de 2 – De la bière!


Voici la suite de notre chronique sur le divertissement en terre béninoise. Vous êtes prêts? C’est parti!

Autre source de divertissement : la bière. Et le divertissement ne se résume pas toujours à la boire. L’autre jour, la famille se préparait à recevoir en visite le grand-frère de maman (notre maman béninoise bien entendu) qui n’était pas revenu au Bénin depuis 3 ans. Pour l’occasion, maman a donné au petit Pascal la tâche d’aller chercher des bières et des sucreries. Ici, le mot sucrerie est désigné pour parler de boissons gazeuses. Tout heureux de pouvoir aider, Sam accompagne Pascal avec l’idée de transporter les bouteilles au retour. Nous arrivons au magasin. C’est une petite case de béton reliée à la maison principale et le devant du commerce est entièrement grillagé, si bien qu’on ne peut jamais entrer dans le magasin. Les barreaux protègent le vendeur contre le vol à l’étalage. Ici, on désigne du doigt l’article que l’on veut acheter et on vous le glisse entre les barres. Pascal frappe la grille de manière saccadée et rapide avec une pièce de monnaie pour appeler la commerçante. Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic! Il parle en Gon. On lui écrit le prix des bières et des sucreries sur un bout de papier. Pascal le prend et s’en retourne à la maison… sans bière. On comprendra vite que maman veut valider le prix avant de remettre l’argent précis à Pascal. Maman prend donc connaissance du papier et, 15 minutes plus tard, nous voilà repartis avec une commande claire : 6 bières Castel et 6 sucreries. Super! Étrangement, Sam remarque que Pascal ne prend pas le chemin du magasin. « Non. On va chez grand-maman en premier. » Grand-maman se trouve à être la grand-tante, mais peu importe, qu’allons-nous y faire? En arrivant chez grand-maman, nous la saluons et nous entrons dans une petite pièce où s’amoncèlent des caisses et des caisses de bouteilles vides. Il doit y en avoir 60, sans exagérer. Pourquoi grand-maman possède toutes ces caisses? L’histoire ne le dit pas. Tout ce que l’histoire dit c’est que Pascal somme Samuel de chercher une caisse de bouteilles de sucreries vides et une caisse de bouteilles de Castel vides. Comprenons que la bière, ici, c’est donnant-donnant. Si tu veux ta bière au prix annoncé, ramène un nombre équivalent de bouteilles DE LA MÊME SORTE! Chez grand-maman, on ne trouve que des bouteilles de Béninoise et de 33, mais pas de Castel. « Pascal les bouteilles de 33 sont de la même forme et de la même couleur, ça ne peut pas faire? » Bien sûr que non! Et c’est un Yovo tout découragé que vous pouvez imaginer en train de descendre une à une les 60 caisses empilées, sous l’œil vigilant de grand-maman, pour trouver enfin la caisse miraculeuse remplie de bouteilles de Castel. Yééééé! Mme Croteau de Fabreville ayant trouvé l’œuf avec le gros lot à la poule aux œufs d’or n’a qu’à aller se rhabiller! Hop! Avec 6 bouteilles vides dans le sac et 2 kilos de poussière dans la face de Sam qui a empilé à nouveau les caisses crasseuses l’une sur l’autre, c’est reparti vers le magasin. Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic! C’est avec fierté que nous remettons nos bouteilles vides à la vendeuse. Elle remplit le sac de bouteilles pleines et s’apprête à ouvrir la grille pour remettre le tout quand sa petite fille qui s’occupe des bouteilles vides la stoppe. Une de bouteilles de Castel est brisée à la base. En bon français, on dirait qu’elle est chipée. Trois fois rien, mais encore trop pour un marchand qui sait qu’en Afrique, toutes les failles peuvent cacher un prétexte à ne pas être payé ou remboursé. On retourne chez grand-maman… sans bière. C’est là que Sam a un doute : « Est-ce que j’ai pris soin de remettre la caisse de Castel sur le dessus d’une pile? » La bonne réponse : « Non! » 1 kilo de poussière plus tard, nous voilà en possession de la plus belle bouteille vide de Castel qu’il eût été possible de connaitre sur cette terre. Et Pascal, dans un élan de joie de garçon de 9 ans, commence à s’amuser – « est-ce que j’ai bien vu? » – à la lancer dans les airs! Hiiiiiiii! Poussée d’adrénaline; sueurs froides; arrêt cardiaque. La situation est maitrisée et c’est dans les mains de Sam que la bouteille termine son voyage vers le magasin. Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic!  C’est encore nous! Et c’est ainsi qu’on peut ici prendre une heure et demie à aller chercher 6 bouteilles de bière et 6 bouteilles de sucreries au magasin du coin. Où réside le plaisir? Dans le fait de raconter l’histoire bien entendu.

