Bonjour à tous!
En cette journée de l’Aïd, l’équivalent de Noël pour nous, nous vous proposons un buffet de chroniques diversifiées.
Vie quotidienne
En marchant dans Tabarka, on croise :
- Le marché. On y retrouve des étals de fruits et de légumes frais. Parmi les couleurs et les parfums, il y a les tomates rouges de soleil, les raisins parfumés comme on ne le connaitra jamais au Québec, car ce parfum disparait rapidement après la cueillette, les figues bien mures, les poires juteuses et les camions remplis d’immenses pastèques désaltérantes. Devant leur étal, les commerçants pèsent la marchandise avec des balances à 2 plateaux. Un plateau pour les poids en métal et un autre pour la nourriture, jusqu’à ce que les deux s’équilibrent. Les enfants sont mis à contribution et crient au centre des passants «Malsouka! Malsouka!», annonçant les pâtes rondes ressemblant à des crêpes qu’on utilise pour faire les traditionnels bricks farcis et frits.
- Le quartier des poissonniers. En approchant du quadrilatère, une odeur forte et malodorante attaque nos narines. Pourtant, une fois entrés chez un des 20 poissonniers côte à côte, on découvre toute la richesse de la mer aux environs. Poissons colorés, crevettes, calamars; tout y est frais pêché du matin. Pour un dinar de plus, un homme dans la rue peut nettoyer ce qu’on vient d’acheter. Pour une cuisson parfaite le souper venu, nous descendons dans la rue derrière notre appartement saluer le restaurateur du coin. Pour un dinar, il nous grille nos poissons sur les braises chaudes et on peut le rapporter à la maison. Ça, c’est du service!
- Les flâneurs. L’emploi est difficile à trouver en Tunisie, surtout dans une région éloignée comme Tabarka. Et même ceux qui travaillent en ces jours de jeûne semblent plus enclins à flâner à l’ombre qu’à véritablement être actif. Il ne faut plus se surprendre des ces gens assis à même le parvis d’une boutique à regarder le temps passer, en attendant la prière tant attendue annonçant la rupture du jeûne. Au détour du parc central de la ville, des passants font la sieste dans les cercles d’ombre créés par les arbres. Au port, on regarde la télé dans les intérieurs ventilés et on nettoie les trottoirs en y jetant un seau d’eau et en balayant les surplus plus loin.
- L’heure du pain. Il est 13 h. C’est l’heure où le pain est arrivé en ville pendant le ramadan. Tous les habitants assaillent les commerces pour acheter frénétiquement cette denrée essentielle. On y entre sans rien, on en ressort avec plein de baguettes entaillées au centre et pliées en deux pour les faire entrer dans un sac de plastique. Il est rare de voir moins de 3 baguettes à la main des passants.
- Les petites motocyclettes. Nous ne parlons pas ici de scooteurs. Encore moins de mobylettes. Il s’agit bien de petites motocyclettes. Elles font entre 2 et 3 pieds de haut, des pneus au guidon. Au plus, 4 pieds de long. Les roues ont le diamètre d’un ballon de soccer. Mais le plus drôle c’est que ce n’est pas pour les enfants. Les jeunes dans la fin de l’adolescence semblent apprécier particulièrement ce moyen de transport bruyant, polluant et extrêmement ridicule. Vous l’aurez deviné, à la taille de l’engin, les jeunes adultes se retrouvent les fesses à 2 pieds du sol, les jambes en grenouille sur les appuis-pieds à peine un pied plus bas que le siège et les mains entre les cuisses pour tenir le trop petit guidon. Et ils filent à une vitesse folle! On ne peut s’empêcher de penser : « De ridicules grands enfants! C’est incroyable ce que les phénomènes de mode peuvent faire! »
Pour ceux qui ont suivi les déroulements du Printemps arabe, vous vous rappelez peut-être que cette révolution a débuté en Tunisie le 14 janvier dernier. Un marchand de légumes s’est fait soutirer des frais de permis de vente excédentaire par la police. Ce commerçant ayant peu de moyens en a eu assez cette journée-là des conditions de vie qui se détériorent dans son pays. Désespéré, pour protester contre l’abus des policiers, il s’est immolé. Et voilà, la révolution tunisienne débutait.
