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samedi 17 septembre 2011

Aux détours des vons

Nous vous écrivons alors que nous revenons de notre balade quotidienne dans le quartier vers les cinq heures, quand le soleil commence à perdre un peu son pouvoir chaleureux du zénith. À ce moment de la journée, une petite fringale s’installe souvent dans notre ventre, juste avant le repas. Et ce n’est pas que maman ne nous nourrit pas bien! Nous partons donc dans les vons qui nous entourent, à la recherche de notre grignotine.

Mais avant de vous dire tout ce qu’on peut trouver dans les vons pour manger, il faut d’abord vous expliquer qu’est-ce qu’un vons? Et pour vous expliquer qu’est-ce qu’un vons, il faut d’abord vous expliquer qu’est-ce que le goudron. Alors le goudron, c’est précisément les voies qui sont goudronnées dans Porto Novo. Pour avoir le statut de goudron, une voie doit avoir l’importance de ce qui correspond à un boulevard au Québec. Les goudrons sont des endroits où se mêlent les klaxons, la circulation dense et la fumée de la gazoline des motocyclettes qui pullulent comparativement aux automobiles. Se massent aussi des marchands de toute sorte. Que ce soit les vendeuses de pain, d’essence, d’articles pour les soins du corps, de repas rapides, d’arachides pour ne nommer que cela, vous trouverez beaucoup plus que vous croirez sur le bord du goudron. Et grande nouveauté cette année comparativement à il y a deux ans quand Jean-Philippe est venu, il y a maintenant quelques feux de circulation à certaines intersections! Vraiment, pour la deuxième ville en importance du pays, cela évitera certainement quelques confusions routières…

Le mystère du goudron étant maintenant élucidé, nous pouvons mieux vous expliquer ce qu’est un vons (ne prononcez pas le «s»). Et avec tout le brouhaha et la fébrilité que peut offrir le goudron, il y a un petit quelque chose de relaxant de se retrouver sur un vons… Alors les vons, ce sont les routes de terre battue rouge, appelée latérite, terre qui caractérise cette région du Bénin. Ces voies secondaires ont été nommées ainsi pour désigner les Voies Orientées Nord Sud, d’où le nom vons. Mais le problème, c’est que même si ce sont les origines de ce mot, toutes les voies secondaires que vous rencontrez s’appellent vons, qu’elles se dirigent vers nord-sud ou est-ouest! Donc, toutes les voies non goudronnées deviennent des vons. Et les rues n’ont pas de nom ici…

Imaginez donc la scène quand on demande à quelqu’un l’indication pour connaitre où demeure la dame qui vend des aiguilles! « Tu prends le vons à gauche, puis le vons suivant à droite et tu surveilles le prochain vons et c’est sa maison. » D’autres ne se donnent toutefois pas le trouble de nous expliquer. L’autre jour nous avons demandé à une dame qui vend des koulikoulis dans le quartier (pâte d’arachide roulée en cylindre frite dans l’huile, miam!)? Après avoir donné ses explications, nous lui résumons pour prendre le bon chemin. Plutôt que de nous écouter résumer le chemin, elle nous fait signe d’attendre et elle parle à sa jeune fille de cinq ans en gon. « Suivez-la! » Et voilà, notre GPS personnalisé quitte avec nous sur le vons pour nous indiquer où acheter les koulikoulis. Cette scène n’est pas inhabituelle ici et elle nous faire rire à chaque fois! Ayant trouvé nos koulikoulis, nous remercions la jeune fille qui est déjà repartie.

Il faut aussi dire que les vons sont beaucoup plus vulnérables aux précipitations que le goudron. De la terre battue changée en voie secondaire, vous pouvez bien vous imaginer que ça creuse des trous. Et qu’est-ce que les trous font pendant la saison des pluies? Ils se transforment en de jolis petits lacs que les piétons et les motos tentent d’éviter. En bref, une rue défoncée de partout! Ici, il n’y a pas la neige, mais une bonne averse peut devenir aussi lourde de conséquences qu’une tempête de neige! Et les motos valsent pour éviter les lacs éphémères…

Revenons donc à notre fringale… Aujourd’hui, nous partons donc dans la vons pour aller chercher je ne sais quoi. Nous croisons d’abord une dame qui vend des oranges, des ananas et de la papaye dans un cabaret de métal qu’elle porte sur sa tête. Ses oranges sont déjà toutes prêtes à être mangées. On enlève la peau verte en conservant la pulpe. Et quand vous en acheter une, la dame vous tranche la tête de l’orange et vous n’avez qu’à boire le jus en l’écrasant du mieux que vous le pouvez… Verdict : on va au plus simple pour l’apprêter! Mais pas d’orange pour aujourd’hui. Dans le vons plus loin, des arachides et des koulikoulis. Nous passons aussi devant notre vendeuse de morceaux de patate et d’igname frits, mais nous en avons un peu trop abusé déjà durant les derniers jours… Il y a aussi FanMilk qui passe avec son klaxon, ce vendeur de sucreries glacées ambulant. Finalement, au coin de deux vons, une dame assise sur son banc tranche la peau qui recouvre la canne à sucre. Ce sera donc le sucré pour aujourd’hui. Une bonne canne à sucre dans laquelle on croque et on mastique pour extraire tout le jus sucré. Et quand il ne vous reste que de la pulpe sans gout dans la bouche, que fait-on? On crache le plus naturellement possible les résidus sur la terre rouge avant de refaire le plein. Il y a des scènes qu’on imagine plus facilement ici que sur la rue Saint-Denis à Montréal! Hummm, le gout sucré persiste encore en bouche!