Normalement, cependant, nous sortons pour aller prendre une bière. Fred nous amène en effet dans les buvettes les plus branchées de la ville, où il est connu de tous. Le bar béninois en général est un lieu très particulier. Ici, le DJ a préséance sur la musique. C’est-à-dire que, quand bon lui semble, il se donne le droit de couper le son au milieu d’un morceau pour commenter ce qu’il voit aux tables ou pour inviter les gens à danser. Puis, il remet le son.

Ce soir là très particulier, nous mettons à peine les pieds dans la bâtisse que le DJ coupe le son : « Et voici Raïmi (le premier nom de Fred) qui nous arrive… » La musique revient. Seconde coupure : « … accompagné de ses Yovos. Bienvenue les Yovos! » Le son est remis. Pour l’entrée en discrétion on repassera! Tous les yeux sont désormais braqués sur nous. Nous nous assoyons à l’extrémité d’une longue table où les gens sirotent leur bière. Nous commandons des Castel. La serveuse revient vite avec un panier de plastique à poignée contenant nos bouteilles. Elle les dépose sur la table et repart. Au Bénin, il semble y avoir une pénurie de décapsuleurs, tant et si bien que souvent, on se retrouve devant une série de bouteilles à décapsuler sans pour autant se faire offrir l’outil en question. Pas de problème, nos amis béninois ont développé une série de trucs pour décapsuler sur le pouce. Nous en avons compté 6 à ce jour, dont les trois premières sont maintenant maitrisées par Jean-Philippe.
1- Faire levier avec une bouteille encore capsulée
2- Plus difficile, faire levier avec une bouteille déjà décapsulée
3- Assouplir les dents de la capsule en la tournant sur le goulot d’une autre bouteille
4- Appuyer la capsule sur une autre bouteille capsulée et donner un coup sec sur la table
5- Prendre une vieille capsule à l’envers dans ses mains et s’en servir comme crochet
6- Au gros pire, utiliser les dents (malgré nos éloquents désaccords)

C’est connu, les Africains adorent danser. Les Africains dansent comme des dieux. Et surtout les garçons. Pour eux, la virilité est directement proportionnelle à la ferveur de leurs pas de danse. Ici donc, on ne parle pas beaucoup en prenant les bières. On se regarde en souriant. Les gens chantent à tue-tête les airs connus (très peu de tubes américains, que des pop stars africaines) et surtout ils ont la bougeotte sur leur chaise. Ils deviennent tous en proie à une envie folle de danser. Ça commence par les jambes qui tapent, puis ça se transmet aux bras. Les gestes les plus inusités s’enchainent entre chaque gorgée de bière. Puis, c’est le bassin qui se met de la partie et qui se soulève par à-coups avant de retomber sur le banc. Tous semblent passer par ce rituel de préparation puis, sans prévenir, chacun d’eux entre en transe profonde et se lève debout pour danser tout ce qu’il a accumulé dans son corps, directement devant sa chaise, sous les encouragement des camarades. C’est très intense! Pendant une minute ou deux, il donne tout. Il secoue les épaules, sort les fesses, donne des coups de bassin, gigue des jambes à une vitesse folle, secoue la tête, s’accroupit, se relève tout en bougeant plus et plus les fesses et le torse. Chaque danseur danse à sa façon et on peut même comprendre qu’il existe des mouvements particuliers à certaines ethnies ou à certains villages. La crise s’apaise et bientôt, la personne est assise à nouveau et accumule encore en attendant un prochain élan frénétique de danse. C’est très beau à voir et ça se fait dans un bonheur incroyable.

Ici, donc, pas de piste de danse aménagée. Il n’y a que des groupuscules qui se forment et se déforment un peu partout entre les tables selon le degré de transe des participants. Souvent, le DJ coupe la musique et encourage un client à se lever et danser : « Allez Raïmi, on veut te voir danser! Danser! Danser! ». Bien sûr, dans ce lieu, le Yovo est bien dépourvu de talent et souffre d’un complexe d’infériorité indescriptible. Mais pourquoi donc avons-nous perdu cette propension si magnifique à danser? Surtout pour les garçons? Et bien sûr, on ne compte plus les clients qui nous regardent en nous faisant signe de danser sur nos chaises pour participer à la préparation de la transe. On imite quelques-uns de leurs mouvements. « J’ai l’air d’une poule! » On arrête. Nouveau contact visuel avec une nouvelle personne. Ses yeux nous disent qu’il faut danser. « J’ai même pas l’air d’une poule, j’ai l’air de rien pantoute. » Le malaise, c’est aussi qu’on sait bien que nous sommes le centre d’attraction de la soirée. Comme si nous étions soumis à une évaluation. « Voyons voir comment ces Yovos peuvent se débrouiller. » Parce qu’en effet, les Yovos ont ici la réputation de danser très mal. Imaginez la pression! Et nous savons bien que nous n’aurons pas la paix tant que nous ne nous lèverons pas pour aller danser quelque chose.