Par chance, les Tunisiens représentent un peuple uni, ce qui se sent assez facilement. Il n’y a pas de guerre ethnique au sein de la population. En un rien de temps, la population s’est donc soulevée pour chasser l’ex-président, Ben Ali, régnant avec la famille de sa femme depuis 23 ans. Même si la police se rangeait du côté du régime, les militaires ont appuyé la population civile dès le début. Lorsque nous sommes venus en Tunisie en 2009, sa photo se trouvait partout : sur les routes, dans les villes, chez les commerçants et même dans les foyers. Il ne fallait pas parler de religion ni de politique. Si on se faisait prendre à parler contre le régime, on pouvait se faire emprisonner sur le champ.
Aujourd’hui, tous les Tunisiens rencontrés nous parlent de la situation politique sans gêne, même dans les endroits publics. Et même le plus pacifique d’entre eux nous dit : « Ben Ali, si je le vois, je l’insulte et je le tue! » Bien sûr, il ne mettrait certainement pas cette menace à exécution. Malgré tout, tous demeurent indignés des vols qu’il a réalisés tout au long de son règne. Ses avoirs ne se comptent plus… Par exemple, un hôpital en construction des proches de Ben Ali et un hôtel appartenant à son fils ont été incendiés à Tabarka durant la révolution. On ne veut plus rien qui lui appartient. Aujourd’hui, il finit ses jours en Arabie Saoudite, évitant probablement même le plus pacifique des Tunisiens qui lui cracherait dessus.
Pour les élections d’octobre, il y a actuellement 101 candidats en liste. Les gens sont parfois optimistes alors que d’autres ont peur que les choses ne s’améliorent guère. On espère maintenant que plus jamais un président ne prendra le pouvoir aussi longtemps. Et maintenant, la population sait de quoi elle est capable… On leur souhaite la meilleure des chances pour l’avenir et l’emploi! En parallèle, tous suivent les déroulements de leurs voisins de l’est, les Libyens, en espérant qu’on trouve Kadaffi au plus vite.
Avant mon départ, je ne voyais pas l’urgence de me faire couper les cheveux. Toutefois, il y a quatre jours, j’ai ressenti une grande peur. Qu’arrive-t-il si je souhaite me faire couper les cheveux au Bénin? Il faut savoir que le cheveu d’un noir et le cheveu d’un blanc diffèrent. Pour avoir déjà vécu l’expérience d’une coupe au Bénin, j’en ai eu très peur cette fois-ci. De plus, je connais un ami qui s’est retrouvé au Bénin les sourcils rasés à la fin de sa séance. Pas de risque à prendre, j’en profite en Tunisie.
Arrivé chez le coiffeur qui ne parle pas vraiment français, je regarde une revue et je lui indique ce que je veux. Puis il commence la coupe. Au bout de 20 minutes, il achève sa coupe et ça me semble convenable dans les circonstances. Puis, il me montre une brosse à cheveux ronde, ce à quoi j’acquiesce. Je ne savais pas que ce hochement de tête me vaudrait 25 minutes supplémentaires à me faire arrondir la coupe, à l’inverse de mes habitudes. Coupe champignon, boule de quille, tête de gars trop gentil, jeune enfant arabe, balle de tennis, tête de vieux garçon, enfant de choeur, c’est comme vous le voulez… À la suite de cette séance de coiffure, il me présente du gel. Il faut dire que les jeunes Tunisiens affectionnent un peu trop le gel. Rapidement, je fais signe que non. Je suis tout de même sorti de chez le coiffeur avec une tête de bonhomme Playmobil… Pour la suite, les photos parlent d’elles-mêmes!!