Si vous nous permettez, changeons de sujet pour vous raconter une situation assez cocasse! Il y a deux jours, nous nous dirigeons vers le centre de la ville pour rencontrer les responsables d’une ONG. Nous marchons donc de la sixième vons depuis le goudron, puisque c’est là où nous habitons, vers ledit goudron. En chemin, comme à l’habitude, des enfants nous crient « Bonsoir Yovo, ça va bien? Merci! » Nous répondons parfois d’un sourire, parfois d’un signe de la main, d’un haussement de sourcil, d’un bonjour ou nous faisons la sourde oreille, selon notre envie du moment. Cette journée-là, nous avions atteint notre quota de l’heure. Nous ne portions donc plus trop attention à ceux qui voulaient saluer les Blancs. Jusqu’au moment où on entende : « Yovo ou Chinois? » Nous nous arrêtons de marcher pour nous retourner vers les enfants : « Yovo ou Chinois? » Et là, on se regarde droit dans les yeux pour éclater de rire!!! Nous venions de confondre trois jeunes qui ne savaient pas si nous étions des Blancs ou des Chinois… Deux constats : 1) nous ne savions pas que les Chinois ne sont pas considérés comme des Blancs au Bénin et 2) avons-nous vraiment l’air de Chinois??!! Et bien nous avons gardé le mystère, trop fiers de pouvoir passer pour une fois pour autre chose qu’un Yovo. C’est un peu comme si nous nous étions dit, « Pour une fois, ils ne nous ont pas reconnu! +1 pour nous! »

Toujours est-il que nous arrivons finalement au goudron pour prendre le zem, les chauffeurs de motos qui jouent les taxis à Porto Novo. Nous négocions donc le prix et nous embarquons finalement les deux avec le même chauffeur. Nous savons que ce n’est plus légal, mais c’est le problème du chauffeur, pas le nôtre. Nous partons donc sur le goudron en direction du carrefour Y. Et là, à côté de nous, un jeune d’une vingtaine d’années conduit sa moto avec deux filles de 17-18 ans derrière lui. Et là, ils commencent à parler à notre chauffeur qui leur répond. Non, nous ne sommes pas à un feu de circulation, nous sommes en circulation… La scène se déroulant en gon, on ne comprend rien… Et là, une des deux filles nous dit « C’est interdit à deux sur un zem! » Et là, Jean-Philippe ne perd pas une seconde pour lui dire en riant « Merci pour le renseignement, mais je vous signale que vous êtes trois aussi sur la moto! » Nous roulons toujours! Et là, ils se regardent et se parlent en gon avec le sourire. Leur chauffeur nous dit alors : « Vous voulez vous marier avec une de mes sœurs? » D’un air surpris, Samuel répond « D’accord, faites préparer vos robes pour demain matin, nous allons vous marier demain et vous amener au Canada après! » Nous roulons toujours. Les deux filles rient, sachant bien que l’ironie de la réponse leur a fait perdre toute chance… Arrivés au carrefour Y, nous leur envoyons la main et nous payons notre chauffeur. Notre regard en disait long sur l’inusité de la situation qui venait de se dérouler devant nous. Comment croire qu’on se ferait demander en mariage en roulant à moto un jour? Vraiment, il y a juste le Bénin qui peut nous offrir de telles scènes!!

En terminant, rassurez-vous, ce sera la seule et unique fois que nous monterons à trois sur la même moto. C’est quand même peu quand on pense que certains vont jusqu’à 5 avec des enfants sur la même moto…

Jean-Philippe et Samuel


À la suite de vos commentaires…
En réponse à certaines personnes, nous avons précisé comment nous appeler dans le précédant message. Du Canada, il faut composer le 00 pour sortir du pays. Il s’agit donc du 00 229 64 88 03 09 pour Jean-Philippe et du 00 229 64 88 03 07 pour Samuel.

En ce qui concerne les cérémonies, nous avons cru comprendre que la dernière vous a bien plu. Nous nous assurerons donc de conserver tous les détails croustillants lors du prochain évènement du genre!

Samuel tient à saluer ses collègues de la TOHU qui nous ont joint depuis le dernier T’as eu l’info?, courrier interne de la TOHU.

4 commentaires:

  1. Bon matin les gars,
    je soupconne qu'avec toutes les sucreries que vous mangez vous ne voulez plus mettre de vos photos en ligne car vous avez tellement gagné de poids ;)
    pour ce qui est du mariage Samuel attention la prochaine fois elle pourrai te prendre au sérieux! ;))

    Jean
    xxx

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  2. encore moi... merci d'avoir mis en ligne les photos de la maison et des alentours ça aide a mettre en contexte.
    J

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  3. Salut les gars,

    C'est effectivement sûrement le seul pays où l'on "cruise" en moto conduite par le chaperon.
    On voit que les Béninoises sont autant ouvertes à marier des Blancs que des Chinois ! :-))

    Bye !

    Michel

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  4. lâchez pas les gars
    on s'amuse bien mais on ne travaille pas fort à part de faire des beaux discours...sans blague
    il doit faire chaud
    méfiez=vous des motos
    j'ai essayé d'appeler Sam mais je ne savais pas pour le 00
    on a toujours peur de vous déranger la nuit à cause du décallage horaire
    bonne continuité.....Baci XXX

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