C’est Sam qui se lance le premier avec l’invitation d’un danseur déjà debout. « Le projecteur est sur toi, Sam. Fais-toi pas honte! » C’est parti. En gros il faut penser à sortir les fesses, brasser les hanches et secouer les épaules. Ça rit un peu parmi les danseurs. Sam dit : « Ce n’est pas gentil de rire de nous, on fait notre possible. » « Non, on rit parce qu’on est surpris. C’est rare quoi de voir un blanc qui peut danser comme ça. » Faut-il le croire? Au diable, on continue. Et on se laisse prendre à la transe finalement. C’est alors qu’un gars s’approche de Sam et lui essuie le front avec un morceau de papier rugueux. Veut-il éponger sa sueur? Il essuie une deuxième fois. Le papier est rugueux et il ne semble pas très propre. Pourtant Sam n’est pas mouillé… Le gars essuie une troisième fois. Ce n’est pas confortable du tout. Sam, avec un beau sourire (toujours rester poli) regarde le garçon et le remercie pour son attention : « Ça va aller. Merci! » Et JP dans tout ça, il ne s’en sortira pas indemne et c’est Sam qui lui fait signe de le rejoindre, moins pour le convaincre que pour attirer l’attention de quelques danseurs sur lui. Dans le temps de le dire, JP se fait attraper par le bras et pousser sur la piste de danse improvisée et éphémère. C’est un festin de mouvements; un défoulement libérateur et collectif. La soupape extrême d’un peuple rongé par les âpres soucis de la pauvreté. Qu’est-il advenu de nos soupapes collectives en Amérique? Quelques produits chimiques hallucinogènes? Un souvenir d’un autre temps à faire revivre une fois le mois dans des veillées de sets-carrés?

Après cette explosion d’énergie, il est temps de rentrer. « Ouh lala! On a trop dansé, hein? », s’exclame Fred en marchant vers les motos. « Et tu n’as pas vu, il y a type qui m’a essuyé le front. », répond Sam. « Oui, c’est la coutume ici. Quand on apprécie la danse de quelqu’un, on lui donne de l’argent. » « Il m’essuyait le front avec de l’argent ?!?» « Oui, il voulait te donner 10 000 francs CFA, j’ai bien vu. » 10 000 francs CFA donnent 22 dollars canadiens. Mais comme le pouvoir d’achat n’est pas le même, 10 000 francs CFA, c’est beaucoup d’argent! De quoi payer 50 voyages en zem (les motos-taxi); ou 65 baguettes de pain; ou 800 oranges! Mais rassurez-vous, Sam n’a pas commis de faute en refusant le généreux don déposé sur son front. C’était plutôt bien vu qu’un Yovo refuse gentiment le don en reconnaissance de son statut financier privilégié.

3 commentaires:

  1. Salut à vous deux,

    Super suite de l'épisode divertissement. Les détails de la fameuse histoire d'achat des bières... Savoureux ! Côté divertissement, j'apprécie davantage les histoires liées à la danse que les téléromans...

    Pour ce qui est des trucs d'ouverture de bouteille, je suis contente que JP ne maîtrise pas la dernière option. :-))

    Sam, je vois que finalement tu t'es drôlement bien adapté au pays... quand tu es rendu que tu fais encore plus que des danses à 10 $ :-))

    Bye bye et je vous embrasse !

    Mom

    XX

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  2. Malgré le peu d'activité historique, vous vous débrouillez bien avec les moeurs du Bénin et vousa savez comprendre ces gens sympathiques
    Vous aussi vous avez la danse comme activité, moi c'est ce qui m'occupe actuellement
    Je trouve le temps long et toute cette pluie d'automne me fout le cafard, je m'ennuirais moins si j'étais en voyage, mon tour viendra...
    En attendant votre retour, amusez vous bien...est-ce que cette fameuse bière soule un peu, vous semblez ne pas en abuser??
    Baci XXX

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  3. Salut les gars, je suis en train de rattraper ma lecture. Quelle plaisir de vous lire de nouveaux et comment puis-je exprimer mon plaisir à regarder les photos dans lesquelles vous nous partagez tellement bien votre vie à Porto Novo. Merci!

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