Hier, nous sommes retournés manger chez Habib à la rupture du jeûne. Malheureusement, cette fois-ci, nous n’avions pas prévu le coup… Nous avions mangé sur l’heure du midi!! Tout comme la première fois, on nous a pris pour des affamés qui n’avaient pas mangé depuis une semaine, alors que nous avions mangé le midi et qu’eux font le jeûne. Nous mangeons donc lentement la chorba, soupe du ramadan à base de tomates, de volaille et de féculents. À cela s’ajoute du pain, de la salade tunisienne (tomates, concombres, ognons rouges et des olives) et des bricks (une de plus que toute la famille pour nous). Nous terminons discrètement notre chorba alors qu’on nous demande si elle était bonne. Bien sûr! C’était trop en dire… Toute supplication pour ne pas en avoir un deuxième bol fut vaine… Les membres de la famille peuvent ne pas tout manger, mais les invités doivent terminer leur deuxième bol aussi rempli! Puis le plat de pâtes a suivi. Si certains ont pigé dedans discrètement, nous devions vider le plat commun jusqu’au dernier macaroni. Et ont suivi les fruits, les pâtisseries et le café. Pour la première fois, nous avons tenté de trouver des exercices pour l’estomac afin de créer de la place. Mais nous avons très bien mangé!
Bref, toujours est-il que le repas s’est déroulé devant la télévision à suivre le feuilleton tunisien du ramadan. À la fin de celui-ci, une annonce en arabe au bas de l’écran et tout le monde se réjouit! L’Aïd sera le lendemain! Le repas que nous prenions était donc la dernière journée de jeûne. Et quelle rupture du jeûne nous avons eue!
Pour bien comprendre toute la portée du dernier paragraphe, récapitulons les faits. Le jeûne du ramadan est basé sur le calendrier lunaire et s’échelonne d’une nouvelle lune à une autre, en passant au beau milieu par la pleine lune. Comme le calendrier lunaire ne suit pas notre calendrier solaire, le ramadan recule d’environ 10 jours par année. Cette année et pour les 9 ans à suivre, le jeûne est donc en plein cœur de l’été. Vous pouvez imaginer la galère : tenir les longues journées chaudes estivales sans manger, mais surtout sans boire!
À la nouvelle lune, libération; le ramadan est terminé. Aujourd’hui, c’est l’Aïd. Oui, mais voilà le hic : aucun Tunisien ne connait à l’avance la date de l’Aïd. On nous répond inlassablement que le ramadan dure 30 ou 31 jours et qu’il faut attendre de voir la lune. Et c’est là que notre tête d’Occidental accroche. Si les astronomes peuvent prévoir des siècles à l’avance l’heure exacte d’une éclipse, si le cycle de la lune est tapissé sur tous les calendriers Dollarama de la terre, impossible ici de confirmer la date de la nouvelle lune autrement que par une vérification visuelle d’un ministre du culte. Est-ce le garant de la tradition ou y a-t-il une subtilité qu’on ne saisit pas? Toujours est-il que la date de l’Aïd est aussi bien cachée que le secret de la Caramilk.
Qu’est donc le résultat? Dans le doute absolu, la population entière se masse le 29e et le 30e jour du ramadan pour finaliser les achats nécessaires pour la fête dont la date sera dévoilée dès le coucher du soleil. «Ce sera pour demain… ou après demain…» Imaginez un peu si le 23 décembre, nous ne savions pas encore si Noël était prévu pour le 24 ou le 25. Dans quel type d’exaltation serions-nous? Eh bien c’est tout à fait la même chose ici.
Donc de retour au fameux souper chez Habib, vous pouvez imaginer notre enthousiasme lorsqu’on voit au téléjournal une image d’un gars qui regarde dans un télescope! Enfin on va savoir. Le ramadan est fini! Il faut voir les étoiles (ou les lunes) dans les yeux des fidèles islamistes.
Nous étions en fait aussi impatients que les pratiquants de connaitre le moment de l’Aïd, puisque ça mettait en jeu notre bon retour à l’aéroport de Tunis pour le 1er septembre. Comme Noël chez nous, le jour de l’Aïd, tout est fermé et il n’y a donc pas de transport. Imaginez notre inquiétude lorsqu’on demandait à nos amis locaux «L’Aïd cette année, c’est le 30, le 31 ou le 1er?» et qu’on nous répondait «Oui, dans ces environs-là». Anxiété… béatitude… résignation…
Que ce passe-t-il le jour de l’Aïd? On mange, on donne des cadeaux (jouet et vêtements) aux enfants et ces derniers lancent des pétards partout dans la ville en guise de célébration. Il ne se passe pas 10 secondes sans qu’il n’y ait un crépitement dans l’environnement sonore!
L’Aïd étant aujourd’hui, cela signifie également que les fiançailles du cousin d’Habib auront lieu le lendemain, soit demain, mercredi. (À nos yeux c’est encore plus incompréhensible… Imaginez : « C’est quelle date tes fiançailles? » « Je ne sais pas. Une journée après l’Aïd. Vas-tu être là? »… Difficile à concevoir pour nous.) Et chose que nous n’aurions jamais imaginé, nous assisterons aux fiançailles. Par chance, nous avons quelques morceaux de linge propre… Et en plus, ils ont trouvé un caméraman pour filmer cette soirée. Vous devinez… Samuel, qui d’autre!
Jean-Philippe et Samuel
À la suite de vos commentaires...
Les plongées se déroulent toujours en compagnie d'un moniteur du club de plongée, soit Maher, Moussa ou Lassad. Celui qui dirige le groupe sous l'eau, normalement le plus expérimenté, se nomme le chef de palanquée. Nous plongeons généralement à trois ou quatre plongeur par moniteur. Avec le moussaillon et le capitaine du bateau, nous quittons généralement le port avec une dizaine de personnes à bord. Bien qu'il y ait des touristes qui plongent avec nous, de nombreux habitués de Tabarka se joignent à nous.
(Il est à noter que nous rédigeons nos chroniques selon les règles de la graphie rectifiée, ce qui explique la graphie de certains mots. Par exemple : ognon, connaitre, aout, scooteur.)
Ouf, un peu difficile de lire le contenu de ces chroniques lorsque tu es encore à jeûn. Ça ouvre l'appétit :-)) Toujours aussi fascinant pour les articles.
RépondreSupprimerPour ce qui est de ta coupe de cheveux JP, effectivement ça s'apparente aux bonhommes Playmobil, mais je te dirais pire que ça. Tu te rapproches grandement du personnage principal des têtes à claque :-))
Je vous embrasse et bonne poursuite !
Pu capable d'arrêter de rire !
RépondreSupprimerMom xx
Salut les gars, c'est toujours un peu difficile de trouver quelque chose à dire (oui, croyez-le ou non, même pour moi!) mais j'ai énormément de plaisir à vous lire chaque fois. Votre écriture nous aide à vivre aussi vos aventures. Evidemment votre humeur est aussi très apprécié. Bises, G.
RépondreSupprimerque c'est bizarre comme façon de procéder pour fixer une date de FÊTE
RépondreSupprimerEn tout cas, vous n'avez pas de quoi vous ennuyer
Quelles magnifiques vision des fonds marins et quelle mémoire des espèces vous avez
Les tunésiens me semblent un peuple à découvrir surtout depuis le renouveau politique
J'ai l'impression de lire une revue de voyage tellement vos récits sont détaillés et intéressants...
Salut les amoureux
Baci ...XXX
Salut les gars... c'est un grand plaisir de lire vos aventures!
RépondreSupprimerSamuel tu auras été plus d'une fois cinéaste attitré dans des événements tel que le mariage d'amis que tu ne connais pas...hahaha... On pourras parler de connaissances et de compétence a votre retour... il y a encore quelques mois entre les deux mais on y reviendra... et oui je suis a l'heure de Cotouno qui est en fait la même que en Tunisie non?